CES RICHES QUI CONTRÔLENT TOUT...

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger CE­DRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

Il au­rait été dif­fi­cile de trou­ver un meilleur mo­ment, pen­dant que les in­di­gnés de par­tout dans le monde élisent do­mi­cile dans les centres-villes, pour la sor­tie qué­bé­coise de Ma part du gâ­teau. Le plus ré­cent long-mé­trage du réa­li­sa­teur Cé­dric Kla­pisch jette un dur re­gard sur le monde de la fi­nance, fai­sant por­ter le cha­peau des mé­chants aux riches tra­ders ayant entre les mains le sort de mil­liers de tra­vailleurs.

« C’au­rait pu s’ap­pe­ler Oc­cu­py Dun

kerque », ri­gole le ci­néaste, au bout du fil de­puis New York, où il s’est iso­lé pour écrire

Casse-tête chi­nois, la suite at­ten­due de L’au­berge es­pa­gnole et des Pou­pées russes.

Dans Ma part du gâ­teau, qui est sor­ti au prin­temps en France, la route de Steve (Gilles Lel­louch), un re­quin de la fi­nance, croise celle de France (Ka­rin Viard), une exem­ployée d’une usine de Dun­kerque, pe­tite ville du nord de la France af­fli­gée par le chô­mage. Mère de trois en­fants, France file vers Pa­ris, où elle est em­bau­chée comme femme de mé­nage par Gilles sans sa­voir qu’elle se trouve sous le toit du res­pon­sable de la fer­me­ture de son usine.

- Est-ce qu’un évé­ne­ment en par­ti­cu­lier vous a ins­pi­ré d’écrire cette his­toire?

« Quand j’ai écrit, c’était à la fin de la crise fi­nan­cière. C’était le mo­ment où les bo­nus ex­plo­saient et où les banques, qui avaient été ar­ro­sées d’ar­gent l’an­née d’avant, ont non seule­ment été sau­vées de la faillite, mais étaient grandes vain­queurs. On com­men­çait à par­ler de la crise so­ciale qui était née de cette crise fi­nan­cière. Il y avait beau­coup de gens au chô­mage qui se re­trou­vaient à la rue. Je voyais la connexion entre ces deux su­jets, mais per­sonne n’en par­lait. »

- Dans le film, les fi­nan­ciers sont au banc des ac­cu­sés?

« Com­plè­te­ment. D’ailleurs, ce n’est même pas ce qui est dé­ve­lop­pé dans les films amé­ri­cains comme Wall Street, où ce sont de grands re­quins qui avalent des so­cié­tés ou font faire faillite à des gens sans au­cun scru­pule. Là, c’est le fait qu’il y a une ca­tas­trophe pla­né­taire en ligne, et c’est dan­ge­reux. Ce n’est plus une his­toire de gens qui gagnent de l’ar­gent contre des gens qui perdent. C’est le fait qu’on ne peut pas juste conti­nuer dans ce sens-là. Nous sommes obli­gés d’af­fron­ter cette réa­li­té. »

- Est-ce que réa­li­ser un film trai­tant d’un su­jet d’ac­tua­li­té vous ef­frayait?

« J’ai tou­jours cru que c’était dan­ge­reux parce nous n’avons pas de re­cul par rap­port à l’ac­tua­li­té. On ne sait pas ce qu’on vit à la pé­riode où on le vit. D’un autre cô­té, toute une sé­rie de fic­tions sont nées de la crise de 1929. Je pense que nous sommes dans une époque suf­fi­sam­ment forte pour se dire que l’ac­tua­li­té a be­soin de nour­rir la fic­tion et que c’est dif­fi­cile de par­ler d’autre chose. Ce­pen­dant, il a fal­lu que je trouve un ton de fic­tion et j’ai choi­si la co­mé­die. Je me suis dit que le meilleur angle, c’était Cha­plin quand il fait Le kid ou Les temps mo­dernes. Il parle de son époque en dé­non­çant des choses as­sez graves, mais par la co­mé­die. »

- Avez-vous été cho­qué par ce que vous avez dé­cou­vert du­rant les ren­contres que vous avez faites pen­dant la pré­pa­ra­tion du film?

« Bien sûr. Car, fi­na­le­ment, ce qui dé­non­cé dans le mou­ve­ment des 99 % contre les 1 %, c’est ce qui était dit sur la Ré­vo­lu­tion fran­çaise dans les livres d’his­toire que je li­sais quand j’étais pe­tit. Pour qu’on soit dans un monde où des gens comme Bill Gates qui gagnent des mil­liards disent qu’ils ne payent pas as­sez d’im­pôt, c’est que le monde va mal. »

- Gilles Lel­louch et Ka­rin Viard étaient-ils vos pre­miers choix pour les rôles prin­ci­paux?

« Dans le cas de Ka­rin Viard, j’ai vrai­ment écrit le film en pen­sant à elle. Gilles, ce n’était pas ma pre­mière idée, mais très vite j’ai été vers lui parce qu’à l’époque, il n’était pas en­core de­ve­nu une star comme il est de­ve­nu en France. Il re­pré­sen­tait exac­te­ment ce que je cher­chais, c’est-à-dire quel­qu’un qui pou­vait être ex­trê­me­ment char­mant et ex­trê­me­ment atroce. Ce per­son­nage a un cô­té hor­rible et il fal­lait qu’il puisse le trai­ter avec hu­mour. Gilles a cette ca­pa­ci­té. »

- Par­lez-nous de Casse-tête chi­nois, qui est très at­ten­du. Sen­tez-vous la pres­sion des fans des deux pre­miers films?

« C’est com­pli­qué de l’écrire parce que c’est jus­te­ment la pre­mière fois que je sens une at­tente. J’es­saye donc de m’iso­ler un peu. Je suis à New York ac­tuel­le­ment. C’est ici que j’écris parce que ça va se pas­ser à New York. Ça s’ap­pelle Casse-tête chi­nois parce que ça va se pas­ser à Chi­na­town. C’est la suite, 10 ans plus tard, puisque le per­son­nage de Xa­vier au­ra 40 ans dans le film. C’est vrai­ment in­té­res­sant de suivre le des­tin de plu­sieurs per­son­nages puis­qu’il y au­ra Au­drey Tau­tou, Cé­cile de France, Ro­main Du­ris et Kel­ly Reilly. On voit comment la vie avance. Il y au­ra beau­coup d’ac­teurs amé­ri­cains, mais pas for­cé­ment des ac­teurs connus. Le tour­nage dé­bu­te­ra en août ou sep­tembre pro­chain pour une sor­tie en 2013. »

√ Ma part du gâ­teau prend l’af­fiche au Qué­bec le 11 no­vembre

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