AMOUR IM­PAR­FAIT

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Vé­ro­nique Beau­det Col­la­bo­ra­tion spé­ciale vbeau­det@journalmtl.com

Dans une lettre adres­sée à son ma­ri Georges Wo­lins­ki, cé­lèbre ca­ri­ca­tu­riste fran­çais, Ma­ryse Wo­lins­ki fait le point sur leur longue histoire d’amour qui dure de­puis 40 ans mal­gré la mi­so­gy­nie af­fi­chée de Mon­sieur. Pas fa­cile pour une fé­mi­niste.

La jour­na­liste et écri­vaine Ma­ryse Wo­lins­ki se livre sans pu­deur dans ce ré­cit très per­son­nel. L’exer­cice peut peut-être sem­bler in­dis­cret, voire in­dé­cent, puisque l’au­teure dé­voile un pan de sa vie pri­vée et une par­tie in­time de ce couple qu’elle forme avec un hu­mo­riste cé­lèbre re­con­nu pour ses des­sins co­quins. Mais Ma­ryse Wo­lins­ki ar­rive heu­reu­se­ment à don­ner des per­cep­tives plus uni­ver­selles à son histoire d’amour pour­tant sin­gu­lière.

Elle aborde no­tam­ment le fé­mi­nisme, ce­lui des an­nées 70 et du dé­but de son histoire avec Georges, s’in­ter­roge sur l’amour, le dé­sir et la perte de dé­sir, l’adul­tère, mais aus­si et sur­tout, en re­ve­nant sur sa propre vie amou­reuse, elle montre com­ment elle a réus­si à pré­ser­ver son couple et le dé­sir en éta­blis­sant de nou­veaux codes de la vie conju­gale.

Tout com­mence avec une ca­ri­ca­ture de Georges Wo­lins­ki pu­bliée dans Le Jour­nal du di­manche l’an der­nier. En plein fes­ti­val de Cannes, le ca­ri­ca­tu­riste des­sine les dan­seuses bur­lesques du film Tour­née de Ma­thieu Amal­ric en les qua­li­fiant dans une bulle de « pé­tasses ». Lorsque Ma­ryse Wo­lins­ki dé­couvre son des­sin dans le jour­nal, elle est rouge de co­lère. « Le mot écorche mes oreilles et j’ai mal aux sen­ti­ments que je te porte. Une fois de plus, je me sens trahie », écrit-elle.

Pour le des­si­na­teur, il n’y a pour­tant rien de vul­gaire dans ce mot. Cette ca­ri­ca­ture, comme toutes les autres plus ou moins mi­so­gynes qu’il a faites tout au long de sa longue car­rière, c’est uni­que­ment « pour faire rire ».

Voi­là donc 40 ans que ça dure entre eux d’eux. Les an­nées au­près d’une femme fé­mi­niste n’ont pas as­sa­gi le pro­vo­ca­teur ma­cho qu’est Wo­lins­ki.

Ces in­ci­dents, que Ma­ryse Wo­lins­ki qua­li­fie de tra­hi­sons, l’ont par­fois fait ré­flé­chir sur son couple, sur son pa­ra­doxe et sa lé­gi­ti­mi­té, mais mal­gré cette in­con­grui­té, elle n’a ja­mais dou­té de leur amour ré­ci­proque.

DÉ­CLA­RA­TION D’AMOUR

Leur 40 ans de ma­riage n’a rien d’un long fleuve tran­quille. De la pe­tite fille blonde in­dé­pen­dante qu’elle était lors­qu’elle a ren­con­tré Georges Wo­lins­ki alors qu’elle n’était qu’une jour­na­liste sta­giaire de 22 ans et que lui, de douze ans son aî­né, était dé­jà un ca­ri­ca­tu­riste re­con­nu, elle est pas­sée à mère de fa­mille jon­glant entre vie pro­fes­sion­nelle et per­son­nelle, fé­mi­niste mi­li­tante, écri­vaine.

Le couple a connu des crises, des in­fi­dé­li­tés, mais n’a ces­sé de s’ai­mer et de se ré­in­ven­ter, Ma­ryse Wo­lins­ki con­nais­sant tan­tôt la pas­sion avec un cer­tain D. et pro­po­sant tan­tôt à Georges de faire chambre à part pour être « en état de ren­dez-vous per­ma­nent » et ain­si re­nou­ve­ler « la flamme du dé­sir » et re­trou­ver une cer­taine li­ber­té.

Ma­ryse Wo­lins­ki se ré­vèle à la fois forte et fra­gile dans ce ré­cit qui évoque ses bles­sures, ses pa­ra­doxes et cet amour im­par­fait. Mais Georges, si tu sa­vais… est aus­si et avant tout une dé­cla­ra­tion d’amour sin­cère et tou­chante à l’homme de sa vie.

GEORGES, SI TU SA­VAIS…

DE MA­RYSE WO­LINS­KI

Édi­tions du Seuil. 170 pages. Dis­po­nible en li­brai­rie.

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