LE PUZZLE DE MI­CHEL TREM­BLAY

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Ma­rie-france Bor­nais Le Jour­nal de Qué­bec √ Mi­chel Trem­blay ren­con­tre­ra les vi­si­teurs du Sa­lon du livre de Mon­tréal tous les jours, en après-mi­di et en soi­rée.

Près d’un de­mi-siècle après la pu­bli­ca­tion de la pièce de théâtre Les belles-soeurs, Mi­chel Trem­blay boucle la boucle, at­tache les noeuds, offre la quin­tes­sence de son oeuvre avec La grande mê­lée. Dans ce ro­man foi­son­nant, ses 28 per­son­nages se cô­toient dans une grande fresque, juste avant le ma­riage de Na­na et Ga­briel.

« J’avais beau­coup de noeuds à at­ta­cher, d’his­toires à fi­nir... c’est le der­nier puzzle de quelque chose que j’ai com­men­cé il y a 46 ans. J’ai com­men­cé avec la fin avec les pièces, j’ai écrit le mi­lieu avec les Chro­niques

du Pla­teau Mont-royal; là, j’écris le dé­but avec la dia­spo­ra des Desrosiers. C’est un joint; j’ap­pelle ça un ro­man in­ter­ca­laire. Un joint qui unit la dia­spo­ra des Desrosiers, et les Chro­niques du Pla­teau Mont-royal. C’est le mo­ment où les deux fa­milles se ren­contrent », ex­plique l’au­teur en en­tre­vue.

« Quand j’étais plus jeune, j’ai sur­tout dé­crit la fa­mille de Ga­briel. Plus tard, de­puis cinq ans, j’ai dé­crit la fa­mille de Rhéau­na. Mais comme on sait qu’ils vont se ma­rier et avoir des en­fants, il fal­lait bien à un mo­ment qu’ils se ren­contrent, et que les deux fa­milles se ren­contrent. Alors, j’ai pen­sé à écrire La grande mê­lée, qui est une es­pèce de mel­ting pot. Il y a 28 per­son­nages de deux fa­milles dif­fé­rentes, dont cer­tains ha­bitent l’ouest ca­na­dien, d’autres ha­bitent Mon­tréal. »

On suit leur évo­lu­tion à tra­vers une jour­née, au­tour de l’in­vi­ta­tion qu’ils ont re­çue pour le ma­riage de Rhéau­na. C’est l’idée que j’ai eue, de réunir ces deux fa­milles, de faire ren­con­trer ces deux fa­milles qui sont les deux pôles de ma vie. »

DANS LA PEAU DES PER­SON­NAGES

Le nombre de per­son­nages pré­sents dans le ro­man n’ef­fraie pas le dra­ma­turge le moins de monde; au contraire, ça l’amuse! « Je suis ha­bi­tué de faire ça. Dans La grosse

femme d’à cô­té est en­ceinte, on sui­vait 22 per­son­nages dans une jour­née. Là, il y en a 28. J’adore sa­voir où l’un est ren­du, où l’autre est ren­du. Et comment les faire se ren­con­trer, et qu’est-ce qui va leur ar­ri­ver. »

Tous ces per­son­nages vivent et évo­luent dans l’ima­gi­naire de Mi­chel Trem­blay de­puis des an­nées. « J’es­saie de les in­car­ner. J’es­saie tou­jours de ne ja­mais les dé­crire de l’ex­té­rieur. Quand ils parlent, j’es­saie tou­jours d’être la per­sonne qui parle. Je ne suis ja­mais l’autre per­sonne, je ne re­garde pas la per­sonne qui parle : je suis la per­sonne qui parle, qui voit l’autre se pré­pa­rer à lui ré­pondre. C’est ça le tra­vail du dra­ma­turge : des dé­fis que je me lance. » Mi­chel Trem­blay a « pon­du » La grande

mê­lée en cinq mois à peine. « Quand je ne tra­vaille pas, je ne tra­vaille pas. Mais quand je tra­vaille, je tra­vaille vrai­ment tous les jours. Je ne prends pas de congé. Je tra­vaille le sa­me­di, le di­manche, à Noël, à la SaintVa­len­tin, à Pâques. Je ne peux pas me cou­cher le soir sans avoir trou­vé la pre­mière ré­plique, ou la pre­mière phrase que je vais écrire le len­de­main ma­tin; si­non je ne dors pas. »

IN­FLUENCES FA­MI­LIALES

Pour écrire les Chro­niques du Pla­teau

Mont-royal et la sa­ga des Desrosiers, l’écri­vain s’est ins­pi­ré d’une géo­gra­phie fa­mi­liale qui lui était fa­mi­lière, mais les per­son­nages sont vite de­ve­nus ses créa­tures. Na­na, qu’il dé­crit de­puis 45 ans, a été mo­de­lée d’après sa mère, puis a sui­vi son propre des­tin ro­ma­nesque.

« C’est in­évi­table, je ne peux pas pré­tendre avoir connu ma mère il y a 100 ans. Ma mère, en 1912, je ne la connais­sais pas. Je peux de­vi­ner des choses à par­tir de ce que je sais d’elle. C’est d’ailleurs la rai­son pour la­quelle, dans tous les ro­mans, au dé­but, je marque « ceci est une oeuvre de fic­tion ». Je ne vou­drais pas qu’on pense que c’est la vie de ma mère. Pas du tout. C’est une ré­in­ven­tion de ce que sa vie au­rait pu être. Mais comme c’est des per­sonnes que j’ai beau­coup ai­mées, que j’ai écou­tées et que j’ai un pe­tit peu de­vi­nées, c’est fas­ci­nant pour moi de leur ima­gi­ner un pas­sé, même si je sais qu’il est faux. L’im­por­tant, c’est qu’il ait l’air vrai. »

La grande mê­lée a été pour lui un puzzle ex­tra­or­di­naire à construire et à dé­cons­truire. « Vieillir les per­son­nages, les ra­jeu­nir, les tuer, c’est ex­tra­or­di­naire à faire! »

— Mi­chel Trem­blay, La grande mê­lée

« La même après-mi­di, Rhéau­na et Ma­ria se sont ren­dues chez Du­puis Frères cher­cher la robe de ma­riée et les ac­ces­soires que Rhéau­na était ve­nue choi­sir seule quelques jours après la scène pé­nible de l’es­sayage. Elles sont pas­sées au rez-de-chaus­sée pour prendre le par­fum et les bi­joux, et au deuxième étage pour les sou­liers. Ma­ria a payé avec du bel ar­gent neuf frais sor­ti de la banque, une liasse im­pres­sion­nante que Ful­gence » était ve­nu lui por­ter, la veille, à sa sor­tie du Pa­ra­dise.

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