MA­RIE-CLAUDE SAVARD SE RA­CONTE DANS OR­PHE­LINE

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Ma­rie-france Bor­nais Le Jour­nal de Qué­bec √ Ma­rie-claude Savard est ren­trée au Qué­bec cette se­maine. Elle fe­ra plu­sieurs tour­nées de pro­mo­tion pour pré­sen­ter son livre. En sa­voir plus : ca­noe.ca/mc­sa­vard

La jour­na­liste Ma­rie-claude Savard, fi­gure connue du pe­tit écran pour ses re­por­tages à Sa­lut, bon­jour! et sa pré­sence dans la sé­rie Mon­tréal-qué­bec, a choi­si de ne pas gar­der pour elle la dou­leur qu’elle a éprou­vée lors du dé­cès, coup sur coup, de son père puis de sa mère. C’est ce qu’elle pré­sente dans Or­phe­line, un ré­cit-choc qui en sur­pren­dra plus d’un.

Ma­rie-claude Savard ra­conte le dé­cès de son père et l’ago­nie de sa mère, de l’an­nonce d’un can­cer du pou­mon jus­qu’au dé­cès, dans les dé­tails. Son ré­cit n’épargne ni les aber­ra­tions du sys­tème de san­té, ni son propre choc émo­tif, ni les dif­fi­cul­tés re­la­tion­nelles vé­cues avec ses pa­rents et l’im­pact des drames sur sa vie de couple. Plu­sieurs per­sonnes ayant vé­cu pa­reilles épreuves re­con­naî­tront des si­tua­tions dif­fi­ciles, où on a l’im­pres­sion que le plan­cher cède d’un coup la place au vide.

Au dé­part, elle ne souhaitait pas né­ces­sai­re­ment pu­blier son his­toire. « Quand je suis re­tour­née tra­vailler à Sa­lut, bon­jour! après mon arrêt de tra­vail, je fai­sais beau­coup d’in­som­nie. C’était un genre de re­tour à la nor­male alors qu’il n’y avait plus rien de nor­mal dans ma vie. J’avais de la dif­fi­cul­té à pla­cer tout ça dans ma tête, de la dif­fi­cul­té à m’adap­ter à ma nou­velle réa­li­té. Au mois d’oc­tobre, un sa­me­di ma­tin, je me suis ré­veillée à 4h et je suis al­lée à mon bu­reau. J’ai sen­ti le be­soin de le ra­con­ter, mais pour moi. Pour faire le point. J’ai com­men­cé à écrire et, la pre­mière jour­née, j’ai écrit 25 pages. Je ne suis ja­mais re­tour­née en ar­rière. À un mo­ment don­né, je me suis re­trou­vée avec 150 pages que je n’avais pas re­lues. Estce que je re­lis ou je vais de l’avant? » ra­conte Ma­rie-claude, en en­tre­vue té­lé­pho­nique de­puis Cas­tro Ma­rim, au Por­tu­gal, où elle ac­com­pagne son conjoint, Jean-mar­tin Bis­son, idéa­teur d’oc­cu­pa­tion double.

ÉCRIRE D’UN SOUFFLE

Elle a ren­con­tré Jo­hanne Guay, di­rec­trice gé­né­rale des Édi­tions Libre Ex­pres­sion, qu’elle avait dé­jà ren­con­trée au­pa­ra­vant. Cette der­nière lui a sug­gé­ré de conti­nuer. « J’ai conti­nué à écrire et, au mois de jan­vier, j’avais fi­ni », dit Ma­rie-claude.

Or­phe­line a été écrit d’un souffle entre oc­tobre et jan­vier. Pra­ti­que­ment sans re­lec­ture, pour évi­ter toute au­to­cen­sure, et sans l’avoir fait lire à qui que ce soit. « Quand j’ai don­né le ma­nus­crit à Jo­hanne, j’ai eu l’im­pres­sion de lui don­ner une grosse par­tie de ma vie. J’ai l’im­pres­sion que le livre m’a ai­dée à faire mon deuil. »

Rien n’est ro­man­cé dans Or­phe­line. « La pre­mière fois que je l’ai re­lu au com­plet, on était dé­jà dans les cor­rec­tions. C’était en­core trop vif. Je n’avais pas le goût de me re­plon­ger là-de­dans. » Ma­rie-claude a re­lu le livre au com­plet après qu’il fut pas­sé par le pro­ces­sus d’édi­tion, le 20 juillet 2011. « Quand je l’ai lu, j’ai eu tout un choc! » as­sure-t-elle avec un pe­tit rire.

BLES­SURES D’EN­FANT

Était-ce une bonne chose que le ré­cit soit pu­blié? Elle s’est po­sé la ques­tion. « Si je l’avais re­lu avant, je me se­rais pro­ba­ble­ment cen­su­rée. Si ça fait ja­ser, tant mieux, ça met­tra sur la sel­lette les re­la­tions pa­rents-en­fants, les bles­sures d’en­fant qui nous ac­com­pagnent par­fois dans la vie adulte et nous rendent la vie plus dure. Ce pro­ces­sus de gué­ri­son que j’ai fait, en pa­ral­lèle avec la ma­la­die et le deuil, s’il y a des gens qui peuvent l’en­tre­prendre alors que tout va bien et que leurs pa­rents sont en vie, ce se­ra tant mieux pour eux. Mieux vaut ne pas lais­ser les choses en sus­pens. On a tous des bles­sures d’en­fant. Je sais que ce n’est pas agréable. Quand tout va bien, on n’a pas le goût de le faire et, quand tout va mal, on se dit que ce n’est pas le mo­ment, mais pour moi, ça a été une grande gué­ri­son, une grande li­bé­ra­tion, à tra­vers la ma­la­die et le deuil. Si le livre pro­voque une dis­cus­sion à ce su­jet, tant mieux. »

« J’ai ra­con­té comment ça s’est pas­sé pour moi. Je ne suis pas par­tie avec l’idée pré­con­çue de me vi­der le coeur sur les hô­pi­taux. Ma mère a re­çu des bons soins. Tant qu’à ra­con­ter la vraie his­toire, je vais la ra­con­ter vrai­ment, par­tout, même dans ce qui est moins beau et moins po­li­ti­cal­ly cor­rect. »

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