Agir en toute li­ber­té

Dans un uni­vers de la mu­sique pop peu­plée de ve­dettes pré­fa­bri­quées, la Mont­réa­laise d’ori­gine ma­ro­caine Em­pire Isis dé­tonne : elle prend ses propres dé­ci­sions, n’hé­site pas à trai­ter d’en­jeux sociaux dans ses chan­sons et af­fiche sans honte son dé­sir d’av

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger

« Je trouve que c’est dif­fi­cile ici, au Qué­bec, d’être ou­ver­te­ment une femme qui a de l’am­bi­tion. Pour­tant, c’est la mis­sion de ma vie », tranche celle qui vient de faire pa­raître son qua­trième al­bum, Crack the Code.

Ce nou­vel al­bum, es­père Em­pire Isis, lui per­met­tra d’en­fin être re­con­nue au Qué­bec, elle qui s’est d’abord fait un nom aux États-Unis dans le monde très fer­mé du reg­gae et du hip-hop. Des dé­buts pas tou­jours fa­ciles qui lui ont per­mis d’ac­qué­rir une grande confiance en elle.

« C’est plus dif­fi­cile dans l’uni­vers reg­gae et c’est pour ce­la que rien ne me fait peur dans la pop. J’ai tout vé­cu. Ima­gine, je suis une femme blanche aux yeux verts qui fait six pieds. Je suis d’ori­gine ma­ro­caine an­glaise, éle­vée par un Ou­gan­dais au Qué­bec et qui parle six langues et fait de la mu­sique de Noirs. Les gens me pre­naient pour une es­pionne quand je suis ar­ri­vée en Ja­maïque pour la pre­mière fois », se re­mé­more-t-elle.

DES CHAN­SONS POUR TOUS

Suc­ces­seur de Brand New Style, pa­ru en 2009, Crack the Code s’éloigne al­lè­gre­ment du reg­gae et du dan­ce­hall pour em­bras­ser ou­ver­te­ment la pop dan­sante des­ti­née aux clubs.

« J’ai be­soin de chan­sons que je peux jouer dans tous les contextes : dans un club, un fes­ti­val, un évé­ne­ment ca­ri­ta­tif, pour des Blancs, des Noirs, des Jaunes, des Rouges, pour des mu­sul­mans, des chré­tiens, des Juifs. Crack the Code est donc di­vi­sé en quatre par­ties : une dance-pop ur­bain ( Pas­sion, Bang Bang), une hip-hop ( Na­na Po­wer, Per­ma­nent Stranger), une dan­ce­hall-pop ( Rea­dy, Sta­mi­na) et une ca­té­go­rie que j’ap­pelle world pop ( S.O.S. To Free­dom, Rich Girl, Lou­der), des chan­sons que je peux jouer dans un monde tro­pi­cal, dans des en­droits où les gens ne parlent pas an­glais, mais qui peuvent tout de même sai­sir le mes­sage. »

Parce que Em­pire Isis se fait un point d’hon­neur de trai­ter de pro­blé­ma­tiques so­ciales dans ses chan­sons, son dis­cours se po­si­tion­nant dans la vague fé­mi­niste, éco­lo­giste et hu­ma­niste.

C’est pour­quoi elle ac­cueille les in­évi­tables com­pa­rai­sons avec La­dy Ga­ga avec un haus­se­ment d’épaule.

« Hon­nê­te­ment, dit-elle avec can­deur, je connais très bien son pro­duc­teur, RedOne. J’ai par­ta­gé un stu­dio avec lui, en 2006, juste avant qu’il n’ex­plose avec le remix de Hips Don’t Lie, de Sha­ki­ra. C’est un vrai gé­nie. Au moins 50 du suc­cès de La­dy Ga­ga, c’est lui. J’aime bien dan­ser sur les chan­sons de La­dy Ga­ga et elle a ame­né une tout autre sa­veur au monde pop. Mais contrai­re­ment à elle, je ne me sens pas la né­ces­si­té d’être la porte-pa­role du mou­ve­ment gay. Quand t’écoutes mes chan­sons, tu sais de quoi je parle. Ses chan­sons ont des mes­sages que je ne trouve pas né­ces­saires. Donc, c’est un com­pli­ment qu’on me com­pare à elle, j’ai­me­rais qu’on par­tage la scène un jour, mais pas plus que ça. »

SA PROPRE FOR­MULE

Elle pré­fère construire sa car­rière sans suivre de mo­dèle pré­fa­bri­qué. « Tu ne sais pas com­ment de jours et de nuits je me ré­fu­gie chez moi pour in­jec­ter un mes­sage dans ma mu­sique pop sans que ce soit qué­taine. Mon père a étu­dié en phy­sique et ma mère est réa­li­sa­trice au théâtre. On m’a beau­coup en­sei­gné à trou­ver ma propre for­mule. Ce qui marche pour quel­qu’un d’autre ne mar­che­ra pas né­ces­sai­re­ment pour toi. C’est co­ol de dan­ser en écou­tant mes chan­sons, mais pour moi, c’est beau­coup plus im­por­tant de pro­vo­quer. J’ai tou­jours été quel­qu’un qui ca­ta­lyse des si­tua­tions. Quand je rentre dans ta vie, il y a des trucs qui changent. Je n’ai pas la langue dans ma poche. »

À tel point que c’est son front de boeuf qui a fait en sorte que sa chan­son Bang Bang a été choi­sie comme trame mu­si­cale de la nou­velle cam­pagne pu­bli­ci­taire de Co­verGirl, qui met en ve­dette Drew Bar­ry­more et Queen La­ti­fah.

« J’ai réa­li­sé que j’avais une plogue dans une com­pa­gnie de pub qui ai­mait ma mu­sique. Je ter­mi­nais mon al­bum à New York et je leur ai re­mis quelques chan­sons. Deux mois plus tard, on m’ap­pelle pour me dire que ma chan­son Bang Bang avait été choi­sie pour une pub avec Drew Bar­ry­more. J’ai failli avoir une at­taque car­diaque. Je ca­pote à chaque fois que je vois la pu­bli­ci­té à la té­lé­vi­sion. »

√ Crack the Code est en vente en ligne et chez les dis­quaires

de­puis mar­di.

EM­PIRE

ISIS

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