DÉ­LI­CIEUSE IN­TRIGUE SUR FOND MON­TRÉA­LAIS

Rom­pant avec ses ha­bi­tudes en écri­vant un ro­man en deux ans seule­ment, l’écri­vain Yves Beauchemin, grand ma­gi­cien des mots, pro­pose une dé­li­cieuse in­trigue sur fond mon­tréa­lais dans son nou­vel opus, La ser­veuse du Ca­fé Cher­rier.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ma­rie-france BOR­NAIS Le Jour­nal de Qué­bec

Ce der­nier ro­man, pu­blié chez Mi­chel Brû­lé, est né d’une drôle de fa­çon, en plu­sieurs épi­sodes. Voyez plu­tôt. Yves Beauchemin se re­le­vait d’une opé­ra­tion à coeur ou­vert lors­qu’il mé­di­tait, rue Saint-de­nis, à Mon­tréal, sur son in­ten­tion de chan­ger d’édi­teur. À sa grande sur­prise, il croi­sa Mi­chel Brû­lé, qui l’in­vi­ta à l’ac­com­pa­gner à ses bu­reaux, si­tués à trois pas de là.

Il al­lait en res­sor­tir dix mi­nutes plus tard avec un contrat ver­bal et un nou­veau ro­man à écrire. « À la fin de notre conver­sa­tion, il m’a de­man­dé si le per­son­nage prin­ci­pal était un homme ou une femme. J’ai dit, hummmm… j’ai pen­sé un peu, et j’ai dit, une femme. Mais je ne sa­vais vrai­ment pas. S’il l’avait su, il au­rait été peut-être un peu in­quiet lui aus­si! », ra­conte-t-il d’une voix en­jouée.

« Je suis re­tour­né chez moi, mes courses faites. Et puis je pen­sais à ça avec beau­coup d’in­ten­si­té parce qu’on avait conve­nu que je re­met­tais mon ma­nus­crit en août 2011. Ça me don­nait un pe­tit peu plus que deux ans. »

Yves Beauchemin s’est rap­pe­lé qu’il avait, dans ses car­nets de notes de ma­té­riel non uti­li­sé dans ses ro­mans an­té­rieurs une note, por­tant le nu­mé­ro 217, in­ti­tu­lée La pe­tite ser­veuse de Trois-ri­vières. « C’est un per­son­nage qui m’était ve­nu, mais que je n’avais pu pla­cer dans au­cun ro­man. Mais elle vi­vait en moi. Alors je me suis dit, la femme en ques­tion, ça va être elle. Au moins, j’avais le per­son­nage. »

AJOUT DE PER­SON­NAGES

Au fil des mois, des élé­ments se sont ag­glo­mé­rés au­tour d’elle. Entre autres, sa mère, Fé­li­ci­té Bel­le­chasse, ins­pi­rée du té­moi­gnage d’une amie de l’écri­vain. Une femme au sale ca­rac­tère, ayant en elle bien peu de ma­ter­ni­té.

S’est ajou­té un autre per­son­nage, qu’yves Beauchemin avait soi­gneu­se­ment no­té pen­dant son hos­pi­ta­li­sa­tion, dans un éta­blis­se­ment de la Rive-sud de Mon­tréal.

« J’avais un voi­sin de chambre que je ne voyais pas, parce qu’on était sé­pa­rés par un ri­deau, mais qui ra­con­tait sa vie à son propre voi­sin. Je me suis mis à prendre des notes et fi­na­le­ment, c’est de­ve­nu Pier­rot Ber­nard. C’était vrai­ment lui. Il écri­vait un ro­man por­tant le nom d’un ac­teur amé­ri­cain. C’était un fa­bu­la­teur, un pa­ra­site pro­fes­sion­nel, abon­né au bien-être so­cial de­puis de nom­breuses an­nées, qui se ca­chait der­rière un sta­tut de soi-di­sant ar­tiste. Il se di­sait écri­vain, mais n’avait ja­mais pu­blié et tra­vaillait de­puis 12 ans sur son ro­man…

« Il était tel­le­ment per­fec­tion­niste qu’il ne le pu­blie­rait ja­mais. Mais il vi­vait avec une jeune femme qui, elle, tra­vaillait. Elle le fai­sait vivre un peu et la vie était belle. Il était très exi­geant. Il avait dé­cla­ré à son voi­sin qu’à l’hô­pi­tal, il se consi­dé­rait comme dans un hô­tel et qu’il fal­lait le ser­vir. J’avais vrai­ment en­vie de me le­ver et lui mettre mon poing dans le vi­sage… »

Bien en­ten­du, le fa­bu­la­teur ron­douillard, à l’al­lure d’un père Noël de Co­ca-co­la, ne sa­vait pas qu’il avait pour voi­sin l’une des fi­gures les plus im­por­tantes de la lit­té­ra­ture qué­bé­coise. « J’ai no­té tout ce que le bon­homme a ra­con­té, et il a par­lé pen­dant des heures », ri­cane l’écri­vain, qui a re­cueilli de l’ex­cel­lente ma­tière en écou­tant l’autre dé­bla­té­rer.

« J’ai tout mis ça en­semble — la ser­veuse, Pier­rot Ber­nard. Avec beau­coup de tra­vail et de cor­rec­tions, j’ai re­mis son ro­man à temps — bien content, le 22 août der­nier. »

PLUS VRAIS QUE NA­TURE

Son his­toire, ha­bi­le­ment me­née, dy­na­mique, peu­plée de per­son­nages plus vrais que na­ture, ra­conte les mésa­ven­tures de Mé­la­nie Ger­vais, une beau­té tri­flu­vienne qui s’éta­blit à Mon­tréal dès sa ma­jo­ri­té pour échap­per à une mère aca­riâtre.

Au Ca­fé Cher­rier, elle fait la connais­sance de Pierre Ber­nard, « éter­nel fu­tur ro­man­cier ». L’amour prend vite un pe­tit goût de ci­tron quand Mé­la­nie doit com­po­ser avec Jus­tin Pé­ri­gord, un autre mal­frat aco­qui­né avec son père Noël beau par­leur. Mé­la­nie est jeune, mais loin d’être dupe et, grâce à ses amis, sur­mon­te­ra bien des épreuves. √ Yves Beauchemin ren­con­tre­ra les vi­si­teurs du Sa­lon du livre de Mon­tréal, le ven­dre­di 18 no­vembre, de 18 h à 19 h30, le sa­me­di 19 no­vembre, de 16 h 30 à 18 h, et le di­manche 20 no­vembre, de 13 h à 14 h 30.

« Il prit une grande ins­pi­ra­tion, puis, pen­chant la tête, le vi­sage sombre, la voix as­sour­die : - Tu tiens ma car­rière entre tes mains, ché­rie. Mé­la­nie le re­gar­dait, ébran­lée, mais tou­jours mé­fiante et tra­vaillée par une sourde co­lère. Les grands mots et les belles phrases l’avaient tou­jours im­pres­sion­née, mais sa courte ex­pé­rience de la vie com­men­çait à lui mon­trer qu’ils ne sont par­fois que des pa­ra­vents

» pour ca­cher des choses moins jo­lies.

— Yves Beauchemin, La ser­veuse du Ca­fé Cher­rier

PHO­TO JEAN-FRAN­ÇOIS DESGAGNÉS

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