BONS BAI­SERS DE PA­RIS

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Ra­phaël Gen­dron-mar­tin

PA­RIS | Voi­là main­te­nant trois ans que Lu­cie Lau­rier a quit­té le Qué­bec pour al­ler vivre à Pa­ris. Ren­con­trée dans la Ville lu­mière, l’ac­trice a as­su­ré qu’elle se plai­sait bien dans sa nou­velle vie, à des mil­liers de ki­lo­mètres de la Belle Pro­vince.

PA­RIS | C’est en l’es­pace de 15 mi­nutes, en août 2008, que Lu­cie Lau­rier a pris sa dé­ci­sion de dé­mé­na­ger en France. En pleine crise de la tren­taine, elle cher­chait quelque chose pour cham­bou­ler un peu sa vie, qu’elle trou­vait stag­nante.

« J’étais dé­çue de moi de ne pas prendre as­sez de risques au ni­veau de ma car­rière, dit-elle, ins­tal­lée dans un ca­fé du Ma­rais, le quar­tier où elle ha­bite. Je n’avais pas la vie ar­tis­tique que je vou­lais. [...] Il y avait aus­si quelque chose qui m’éner­vait dans mon image. Je trou­vais que j’avais une image un peu in­si­gni­fiante. J’en ai eu marre. »

In­vi­tée à être du ju­ry d’un fes­ti­val à An­gou­lême, ju­me­lée à une nou­velle par rap­port à son pro­jet de mu­sique qu’elle ca­resse de­puis plu­sieurs an­nées, l’ar­tiste a tout bon­ne­ment de­man­dé à son fils, âgé de 15 ans à l’époque, s’il vou­lait par- tir pour Pa­ris. Il a ré­pon­du oui et en deux se­maines, leur nou­velle vie fran­çaise dé­bu­tait.

Il faut dire que le dé­mé­na­ge­ment n’a pas été si ar­du, l’ac­trice pos­sé­dant la na­tio­na­li­té fran­çaise de par les ori­gines de son père.

« Je suis ve­nue ici parce que j’avais en­vie d’être en Eu­rope et de m’en ins­pi­rer pour écrire. Je suis une amou­reuse des mots et j’ai le but de de­ve­nir au­teure et d’écrire quelques chan­sons. »

FON­DER SA COM­PA­GNIE

La pre­mière an­née, elle a joué au théâtre tout en tra­vaillant sur son pro­jet mu­si­cal. C’est du­rant la deuxième an­née qu’est ar­ri­vée la mise en scène du spec­tacle J’ai­me­rais pou­voir rire ( lire autre texte).

Pen­dant qu’elle tra­vaillait sur ce pro­jet, Lu­cie a vu son fils re­par­tir vivre au Qué­bec. « Il s’était ren­du compte qu’il n’avait pas vé­cu avec son père. Mais là, il veut re­ve­nir en France! Je suis pour ça. Je trouve que les voyages forment la jeu­nesse. »

Sur son fa­meux pro­jet mu­si­cal, qu’elle peau­fine de­puis une dé­cen­nie, l’ar­tiste de 36 ans (« bien­tôt 37! ») ne veut plus en par­ler, « car ça fait trop long­temps que j’en parle et il ne se passe rien. Mais si tout va bien, il y a quelque chose qui de­vrait sor­tir au prin­temps. »

Afin de s’ai­der dans la pro­duc­tion, elle est pré­sen­te­ment en train de fon­der sa propre com­pa­gnie de pro­duc­tion de spec­tacles et de mu­sique. « C’est un pro­jet confi­den­tiel, un pe­tit truc. Je veux vrai­ment m’ins­crire dans ma ville fran­çaise. Mais je reste at­ta­chée au Qué­bec, car mes pro­jets sont sou­vent des co­pro­duc­tions. »

Et le ci­né­ma dans tout ça? « Je ne re­çois plus beau­coup d’offres du Qué­bec, dé­plore-t-elle. J’en ai eu quelques-unes dans les der­nières an­nées, mais les pro­jets ne m’in­té­res­saient pas. Et à voir ce que ces films ont fait au box-of­fice, j’ai pris la bonne dé­ci­sion! Par exemple, on m’avait of­fert un rôle dans un film cho­ral, mais c’était pra­ti­que­ment le même rôle que dans La Grande Séduction. »

« IL Y A UN MA­LAISE »

Au Qué­bec, Lu­cie Lau­rier n’a pas été vue au grand écran de­puis Ni­tro, en 2007. Et elle s’ex­plique bien mal la si­tua­tion.

« J’ai­me­rais beau­coup tour­ner au Qué­bec, mais on di­rait que c’est “loin des yeux, loin du coeur”. En même temps, quand j’étais au Qué­bec, je ne tour­nais pas. Oui, il y a un ma­laise. C’est quoi le der­nier gros flop que j’ai fait au Qué­bec ? Je trouve ça in­croyable quand je vois que Guillaume Lemay-thi­vierge a fait 62 films ( sic) de­puis Ni­tro et moi, pas un. »

L’ac­trice trouve aus­si dom­mage que l’on n’écrive gé­né­ra­le­ment que des rôles prin­ci­paux mas­cu­lins, au Qué­bec. « Je trouve que c’est un manque d’ori­gi­na­li­té, un ni­vel­le­ment vers le bas. Vi­ve­ment In­cen­dies et des films qui sortent du lot. »

Au dé­but de sa car­rière, elle a joué de­vant la ca­mé­ra de Charles Bi­na­mé, Mar­cel Si­mard et Léa Pool. « C’était ma culture, celle du ci­né­ma d’au­teur. Mais quand je suis ar­ri­vée toute fé­mi­nine, dans ma ving­taine, ça a chan­gé. J’ai eu de su­per beaux rôles, mais je trouve que le rap­port à la fé­mi­ni­té est par­ti­cu­lier. Là, je vis en France et le rap­port est très com­pli­qué. Les Fran­çais sont ex­trê­me­ment mi­so­gynes. »

Lu­cie Lau­rier, qui tente pré­sen­te­ment de se faire un nom au ci­né­ma en France, re­con­naît que la tâche n’est pas fa­cile. « Je me suis fait dire que j’ai un vi­sage de film d’au­teur et un corps de film amé­ri­cain. C’est étrange ! Je n’ai pas un par­cours à la Ma­rie-jo­sée Croze. J’ar­rive ici et je re­com­mence à zé­ro. »

Lu­cie Lau­rier, de­vant le Centre Georges-pom­pi­dou, à Pa­ris.

LU­CIE LAU­RIER

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