Le pè­le­ri­nage de Mar­tin Sheen et d’emi­lio Es­te­vez

Lors d'en­tre­vues per­son­nelles avec Mar­tin Sheen, dans les an­nées 1980, Shir­ley Ma­claine et lui sem­blaient être de vé­ri­tables sia­mois spi­ri­tuels, unis à la hanche du Nou­vel-âge avec ac­cents sur la ré­in­car­na­tion et les conver­gences har­mo­niques.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

Ces temps-ci, ce­lui qu’on connaît mieux comme le père de Char­lie Sheen, est de re­tour dans le gi­ron ca­tho­lique qui a ca­rac­té­ri­sé sa propre édu­ca­tion (une foi que Mar­tin a, au dé­part, trans­mise à ses en­fants, du moins dans la me­sure où ils ont tous été bap­ti­sés).

« J’ai chan­gé d’idée à pro­pos de tout ce­la », dit-il joyeu­se­ment de ses croyances nou­ve­lâ­geuses, lors d’un évé­ne­ment pro­mo­tion­nel pour The Way. Ce film, réa­li­sé par son fils Emi­lio Es­te­vez, ra­conte l’his­toire d’un père amé­ri­cain bou­le­ver­sé (et agnos­tique), qui se rend en France pour ré­cla­mer la dé­pouille de son fils (Es­te­vez). Sur place, il se sent ins­pi­ré d’en­tre­prendre le pé­riple à pied qu’avait pré­vu ac­com­plir son fis­ton, sur les 800 km d’el Ca­mi­no de Santiago (le pè­le­ri­nage de Saint-jacques-de-com­pos­telle).

DU TRISTE AU CO­MIQUE-SÉ­RIEUX

Le film passe du triste au co­mique-sé­rieux, alors que le pè­le­rin s’at­tire un lot bi­gar­ré de com­pa­gnons de voyage, no­tam­ment, une Ca­na­dienne sar­cas­tique qui fume à la chaîne (De­bo­rah Ka­ra Un­ger), un Da­nois jo­vial et glou­ton, qui marche pour perdre du lest (Yorick van Wa­ge­nin­gen), et un écri­vain ir­lan­dais (James Nes­bitt).

Es­te­vez a eu l’ins­pi­ra­tion pour le scé­na­rio du film après le pè­le­ri­nage de son fils Tay­lor et de son père Mar­tin sur le che­min de Com­pos­telle, à bord d’une voi­ture louée.

Et de­puis le mois d’août, ils ont vé­cu la ver­sion pè­le­ri­nage 2.0, alors qu’es­te­vez, Sheen et le pro­duc­teur Da­vid Alexa­nian ef­fec­tuent une tour­née du conti­nent, à bord d’un au­to­bus, pour pro­mou­voir The Way. Lorsque le « roast » de Char­lie a été dif­fu­sé, ils étaient quelque part en Ohio, entre Day­ton et Cle­ve­land. « Char­lie a été su­per », dit Sheen. « Il est ve­nu à notre pre­mière du film, à Los An­geles, où il nous a sur­pris sur le ta­pis rouge. Il a aus­si twee­té notre film à ses cinq mil­lions d’abon­nés sur Twit­ter. »

Il s’agit, en ef­fet, d’une af­faire de fa­mille. « J’ha­bite près de chez mes pa­rents, dit Es­te­vez, je suis un fils à ma­man, ça ne fait au­cun doute. Je lui parle au té­lé­phone tous les jours et je vois ce gars (Sheen) plus ou moins tous les jours. »

« Le film est donc une ex­ten­sion très or­ga­nique de notre re­la­tion quo­ti­dienne. Il cé­lèbre la foi, la fa­mille, la com­mu­nau­té et toutes ces choses. »

Le réa­li­sa­teur pré­cise qu’il ne s’est pas ali­gné, per­son­nel­le­ment, sur une re­li­gion en par­ti­cu­lier. « En dé­pit du fait qu’il ai­me­rait me voir être un ca­tho­lique », dit Es­te­vez, en poin­tant son père, « je ne suis pas pra­ti­quant. »

« Tu dois pra­ti­quer si tu veux com­prendre, raille Sheen. Je n’ar­rête pas de te le dire. »

« Ça nous a plon­gés dans des conver­sa­tions très in­tenses, pour­suit Es­te­vez, parce que je ne vou­lais pas m’ar­rê­ter à toutes les églises et le voir se pros­ter­ner, à ge­nou et en larmes. C'est une idée qu’il vou­lait mon­trer. Je lui ai dit : “Pa­pa, l’es­sence même de ce film, que nous soyons dans un lieu où il est im­pos­sible de poin­ter la ca­mé­ra dans une di­rec­tion sans voir d’église, ce fait à lui seul, ga­ran­tit que l’église ca­tho­lique se­ra re­pré­sen­tée. Mais là n’est pas le su­jet. C’est une his­toire in­té­rieure. Donc, ex­plo­rons ça et com­men­çons par ton propre re­cul par rap­port à la foi ca­tho­lique.” Et il a ré­pli­qué, “Quoi ?” »

De sa phase Nou­vel-âge, l’ac­ti­viste so­cial en­ga­gé qu’est de­ve­nu Sheen blague : « La ré­in­car­na­tion ? Qui a in­ven­té ça ? »

« Je ne sais pas, se ré­pond-il, lui-même. Nous ne sa­vons pas qui est Dieu, n’est-ce pas ? J’ai des croyances. Ma foi me rem­plit d’une grande joie, mais elle me de­mande d’être ac­tif et de pro­mou­voir la jus­tice so­ciale, d’ac­com­plir mon de­voir de cha­ri­té : nour­rir les af­fa­més, vê­tir les pauvres, don­ner asile aux sans-abri. Ces com­man­de­ments de l’évan­gile consti­tuent le noyau de ma foi. »

FILM POUR TOUT LE MONDE

L’idée de l’au­to­bus de tour­née est le ré­sul­tat d’un re­mue-mé­ninges à deux d’es­te­vez et d’alexa­nian. « Nous étions des né­gli­gés, dans le sens que nous avions à pro­mou­voir un film qu’hol­ly­wood n’al­lait pas né­ces­sai­re­ment ac­cueillir à bras grand ou­verts », dit Alexa­nian.

« Nous ne vou­lions pas faire un film pour le peuple et ne le pré­sen­ter qu’à New York et à Los An­geles. Dans son es­prit, c’est un film in­dé­pen­dant, mais c’est aus­si un film qui s’adresse à tout le monde. Il ne vise pas une élite en par­ti­cu­lier. »

Et d’ajou­ter Sheen : « Nous n’avons ja­mais cher­ché à tom­ber dans le re­li­gieux ou le sen­ti­men­tal. Voi­là les pires en­ne­mis de tout ar­tiste. Nous vous in­vi­tons, si ce­la vous in­té­resse, à en­tre­prendre le voyage avec nous. Plu­sieurs jeunes veulent main­te­nant faire le pè­le­ri­nage après avoir vu le film. »

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