HOM­MAGE À LA LANGUE QUÉ­BÉ­COISE

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

(MFB) Mi­chel Trem­blay rap­pelle qu’il n’a pas vou­lu mettre le joual à l’avant­plan, même si c’est ce qui est ar­ri­vé.

« Ce se­rait fa­cile main­te­nant, 46 ans après avoir écrit Les belles-soeurs, de me don­ner des in­ten­tions que je n’avais pas à l’époque. J’ai écrit cette pièce, et mes pre­mières pièces, d’une fa­çon naïve. C’était des exer­cices de style. Avec Les belles-soeurs, je vou­lais écrire une pièce à deux per­son­nages, juste pour voir si c’était pos­sible de s’ap­pro­cher de la langue par­lée par les ou­vriers plus près en­core que ne l’avaient fait ceux qui étaient ve­nus avant moi. Ça a été fait dans une es­pèce d’in­cons­cience. Je n’avais pas d’in­ten­tion de ré­vo­lu­tion. »

En culture, fait-il re­mar­quer en ci­tant Le sacre du prin­temps, de Stra­vins­ky, la ré­vo­lu­tion ne vient ja­mais d’un be­soin, mais plu­tôt de gens qui sont ar­ri­vés là dans leur dé­ve­lop­pe­ment. « Mon but n’était pas d’avoir le suc­cès que Les belles-soeurs ont eu : je ne sa­vais même pas que ça al­lait être joué un jour. »

TÊTE DE CO­CHON

Avec le re­cul, il est content. « La chose dont je suis le plus fier dans ma vie, c’est ma tête de co­chon. En­core main­te­nant, que les cri­tiques soient bonnes ou mau­vaises, je ne suis pas tuable. Je ne peux m’em­pê­cher de conti­nuer à faire ce que je pense que j’ai à faire. Cette tête de co­chon m’a beau­coup ai­dé à tra­vers tout ce que j’ai fait. Et je pense que j’avais des rai­sons d’es­sayer de faire ça. Je l’ai fait. Et j’ai conti­nué même si des gens di-saient que j’avais em­prun­té la mau­vaise ave­nue. »

Mi­chel Trem­blay fait re­mar­quer que cer­taines per­sonnes n’aiment pas le fait que ses dia­logues soient en Qué­bé­cois dans ses ro­mans.

« J’aime que l’oeil en­tende. Je trouve ça for­mi­dable que mes ro­mans soient écrits en deux langues : mes des­crip­tions en fran­çais et les dia­logues en qué­bé­cois. Tout à coup, l’oeil en­tend par­ler pour vrai. J’aime pas les ro­mans dans les­quels les per­son­nages parlent comme on écrit. Per­sonne au monde, même pas les Fran­çais, ne parlent comme on écrit. Dans les ro­mans, il fau­drait tou­jours que les dia­logues soient dans un fran­çais au moins un pe­tit peu dif­fé­rent de la langue qu’uti­lise le nar­ra­teur. »

Écrire en joual n’est pas fa­cile pour au­tant. « C’est une langue très jaz­zée. Pour ar­ri­ver à son­ner juste, il faut la tra­vailler. C’est faux de dire que mes per­son­nages parlent comme les gens dans la rue. Per­sonne n’est aus­si clair dans la vie que des per­son­nages dans des pièces. »

PRO­CHAIN RO­MAN

Main­te­nant qu’il a ter­mi­né La grande mê­lée, Mi­chel Trem­blay compte prendre des va­cances… et peut-être ré­flé­chir à son pro­chain ro­man, dont il a dé­jà l’idée. « J’ai écrit 12 ro­mans en 12 ans; donc, ça se pour­rait que ce soit la pre­mière an­née où je n’écris rien à Key West. Ça m’an­goisse un pe­tit peu parce que Key West, pour moi, n’est pas un en­droit de va­cances. Je suis le seul de ma gang qui tra­vaille, mes amis qui viennent me voir sont tou­jours en va­cances. De me joindre à eux et ne rien faire... je ne sais pas. J’au­rais peur de m’en­nuyer. »

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