Le cô­té fé­mi­nin du monde in­ter­lope

Pour son tout pre­mier ro­man, Femmes de gang­sters, l’ani­ma­trice Var­da Étienne ne fait pas dans la den­telle. Elle plonge droit dans le monde in­ter­lope en dé­cri­vant la vie pleine de se­cousses du monde in­ter­lope, cô­té femmes. Qui sont donc celles qui par­ta­gen

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ma­rie-France Bor­nais

« Du plus long­temps que je me sou­vienne, j’ai com­men­cé à avoir un in­té­rêt pour le monde in­ter­lope, sans moi-même en faire par­tie. J’ai com­men­cé à écou­ter Le

Par­rain et je ne me lasse ja­mais de l’écou­ter. J’ai tou­jours consta­té que dans toutes les sé­ries té­lé, les films, les bou­quins, on ne parle que des hommes en avant-plan. J’ai pous­sé ma ré­flexion plus loin en me di­sant, ces hommes-là, ils ont des vies! On parle tou­jours du code d’hon­neur et com­ment ils sont fi­dèles et loyaux en af­faires, bien sûr. Ils ont des femmes, des en­fants et sont sou­vent avec la même femme. Qui ac­cepte de vivre ce mode de vie? »

Var­da Étienne a pous­sé ses re­cherches plus loin. « J’ai beau­coup d’amis cri­mi­na­listes connus. J’ai de­man­dé si je pou­vais ren­con­trer quelques-uns de leurs clients et leurs conjointes en fai­sant la pro­messe de ne ja­mais ci­ter mes sources. J’ai eu 50 ap­pels. L’été der­nier, je l’ai pas­sé avec des ban­dits, à m’abreu­ver de leurs his­toires. »

L’écri­vaine s’at­ten­dait à ren­con­trer des « pi­tounes », mais a eu la sur­prise de ren­con­trer des mères de fa­mille ex­trê­me­ment or­ga­ni­sées. « J’ai sur­tout ren­con­tré des femmes amou­reuses de leur homme, à qui elle voue ad­mi­ra­tion et fi­dé­li­té, et cette ad­mi­ra­tion est mu­tuelle. Il y des gars qui m’ont dit : ‘‘ ma femme, c’est MA femme. C’est mon pi­lier. C’est mon bras droit. C’est elle qui di­rige. Je ne la lais­se­rai ja­mais. De un, elle sait trop de choses et de deux, j’ai une confiance ab­so­lue en elle.’’ » .

Var­da s’est ren­due chez ces femmes de gang­sters. « Je suis al­lée dans des mai­sons su­blimes. C’est bien en­tre­te­nu, elles sont sur les co­mi­tés de pa­rents, elles vont dans les sorties de classe, elles sont très im­pli­quées. Il n’y a pas de drogue, pas d’al­cool. C’est straight comme une barre! La seule chose qui les dif­fé­ren­cie, c’est qu’elles sont sou­vent très belles phy­si­que­ment. Elles se tiennent entre elles et ne fré­quentent pas les gens à l’ex­té­rieur du mi­lieu. Est-ce qu’elles savent? Oui, elles savent. Elles savent que c’est un cri­mi­nel. »

Var­da a été très éton­née de ses ren­contres. « J’ai ren­con­tré de la dan­seuse aus­si. Il y en a qui ne sont pas ca­pables de faire une phrase su­jet-verbe-com­plé­ment. Mais en gé­né­ral, plus le gars est de haut ni­veau, plus la fille est édu­quée. »

FEMMES FORTES

Dans Femmes de gang­sters, Var­da Étienne ra­conte l’histoire de trois femmes de gang­sters, une Qué­bé­coise, une Haï­tienne et une Ita­lienne. Lors­qu’un com­plot conduit le mo­tard qué­bé­cois, le chef de gang haï­tien et le par­rain si­ci­lien en pri­son, elles s’unissent et dé­cident de se battre.

« Dans mon ro­man, ce que j’ai vou­lu mon­trer, c’est que ce sont des femmes fortes, loyales, pas du tout sou­mises, fi­dèles, prêtes à tout pour leur homme et qui le sou­tiennent. Mais d’un autre cô­té, elles savent que ché­ri ne va pas faire du neuf à cinq dans une shop, vendre des chars ou ne va pas soi­gner du monde. Elles ne veulent pas sa­voir les crimes. »

15 % DE FIC­TION

Quelle est la part de réa­li­té et la part de fic­tion dans le ro­man? « Sin­cè­re­ment, c’est 15 % fic­tion. Mes trois hé­roïnes existent vrai­ment. Je sais exac­te­ment c’est qui. Je les ai juste ar­ran­gées phy­si­que­ment et men­ta­le­ment, car je trouve qu’il y a un peu de moi dans les trois. Fré­dé­rique est bi­po­laire. Moi, je le suis. Mar­jo­rie est l’Haï­tienne très forte de ca­rac­tère, elle me fait beau­coup pen­ser à moi. An­to­nia est la mam­ma ita­lienne qui adore ses en­fants, son ma­ri, et qui fait ce qu’elle a à faire. »

Pour la cré­di­bi­li­té du livre — un ro­man et non un do­cu­men­taire — Var­da a adop­té un ton très dur. « Ça n’a pas été fa­cile à écrire. C’est la ma­fia. Je n’ai pas écrit La

Mé­lo­die du Bon­heur! C’est dur comme ça. Je l’ai fait lire par des cri­mi­na­listes et par des po­li­ciers et ils m’ont dit, Var­da, t’es as­sez right on. » Elle l’avait écrit avant tout pour faire une sé­rie té­lé, mais la pro­po­si­tion a été ju­gée trop vio­lente. « Si vous n’en vou­lez pas, bien je vais en faire un livre. » Et elle écrit pré­sen­te­ment le tome 2.

Var­da Étienne co-ani­me­ra, dès le 2 mai, une nou­velle émis­sion sur la chaîne Ma­de­moi­selle et re­tour­ne­ra à Su­cré Sa­lé, cet été. Elle tien­dra éga­le­ment un pre­mier rôle dans un film tour­né à Cu­ba par Ma­rie-Ange Bar­ban­court, an­cienne VJ de Mu­si­queP­lus.

An­to­nia connaît la ma­fia de­puis tou­jours, puisque son père tra­vaillait éga­le­ment pour la Co­sa Nos­tra, et elle a ap­pris de sa mère. Elle sait dé­cryp­ter dans les moindres mou­ve­ments de son ma­ri les ex­pli­ca­tions de ses si­lences.

Var­da Étienne, Femmes de gang­sters

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