Une « fillette » et des rats

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

(MFB) Tant qu’à faire peur, al­lons-y pour vrai. Pierre Le­maitre s’est ins­pi­ré d’une vi­site dans un châ­teau fran­çais, pen­dant ses va­cances, pour in­té­grer une cage-pri­son dans son ro­man. Une cage où le mé­chant Tra­rieux, un monstre qu’on ne vou­drait pas croi­ser même en plein jour, en­ferme la vic­time, la sus­pend dans les airs et l’aban­donne à son triste sort.

« J’ai vu une « fillette », une cage qui avait été fa­bri­quée du temps de Louis XI et qui était faite avec d’énormes bar­reaux qui de­vaient faire 10cm de cir­con­fé­rence. Elle était pen­due à 1,50m du sol. C’est une cage très étrange parce qu’on ne peut s’y te­nir ni as­sis ni de­bout ni cou­ché. Donc, ça vous oblige à une po­si­tion qui est très in­con­for­table. Il pa­raît que l’évêque pour le­quel cette cage avait été faite y avait été en­fer­mé pen­dant dix ou onze ans. Quand il est res­sor­ti − je ne sais pas s’il était vi­vant ou non − ses os s’étaient res­sou­dés et le corps avait pris une forme qui était la seule forme que la cage au­to­ri­sait. »

Quand il a vu cette cage, Pierre Le­maitre a été com­plè­te­ment ter­ri­fié. « Je m’étais dit que ça, je n’ou­blie­rais pas et que si j’avais be­soin un jour d’être vrai­ment af­freux, je le pren­drais. Et ça n’a pas ra­té parce que, quelques mois plus tard, j’ai com­men­cé ce livre et je me suis dit : Tiens, c’est là que ma « fillette » va in­ter­ve­nir. En plus, ap­pe­ler ça une « fillette », c’est d’une cruau­té… Pour in­ven­ter ça, il faut un haut de­gré de perversité, comme quoi la perversité n’est pas une in­ven­tion mo­derne. »

Pour ajou­ter au cau­che­mar, Pierre Le­maitre a ajou­té des rats à l’histoire. Des rats ma­lins, aux mous­taches fré­mis­santes, ob­sé­dés par leur quête de nour­ri­ture. « Alors là… je peux vous ra­con­ter deux choses qui sont toutes les deux vraies. Il y a quelques an­nées, j’ha­bi­tais à la cam­pagne et à un mo­ment don­né il y a eu une in­va­sion de rats dans le village. On a dé­ra­ti­sé, mais pen­dant quelque temps, j’en voyais beau­coup. J’avais un bu­reau dont la fe­nêtre don­nait sur un per­ron en pierre et, un jour, je lève le nez et je vois, sur la marche en pierre, un rat qui me re­gar­dait. Et la vi­sion était tel­le­ment ter­ri­fiante qu’elle a dû s’im­pri­mer quelque part. Quand j’ai eu be­soin de quelque chose de ter­ri­fiant, c’est la pre­mière image qui est re­mon­tée! » Glup.

LA TER­REUR DES FEMMES

Et la deuxième rai­son? « J’ai un peu honte… Elle est un pe­tit peu plus ha­bile, un peu moins spon­ta­née… mais je dois le dire : je vou­lais faire peur aux lec­trices. Et quand on est un homme avec un pe­tit peu d’ex­pé­rience, quand on a un pe­tit peu fré­quen­té les femmes, on sait un pe­tit peu ce que sont les fan­tasmes de ter­reur des femmes et hon­nê­te­ment, ce n’était pas très com­pli­qué de trou­ver l’histoire des rats… On sait ce qui leur fait peur. »

« Le rat tient à la fois du fan­tasme et de la pho­bie. Sexuel­le­ment, il a une va­leur qui est ex­trê­me­ment trou­blante d’agres­si­vi­té et, du coup, on sait qu’il fait par­tie de ces ob­jets my­thiques comme les ser­pents qui, s’ils sont bien pla­cés, au bon mo­ment, si ça ar­rive bien, ça marche va­che­ment bien!!! », dit-il dans un grand éclat de rire.

PHO­TOS COURTOISIE | RI­CHARD DU­MAS

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.