DI­CA­PRIO, EX­CEN­TRIQUE ET OBÈSE

LOS AN­GELES | Il n’y a rien de sym­pa­thique à dire sur le compte de J. Ed­gar Hoo­ver. Le di­rec­teur fon­da­teur du FBI a, de no­to­rié­té, conser­vé des preuves sca­breuses sur la vie de pré­si­dents et d’in­di­vi­dus puis­sants. Au cours des der­nières an­nées de sa vie,

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Ke­vin William­son Agence QMI

Pour Leo­nar­do Di­ca­prio, qui in­ter­prète Hoo­ver dans J. Ed­gar, de Clint East­wood, les exi­gences du rôle étaient donc aus­si phy­siques qu’in­té­rieures.

Tra­vaillant pour une frac­tion de son chèque de paie ha­bi­tuel de 20 mil­lions de dol­lars, l’ac­teur de 36 ans a pris du poids et s’est as­treint à de nom­breuses heures sur la chaise de ma­quillage, pour in­car­ner un Hoo­ver âgé, épais­si et pâ­teux.

C’est sans sur­prise que la per­for­mance de Di­ca­prio sus­ci­tait dé­jà des ru­meurs d’os­car, avant la pre­mière du film, le ven­dre­di 11 no­vembre. « Je n’ai pas à res­sen­tir de la sym­pa­thie ou de l’em­pa­thie pour un être hu­main que je veux in­ter­pré­ter, dit-il. Cer­tains des plus grands rôles d’ac­teurs n’ont pas don­né vie à des per­son­nages at­ta­chants à l’écran. »

RÔLES RIS­QUÉS

Di­ca­prio, dont l’épi­taphe, pour le meilleur et pour le pire, le consa­cre­ra

pro­ba­ble­ment comme « le roi du Ti­ta­nic », ne s’est ja­mais pri­vé de s’in­ves­tir dans des rôles ris­qués et dé­pour­vus de gla­mour.

Le vo­let pos­ti­ce­berg de sa car­rière com­prend des films comme Les gangs

de New York, Shut­ter Is­land et son por­trait du ma­gnat ob­ses­sif Ho­ward Hu­ghes dans L’avia­teur. Comme le mul­ti­mil­liar­daire, Hoo­ver était un per­son­nage fort com­plexe.

« À mon sens, on ne peut créer un per­son­nage comme J. Ed­gar Hoo­ver qui soit cré­dible. Il était un grand ex­cen­trique. Nous n’avons même pas pu in­clure toutes ses fo­lies dans le film », ajoute Di­ca­prio.

De plus, comme le ra­conte le scé­na­rio, Hoo­ver a eu un im­pact ma­jeur sur les forces po­li­cières (il a été par­mi les pre­miers à re­con­naître les mé­rites de l’ex­per­tise mé­di­co-lé­gale) tout en fai­sant à lui seul du FBI une force de ju­ri­dic­tion fé­dé­rale.

« Je crois que le scé­na­rio qui nous a d’abord ac­cro­chés, Clint et moi, était ce­lui d’un por­trait ab­so­lu­ment fas­ci­nant de l’homme. Les ac­teurs sont fas­ci­nés par ces gens qui ont dé­voué leur vie au ser­vice du gou­ver­ne­ment. On ne peut dire qu’il n’était pas un pa­triote, mais en même temps, ses tac­tiques étaient fort dé­plo­rables. »

Un vé­ri­table lion sur le plan pro­fes­sion­nel, Hoo­ver re­de­ve­nait, à l’ex­té­rieur du bu­reau, un cha­ton at­ta­ché à sa ma­man, sou­ligne Di­ca­prio.

« Le fait est que cet homme, un des plus puis­sants du monde au siècle der­nier, est res­té dans le gi­ron de sa mère jus­qu’à 40 ans. Il écou­tait les conseils po­li­tiques de sa mère. Elle en­vi­sa­geait l’es­sor glo­rieux du nom de Hoo­ver à Wa­shing­ton, ce qui a fait de lui ce pe­tit gé­nie in­croya­ble­ment am­bi­tieux. Sur le plan émo­tif, il était in­croya­ble­ment ré­pri­mé; son seul exu­toire était le tra­vail. »

Des ru­meurs per­sis­tantes ont long­temps fait al­lu­sion à une éven­tuelle pro­pen­sion, chez Hoo­ver, à se tra­ves­tir en ca­chette.

Le film se con­tente de sug­gé­rer un lien af­fec­tif am­bi­gu entre Hoo­ver et Clyde Tol­son (Ar­mie Ham­mer, du film

Le ré­seau so­cial), qui al­lait de­ve­nir son se­cond, dans la hié­rar­chie du FBI.

TRANS­FOR­MA­TION

Afin de mieux rendre un Hoo­ver en fin de vie, des an­nées cru­ciales du per­son­nage (le film couvre les dé­cen­nies al­lant de la fin de la Pre­mière Guerre mon­diale à la pré­si­dence de Nixon), Di­ca­prio a pas­sé cinq, six et même sept heures à se faire trans­for­mer au moyen de pros­thé­tiques.

« Le dé­fi, en plus des pros­thé­tiques et de trou­ver la ges­tuelle propre à un vieillard, était de me sen­tir in­ves­ti de la force de 50 an­nées d’ex­pé­rience dans le do­maine et de par­ler à un jeune Ro­bert F. Ken­ne­dy comme s’il n’était qu’un blanc-bec de la po­li­tique, qui n’avait pas la moindre idée de ce qu’il di­sait. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.