CLAUDE JU­TRA

DIS­PA­RU IL Y A 25 ANS

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Éli­za­beth Mé­nard Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Ci­néaste sur­doué, au­teur de Mon oncle An­toine, plus grand film ca­na­dien de tous les temps, Claude Ju­tra a dis­pa­ru à ja­mais un cer­tain 5 no­vembre, il y a de ce­la 25 ans. Le terme dis­pa­ru n’est pas em­ployé ici à la lé­gère. L’homme man­quait à l’ap­pel de­puis plu­sieurs mois lorsque son corps a été re­pê­ché sur les berges du SaintLaurent. Ceux qui crai­gnaient le pire ont eu rai­son : le ci­néaste de 56 ans s’était en­le­vé la vie.

Même s’il n’est plus des nôtres, force est de consta­ter que les films de Claude Ju­tra, eux, sont res­tés, et que son hé­ri­tage est bien vi­vant.

En 1946, alors âgé de 16 ans, Claude Ju­tra entre à la fa­cul­té de mé­de­cine de l’uni­ver­si­té de Mon­tréal, pour faire plai­sir à ses pa­rents. Ra­pi­de­ment, il se joint à la troupe de théâtre de l’uni­ver­si­té. Cet in­té­rêt pour les arts n’avait rien de nou­veau. Dès l’en­fance, le pe­tit Claude Ju­tra ré­dige des poèmes, des chan­sons et sur­tout des scé­na­rios. C’est à l’âge de huit ans que le réa­li­sa­teur dé­couvre le ci­né­ma. Cap­ti­vé par les images en mou­ve­ment, il dé­cide qu’il en fe­ra son mé­tier. Mal­gré son di­plôme, il ne pra­ti­que­ra ja­mais la mé­de­cine.

LEDÉMENT DU­LAC JEAN-JEUNES( 1948)

À 18 ans, Claude tourne son pre­mier film ama­teur. Le court-mé­trage de 36 mi­nutes est réa­li­sé avec son ami Mi­chel Brault, qui en est éga­le­ment à ses dé­buts. C’est le com­men­ce­ment d’une longue ami­tié pour les deux hommes qui tra­vaille­ront en­semble sur plu­sieurs autres pro­jets au fil des ans.

ILÉ­TAIT UNE CHAISE( 1957)

Réa­li­sé en col­la­bo­ra­tion avec Nor­mand Mcla­ren, Il était une chaise est un court-mé­trage d’ani­ma­tion qui met en ve­dette Claude Ju­tra lui-même. Le film étu­die le rap­port de l’hu­main avec la ma­tière. On y voit Claude qui tente de s’as­seoir sur une chaise, mais celle-ci re­fuse. La ma­tière se ré­volte. Elle n’ac­cepte que Claude s’as­soie sur elle qu’après s’être elle-même as­sise sur lui. Le film a ré­col­té une no­mi­na­tion aux Os­cars pour meilleur court-mé­trage.

ÀTOUTPRENDRE (1963)

Fic­tion en par­tie au­to­bio­gra­phique, À tout prendre est sou­vent consi­dé­ré comme le pre­mier film mo­derne du ci­né­ma qué­bé­cois. Il traite de thèmes ta­bous comme l’amour in­ter­ra­cial, l’ho­mo­sexua­li­té et l’avor­te­ment. Ju­tra était l’un des rares réa­li­sa­teurs à oser mon­trer une liai­son entre un homme blanc et une femme noire. À tout prendre peut être vu comme un por­trait de la Ré­vo­lu­tion tran­quille, qui bat­tait son plein à cette époque, tout comme un por­trait de Claude Ju­tra lui-même, jeune in­tel­lec­tuel bour­geois épris de li­ber­té. Le film fait ap­pel aux tech­niques de ci­né­ma di­rect dont Ju­tra se­ra l’un des pionniers au Qué­bec.

WOW (1969)

Neuf jeunes de 17 et 18 ans ont écrit et mis sur pa­pier leurs fan­tasmes. On y re­trouve un cham­pion de ju­do, un nudiste sur la rue Sainte-ca­the­rine, un voyage dans l’es­pace, un trip de hasch, etc. Avec un pe­tit bud­get, mais beau­coup d’ima­gi­na­tion, Claude Ju­tra a réa­li­sé leurs fan­tasmes. Le ré­sul­tat : un por­trait sans pré­cé­dent de la jeu­nesse des an­nées 60, de ses rêves, de ses as­pi­ra­tions, de ses opi­nions et de ses ques­tion­ne­ments.

MON ONCLE AN­TOINE (1971)

Trois fois plu­tôt qu’une, le ju­ry du Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de film de Toronto a clas­sé Mon oncle An­toine comme le plus grand film ca­na­dien de tous les temps. Le film ra­conte l’his­toire de Be­noît, un or­phe­lin de 15 ans qui vit avec son oncle An­toine, en­tre­pre­neur de pompes fu­nèbres.

Alors qu’il ac­com­pagne son oncle qui doit al­ler ra­mas­ser le ca­davre d’un jeune gar­çon, Be­noît dé­couvre que la vie est aus­si faite de men­songes et de lâ­che­tés. Avec cette his­toire à la fois lo­cale et uni­ver­selle, Ju­tra fait l’una­ni­mi­té chez la cri­tique pour la pre­mière et la der­nière fois de sa car­rière.

KA­MOU­RAS­KA (1973)

Après Mon oncle An­toine, les at­tentes étaient éle­vées. Adap­ta­tion du ro­man d’anne Hé­bert, Ka­mou­ras­ka dis­po­sait du plus gros bud­get ja­mais consen­ti au Ca­na­da. Le film s’est tou­te­fois écra­sé au box-of­fice. Après cet échec, l’in­dus­trie a ces­sé de lui faire confiance. Il a réa­li­sé un der­nier long­mé­trage avant de par­tir à Toronto pour réa­li­ser cinq té­lé­films et long­smé­trages.

LA DAME EN COU­LEURS

(1985)

Tout der­nier film de Claude Ju­tra. Les der­nières an­nées du ci­néaste sont mar­quées par la perte pro­gres­sive de sa mé­moire. Mal­gré son jeune âge, il est at­teint de la ma­la­die d’alz­hei­mer. La dame en cou­leurs tient de l’ex­ploit, le réa­li­sa­teur étant in­ca­pable de se sou­ve­nir des scènes tour­nées la veille.

À TOUT PRENDRE

LE DÉ­MENT DU LAC JEAN-JEUNES

IL ÉTAIT UNE CHAISE

WOW

MON ONCLE AN­TOINE

KA­MOU­RAS­KA

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