Da­niel Bé­lan­ger, l’écri­vain

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ma­rie-France Bor­nais

Je fai­sais de l’au­to-stop sans trop sa­voir si j’en avais en­vie ou non. Je me plan­tais au bord de la route, es­pé­rant que par­mi la co­horte des bo­lides, l’un d’eux freine sa course et me fasse mon­ter. Mal­gré mes dix-neuf ans, j’étais vieux, beau­coup plus vieux que je ne le se­rai ja­mais de ma vie. » - Da­niel Bé­lan­ger, Au­to-stop

Onze ans après avoir pu­blié Er­reur d’im­pres­sion, Da­niel Bé­lan­ger re­vient dans le pay­sage lit­té­raire avec Au­toS­top, un ré­cit in­time en prose poé­tique qui ra­conte le voyage en Ita­lie d’un jeune homme de 19 ans et son histoire d’amour im­pos­sible. Un texte dé­li­cieux, écrit comme une longue chan­son, où s’ex­prime toute la vi­va­ci­té, la poé­sie et la mu­si­ca­li­té de l’au­teur.

« J’ai com­men­cé à écrire Au­to-Stop pour le fun… et le fun ne m’a pas lâ­ché jus­qu’à la fin. Je l’ai écrit ligne par ligne, sous forme de chan­son, tel qu’il ap­pa­raît dans le livre. Mon in­ten­tion n’était pas d’écrire une chan­son, mais je me di­sais, si cette fa­çon d’ins­crire m’ins­pire pour les chan­sons, je vais prendre ce mode-là », ex­plique Da­niel Bé­lan­ger.

Quand on lui de­mande si le ré­cit est vrai ou pas, Da­niel Bé­lan­ger se met à rire. « Je me rends compte que je suis men­teur dans les deux cas, quand je ré­ponds que c’est moi et quand je ré­ponds que ce n’est pas moi. Je me re­trouve à la même case de dé­part que quand j’écris des chan­sons. Je me suis vrai­ment ins­pi­ré d’un voyage que j’ai fait, à 19 ans, en Eu­rope, en par­tant sur le pouce, mais c’est le plus proche de la réa­li­té. Tout le reste est pas mal in­ven­té. »

Au­to-Stop dé­crit une histoire d’amour brève, mais in­ou­bliable avec une belle Ita­lienne. Vrai? « Ben non, hé­las! », avise-t-il en riant. « J’au­rais ai­mé ça vivre ça, mais ça ne m’est pas ar­ri­vé… » Peu im­porte, l’ima­gi­na­tion prend le re­lais. Il rit. « Ça fait un pe­tit bout que j’en ai, je pense! »

Écrire sur l’amour… est-ce une fon­taine in­épui­sable? « Je pense que l’hu­ma­ni­té en a pour long­temps à écrire sur l’amour. L’air du temps est tou­jours en train de fil­trer les his­toires d’amour, tou­jours en train de les co­lo­rer. L’amour reste tou­jours à peu près le même, mais c’est l’air du temps qui vient lui don­ner des cou­leurs, des tor­sions, des stress. »

Le coup de foudre, ce « trem­ble­ment du temps » qui change tout, c’est quelque chose que Da­niel Bé­lan­ger connaît. « Ce que je re­marque dans le livre, c’est que tant que le per­son­nage ne ren­contre pas la jeune fille, à Flo­rence, c’est un être as­sez froid et as­sez car­ré. À par­tir du mo­ment où il ren­contre la fille, il s’as­sou­plit. Ce que je trouve for­mi­dable de la créa­ti­vi­té, c’est qu’on écrit des choses et on écrit plus que ce qu’on écrit, au fond. »

LA PEUR D’EXIS­TER

Le ré­cit ex­plore éga­le­ment un su­jet moins doux, pas fa­cile à abor­der, mais ins­pi­rant : la peur d’exis­ter. Avec Au­to-stop, Les Al­lu­sifs amorcent d’ailleurs la pu­bli­ca­tion d’une nou­velle sé­rie por­tant sur les peurs.

« Évi­dem­ment, j’écris des chan­sons de­puis long­temps et j’ai ma place quand vient le temps d’ex­plo­rer des trucs un peu plus hea­vy. Je peux mettre une pe­tite pointe d’hu­mour d’au­tant plus dans un pe­tit ro­man de 70 pages comme ce­lui-là. Je peux prendre plus mon temps que dans une chan­son, faire des pauses un peu plus longues de dra­ma­tique et al­ler dans le plus lé­ger. »

MU­SI­CA­LI­TÉ

Da­niel Bé­lan­ger avait l’im­pres­sion d’avoir le rêve et l’in­fluence de la mu­sique en écri­vant Au­to-stop. « Je pense que ça m’a in­fluen­cé et je ne me suis pas re­te­nu. La mu­sique fait par­tie de moi alors quand j’écris, j’ai l’im­pres­sion qu’il y a une cer­taine mu­sique. Mais juste les coins ronds de la mu­sique et non une mu­sique concrète dans la­quelle il faut in­sé­rer un texte. Ça m’a plu. »

Le texte pour­rait être por­té en mu­sique, mais ce n’est pas l’in­ten­tion — pour l’ins­tant — de l’au­teur. « Je me re­trou­ve­rais avec des contraintes d’au­teur, com­po­si­teur. Je de­vrais faire des choix dans le texte. Ça se­rait un autre tra­vail qui pour­rait être in­té­res­sant à faire. »

NOU­VEL AL­BUM

Da­niel Bé­lan­ger est en train de ra­fraî­chir son or­di­na­teur et ses lo­gi­ciels en ce mo­ment et doit se mettre à com­po­ser cet au­tomne, en pré­vi­sion d’une sor­tie d’al­bum au prin­temps 2012.

Cet été, il ne fe­ra pas de spec­tacles dans le cadre du Fes­ti­val d’été de Qué­bec, ni ailleurs. Il compte prendre une « pause en­so­leillée » cet été et tra­vailler sur Les Belles-Soeurs, ar­ri­vé à Montréal en mars pour la deuxième fois.

« On tra­vaille aus­si sur Les Belles-Soeurs en an­glais et ça va prendre pas mal de temps. À l’au­tomne, je vais re­com­men­cer à com­po­ser. »

L’écri­ture, comme la mu­sique, de­mande de la pa­tience et du temps. « Ce n’est pas parce qu’on n’écrit pas et qu’on ne com­pose pas qu’il n’y a pas du tra­vail qui se fait à l’in­té­rieur. Je m’en suis ren­du compte avec les an­nées. Quand on ar­rête, on conti­nue sans trop le sa­voir à em­ma­ga­si­ner des sons, des im­pres­sions qui vont être utiles quand on va se mettre à tra­vailler. Ça ne res­semble pas à du tra­vail, mais dans le fond, c’en est. »

PHO­TO COURTOISIE PHO­TO LES ARCHIVES

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