Cas­ser­les­fron­tiè­res­parl’écrit

Alain Mabanckou, au­teur du ro­man De­main j’au­rai vingt ans, prix Georges-Bras­sens 2010 et in­vi­té d’hon­neur du Sa­lon in­ter­na­tio­nal du livre de Qué­bec, consi­dère que la lit­té­ra­ture a pour ob­jet de cas­ser les fron­tières. « Et on casse les fron­tières en uti­lis

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ma­rie-France Bor­nais Le Jour­nal de Qué­bec

Très en­thou­siaste de l’ac­cueil re­çu au Qué­bec, où il s’est sen­ti chez lui, l’écri­vain con­go­lais, main­te­nant pro­fes­seur ti­tu­laire de lit­té­ra­ture à l’Uni­ver­si­té de Ca­li­for­nie à Los An­geles (UCLA), consi­dère que la lit­té­ra­ture est uni­ver­selle. Quel que soit son lieu d’ori­gine, ce qui compte, c’est l’émo­tion que l’autre va res­sen­tir.

« La lit­té­ra­ture n’a pas de cou­leur, pas de cré­neau, pas de fron­tière. Si vous êtes de Qué­bec et que vous prenez un livre qui se passe en Afrique, en ou­vrant la pre­mière page, au­to­ma­ti­que­ment vous êtes dans ce pays, même si vous n’y avez ja­mais été. Mais au moins, vous des­si­nez le pays dans votre ima­gi­naire. C’est ain­si qu’on lit fa­ci­le­ment les Ja­po­nais, les Russes, sans avoir été dans ces pays. Ce sont les livres qui nous ca­ta­pultent dans ces ré­gions », par­ta­get-il en en­tre­vue lors de son pas­sage à Qué­bec. « Les livres sont une trace de l’exis­tence de l’homme sur terre. »

Inversement, Alain Mabanckou lit des au­teurs qué­bé­cois et les ap­pré­cie beau­coup. « Je croise des au­teurs de la nou­velle gé­né­ra­tion, mais avant, j’étais beau­coup un lec­teur des au­teurs comme Ré­jean Du­charme, Vi­gneault. »

C’est une lit­té­ra­ture qu’il dé­couvre. « Il y a des au­teurs po­pu­laires comme Ma­rie La­berge qui portent cette lit­té­ra­ture au­jourd’hui, qu’on de­vrait de plus en plus im­po­ser aus­si en France parce qu’on en a presque as­sez d’avoir une dic­ta­ture de la lit­té­ra­ture fran­çaise, alors que beau­coup d’écri­vains ici font un tra­vail très im­por­tant », ob­serve-t-il.

CRÉA­TION EN AFRIQUE

Alain Mabanckou en­seigne en ce mo­ment la lit­té­ra­ture fran­co­phone d’Afrique noire, donc tout ce qui concerne le ro­man afri­cain, ses ori­gines, ses au­teurs, les thé­ma­tiques em­bras­sées. « Je brasse un peu tout pour es­sayer de mon­trer le cô­té vi­vant de la créa­tion lit­té­raire en Afrique. »

S’il avait à sug­gé­rer des au­teurs pour que les lec­teurs qué­bé­cois se fa­mi­lia­risent avec cette lit­té­ra­ture? « Je di­rais de com­men­cer par lire un livre que j’aime bien qui s’ap­pelle L’en­fant noir, de Ka­ma­ra Laye, écri­vain de la Gui­née, et aus­si de lire Ah­ma­dou Kou­rou­ma, un Ivoi­rien qui a écrit

Al­lah n’est pas obli­gé. Je pense au Ca­me­rou­nais Mon­go Be­ti, au Con­go­lais So­ny La­bou Tan­si. Ce sont des ro­mans qui per­mettent de voir une autre Afrique et peu­têtre de com­prendre que l’Afrique fait par­tie du monde. Et que même si cer­tains pays sont dans la mi­sère, l’ima­gi­naire, lui, reste tou­jours pro­duc­tif. »

Alain Mabanckou fait re­mar­quer qu’en Afrique, la pa­role, riche d’une forte tra­di­tion orale, est por­tée par beau­coup d’écri­vains qui, par les voies de la poé­sie et du théâtre, es­saient de la pé­ren­ni­ser. « La tra­di­tion orale est une ri­chesse dans la me­sure où, peut-être, elle donne une autre di­men­sion au texte. Le texte est d’abord la pa­role qui se fait chair dans le livre. C’est peu­têtre ça qui étonne par­fois en Eu­rope, de voir cer­tains écri­vains afri­cains avec une force de la pa­role ex­tra­or­di­naire, tout sim­ple­ment parce que l’Oc­ci­dent a aban­don­né de­puis long­temps la pa­role, pour pas­ser par­fois aux choses les plus in­si­pides. Nous, nous sa­vons que la pa­role est es­sen­tielle et qu’elle doit aus­si al­ler à la ren­contre de l’écrit. »

En ce mo­ment, Alain Mabanckou écrit un ro­man des­ti­né à l’adap­ta­tion pour le ci­né­ma, pour France 2 — ARTE. « Ce se­ra un ro­man sur l’im­mi­gra­tion, une sorte de ro­man noir, comme on pour­rait dire. C’est l’histoire d’un meurtre qui s’est pas­sé dans le 18e ar­ron­dis­se­ment. Je l’écris pe­tit à pe­tit. »

PHO­TO COURTOISIE | C. HÉLIE

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