Fraî­cheur et joie de vivre

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

(MFB) Alain Mabanckou a ré­flé­chi pen­dant des an­nées avant d’écrire, en deux ans à peu près, De­main j’au­rai

vingt ans. Ce for­mi­dable por­trait d’une en­fance à Pointe-Noire, dans un fa­mille « ni riche, ni très pauvre », au­près de Pa­pa Ro­ger, Ma­man Pau­line et Ma­man Mar­tine, est un conden­sé de bon­heur, ra­fraî­chis­sant, drôle, qui fait l’éloge de la joie de vivre.

« C’est un ro­man dans le­quel un en­fant afri­cain d’une di­zaine d’an­nées re­garde le monde. En re­gar­dant le monde — c’est-àdire en re­gar­dant ce qui se passe dans d’autres pays — il es­saie de com­prendre ce monde avec l’ima­gi­na­tion qui est la sienne. Il se trouve peut-être aus­si en face de la concep­tion du monde par les adultes.

EN­FANCE UNI­VER­SELLE

« C’est un livre certes qui parle d’une en­fance afri­caine, mais on se rend compte tout au long du livre qu’en réa­li­té, il s’agit d’une en­fance de tout en­fant qui peut se re­con­naître à l’in­té­rieur. Il suf­fit tout sim­ple­ment de dé­pla­cer la géo­gra­phie et alors, cette en­fance de­vient uni­ver­selle », ré­sume l’au­teur.

L’écri­vain s’est ac­cor­dé cinq ou six ans de ré­flexion avant de se lan­cer dans l’écri­ture du ro­man. « J’écri­vais des bouts, puisque ça cou­vrait vrai­ment toute mon en­fance dans les an­nées 70 au Con­go-Braz­za­ville, jus­qu’en 80. Ça m’a pris beau­coup plus de temps de ré­flexion, de re­tour­ne­ment de mé­moire, de res­sas­se­ment de sou­ve­nirs. Il y a plus de temps de mise en condi­tion, un peu comme ce qu’on voit dans les dis­ci­plines spor­tives, comme l’athlétisme, la boxe et d’autres dis­ci­plines. On prend beau­coup de temps à pré­pa­rer le com­bat, à faire de l’en­du­rance, des ré­pé­ti­tions, pour une seule jour­née où le match va se pas­ser. C’est ce qui s’est pas­sé avec ce livre. »

SA PROPRE HISTOIRE

Mi­chel, le nar­ra­teur, c’est un peu lui, dans la me­sure où c’est le deuxième pré­nom qu’il porte, sans ja­mais l’avoir uti­li­sé. « Peut-être que je le gar­dais un jour pour une uti­li­sa­tion qui au­jourd’hui ar­rive à pro­pos? », songe-t-il. Quoi qu’il en soit, tous les noms des per­son­nages sont vrais. « C’est en réa­li­té ma propre histoire, mais je pré­fé­rais la mettre sous la forme et l’ap­pel­la­tion de ro­man, parce que la vie ne s’est pas pas­sée comme dans la chro­no­lo­gie ro­ma­nesque. Mais le fond et le sou­bas­se­ment, la ma­tière, tout ce­la vient de mon en­fance. »

Et ce pe­tit Mi­chel, cet en­fant in­té­rieur, n’est ja­mais loin de l’écri­vain. « J’écris d’ailleurs avec le sen­ti­ment qu’il y a un pe­tit en­fant qui est der­rière moi, qui me donne une cer­taine bé­né­dic­tion. Il y a for­cé­ment chez chaque écri­vain l’ombre du pe­tit en­fant qu’il était. »

En classe, nous sommes pla­cés par rap­port à notre in­tel­li­gence. Quand tu entres, le pre­mier rang que tu vois, c’est ce­lui des trois pre­miers de classe : Adria­no, Willy-Di­bas et Jérémie. Le deuxième rang, c’est pour les qua­trième, cin­quième et sixième meilleurs élèves. Et c’est comme ça jus­qu’au fond de la classe. Les plus idiots, c’est ceux qui sont au der­nier rang. On les laisse là-bas pour qu’ils ba­vardent entre eux et se lancent de l’encre dans la fi­gure. »

— Alain Mabanckou, De­main j’au­rai vingt ans

PHO­TO KARL TREM­BLAY

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