Avec Po­lisse, Maï­wenn frappe fort

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Vé­ro­nique Beau­det Col­la­bo­ra­tion spé­ciale ve­ro­nique.beau­det@jour­nalmtl.com

Chose pro­mise, chose due. Je vous avais dit la se­maine der­nière que je vous re­par­le­rais plus lon­gue­ment du nou­veau et très réus­si film de Maï­wenn, Po­lisse, sor­ti dans les salles fran­çaises le 19 oc­tobre et pré­sen­té la se­maine der­nière à Mon­tréal, au fes­ti­val Ci­né­ma­nia.

Prix du ju­ry à Cannes en mai der­nier, suc­cès cri­tique et pu­blic, Po­lisse a fran­chi le cap d’un mil­lion d’en­trées la se­maine der­nière en France. Film-choc, coup de poing, poi­gnant, réa­liste, bou­le­ver­sant et ponc­tué d’une dose d’hu­mour pour faire pas­ser la pire des hor­reurs (la vio­lence phy­sique et sexuelle faite aux en­fants), tous ces qua­li­fi­ca­tifs peuvent dé­crire ce troi­sième long-mé­trage de Maï­wenn, belle grande brune de 35 ans, en­fant star mal­gré elle qui s’est ma­riée une pre­mière fois, à l’âge de 16 ans, avec Luc Bes­son.

En 2003, l’ac­trice monte sur scène avec son pre­mier one-wo­man-show, Le pois chiche, dans le­quel elle règle ses comptes avec une mère qui a vou­lu faire d’elle une star et qui la pous­sait à sor­tir en boîte de nuit en mi­ni­jupe dès l’âge de 12 ans. Trois ans plus, dans son pre­mier film Par­don­nez-moi, en par­tie au­to­bio­gra­phique, elle s’at­taque une fois de plus à sa fa­mille et à un père violent. En 2009, elle écrit, réa­lise et joue dans Le bal des ac­trices, film cho­ral où elle aborde les réa­li­tés du mé­tier d’ac­trice.

Avec Po­lisse, Maï­wenn pour­suit dans ce ci­né­ma-vé­ri­té en nous plon­geant cette fois-ci dans le quo­ti­dien de la bri­gade de la pro­tec­tion des mi­neurs, à Pa­ris. À tra­vers le per­son­nage d’une pho­to­graphe (qu’elle in­ter­prète elle-même) char­gée d’im­mor­ta­li­ser le tra­vail de la bri­gade pour un livre, on suit ain­si le quo­ti­dien d’une di­zaine de po­li­ciers et po­li­cières (Joey Starr [bluf­fant], Ka­rine Viard, Marina Foïs, Ni­co­las Du­vau­chelle, Ca­role Ro­cher, Jé­ré­mie El­kaïm) confron­tés chaque jour à des cas de pé­do­phi­lie, d’en­fants mal­trai­tés, abu­sés, né­gli­gés. Des po­li­ciers qui s’in­ves­tissent à 200 % dans leur tra­vail et dont la vie per­son­nelle ne tient, bien sou­vent, qu’à un fil lors­qu’elle n’éclate tout sim­ple­ment pas en mor­ceaux.

Il y a plu­sieurs mo­ments forts dans ce film, no­tam­ment lors­qu’une qua­ran­taine de po­li­ciers dé­barquent dans un camp de Roms pour em­me­ner les en­fants et cette fois où une femme sans abri se rend à la bri­gade pour « don­ner » son fils afin qu’il ait une meilleure vie. D’autres scènes sont com­plè­te­ment aber­rantes et pa­thé­tiques comme lorsque ce père, riche et hau­te­ment pla­cé, ad­met sans re­mords qu’il viole sa fille.

Avec ce film, Maï­wenn se­coue et bou­le­verse tout en équi­li­brant très bien cette réa­li­té sor­dide avec des mo­ments plus lé­gers, où les po­li­ciers rient, s’amusent ou font la fête pour éva­cuer la ten­sion quo­ti­dienne. À la sor­tie du film, on a juste le goût de cou­rir cher­cher notre en­fant à la gar­de­rie pour le ser­rer dans nos bras et lui dire qu’on se­ra tou­jours là pour lui.

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