ÉCRIRE, uns aut dans le vide

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

(MFB) Pu­blier un livre n’est pas une af­faire ras­su­rante pour Yves Beauchemin, même s’il compte 30 ans de mé­tier. Il a chaque fois l’im­pres­sion de se lan­cer dans le vide.

« Quand on est acro­bate, ce n’est pas les 800 sauts pé­rilleux qu’on a faits qui nous font peur, c’est ce­lui qu’on va faire. Le 801e. On a tou­jours l’im­pres­sion de re­com­men­cer à zé­ro… en­fin… », com­mente-t-il dou­ce­ment.

Yves Beauchemin confie qu’il y a tou­jours un peu de lui dans cha­cun des per­son­nages, mais pré­cise qu’il n’est pas un ro­man­cier au « je ». « Ce n’est pas trop au­to­bo­gra­phique, ce que j’écris. Je suis un ra­con­teur, un type au « il ». Mais le no­taire Par­fait Mi­chaud, qui ap­pa­raît dans la se­conde par­tie, et qui était ap­pa­ru dans Charles le Té­mé­raire, a de mes goûts, c’est sûr. Il aime la mu­sique clas­sique, la lec­ture, la bonne chère. C’est un bon cou­railleur aus­si… Il est ob­sé­dé par les femmes. Je ne di­rais pas que c’est moi tout cra­ché, parce que ça se­rait un peu fort (ce qui ne veut pas dire que je n’aime pas les femmes!), mais il y a un peu de moi là­de­dans. »

« Je ne pense pas que ce me soit dé­jà ar­ri­vé de me dé­peindre dans un ro­man, sauf dans des textes au­to­bio­gra­phiques, comme dans le re­cueil Du som­met d’un arbre, où je ra­conte des épi­sodes de ma vie. » Dans le ro­man, Yves Beauchemin re­marque qu’il y a des per­son­nages dont il connaît par­fai­te­ment l’ori­gine et d’autres, pas.

AVOIR 70 ANS

Yves Beauchemin, grand tra­vailleur, s’im­pose à 70 ans une dis­ci­pline de fer et tra­vaille tous les jours. « Je n’ai plus grand mé­rite pour ça, car écrire, c’est de­ve­nu mon gagne-pain. Je suis comme n’im­porte qui qui a un em­ploi; c’est pas parce qu’un jour ça ne nous tente pas qu’on n’ira pas tra­vailler. On y va. Et en même temps, s’il fal­lait at­tendre que ça nous tente, on ne fe­rait pas grand chose! »

ÉMER­VEILLE­MENT

Yves Beauchemin ex­plique qu’il voit la vie au­tre­ment, se per­çoit au­tre­ment, sans perdre sa ca­pa­ci­té d’émer­veille­ment. « On dit que l’image que l’être hu­main a de lui­même s’ar­rête à 35-40 ans. On se sent comme ça et on n’est pas tou­jours en train de se re­gar­der dans le mi­roir. À par­tir du mo­ment où des gens m’offrent leur place quand je prends le mé­tro, je me dis, ta­bar­nouche... il s’est pas­sé quelque chose dans mon vi­sage! Mais je ne peux pas me plaindre, c’est le sort de tous les êtres hu­mains et les gens sont bien gen­tils de m’of­frir leur place. » Sou­vent, il ne la prend pas... et se dit que le beau temps est pas­sé quand l’offre vient d’une jeune femme.

Cô­té créa­tion, Yves Beauchemin a af­fi­né son sens de l’ob­ser­va­tion, dé­ve­lop­pé une grande lu­ci­di­té, tout en fai­sant pro­fi­ter de son im­mense ta­lent de conteur à ses lec­teurs. « J’ai pu­blié mon pre­mier livre en 1974. On dé­ve­loppe de l’ex­pé­rience, une maî­trise et nos exi­gences ne cessent d’aug­men­ter. Je n’ai pas trou­vé ce der­nier livre plus fa­cile à écrire que les autres. Il faut tra­vailler comme des dé­mons à chaque fois et je peux vous as­su­rer d’une chose : c’est que je ne re­li­rai plus ja­mais ce livre! »

ÈVENTAIL D’ÉMO­TIONS

« Vic­tor Hu­go di­sait que l’avan­tage d’être vieux, pour un écri­vain, c’est qu’on a dé­jà été jeune, tan­dis que les jeunes n’ont ja­mais été vieux. Alors ça aug­mente beau­coup notre éven­tail d’émo­tions. Je me sou­viens très bien comment c’était d’être jeune et pour moi, c’est très fa­cile de me mettre dans leur peau. D’ailleurs, à bien des points de vue, je me sens tou­jours un peu in­ex­pé­ri­men­té, j’ai peur de man­quer mon coup et j’ai conser­vé une cer­taine ca­pa­ci­té d’éton­ne­ment et d’émer­veille­ment. Sans ça, on n’écri­rait plus. »

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