RO­BIN WILLIAMS, VERSION2.0

LOS AN­GELES | À l’âge de 60 ans, Ro­bin Williams est nou­vel­le­ment ma­rié pour la troi­sième fois de sa vie. Donc, quand il dé­crit Ra­mon, le man­chot éper­du qu’il in­ter­prète dans Les pe­tits pieds du bon­heur 2, comme un « ro­man­tique fi­ni » , il sait de quoi il

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Ke­vin William­son Agence QMI

Le mois der­nier, Williams a épou­sé la concep­trice gra­phique Su­san Sch­nei­der. En 2008, l’ac­teur avait di­vor­cé de Mar­sha Garces, avec qui il a eu deux en­fants, Zel­da, âgée de 22 ans et Co­dy, âgé de 19 ans. Williams et sa pre­mière épouse, Va­le­rie Va­lar­di, ont éga­le­ment eu un fils, Za­cha­ry, âgé de 28 ans.

Williams et Sch­nei­der se sont ren­con­trés un peu avant un autre évé­ne­ment char­nière dans la vie de l'ac­teur : une chi­rur­gie à coeur ou­vert, pour rem­pla­cer sa valve aor­tique.

Des trans­for­ma­tions, du cô­té pro­fes­sion­nel, éga­le­ment, puisque Williams a fait ses dé­buts sur Broad­way, dans Ben­gal Ti­ger at the Bagh­dad Zoo.

Ven­dre­di, le 11 no­vembre, il est re­ve­nu – sa voix, du moins – au grand écran, dans la suite au film ori­gi­nal de 2006, Les pe­tits pieds du bon­heur.

Nous avons dis­cu­té, ré­cem­ment, avec l’ac­teur os­ca­ri­sé, à l’hô­tel Be­ver­ly Hills.

Au cours des der­nières an­nées, vous avez pro­me­né votre spec­tacle d’hu­mo­riste Wea­pons of Self-destruction et vous êtes pro­duit sur Broad­way, mais pour le ci­né­phile moyen, il semble que vous ayez dis­pa­ru de la cir­cu­la­tion.

Ça fait deux ans, je crois, de­puis Tout

un pa­pa. Deux an­nées folles. Le stan­dup sur scène, puis le spec­tacle sur Broad­way pen­dant cinq mois, puis le ma­riage, et Pa­ris. « Où as-tu été ? » Ici et là. La vie a été bonne.

Avez-vous sen­ti le be­soin de chan­ger, sur le plan pro­fes­sion­nel ? Vous tour­niez sans cesse des films.

Rien ne se pas­sait de­puis un pe­tit bout de temps, la pièce est ar­ri­vée et je me suis dit, « Ouais, ça vaut la peine d’es­sayer. » La seule vraie rai­son qui m’ait fait ac­cep­ter de la faire, en fait, c’est que la femme de mon gé­rant l’avait vue et avait dit que c’était très puis­sant. Ça va­lait réel­le­ment l’ef­fort. C’était, ef­fec­ti­ve­ment, très puis­sant et étran­ge­ment spi­ri­tuel.

Ce genre d’ex­pé­rience re­charge-t-elle vos bat­te­ries créa­tives ?

Ça re­charge votre dé­sir de vous en­tou­rer d’une écri­ture et d’un jeu d’ac­teurs de qua­li­té. Avec un en­semble d’ac­teurs de cette trempe, l’ex­pé­rience est ab­so­lu­ment fas­ci­nante. J’ai trou­vé ça ins­pi­rant, aus­si, d’être sur Broad­way, dans cette com­mu­nau­té, et de voir d’autres pièces.

Le théâtre est l’un des der­niers ri­tuels an­ciens à être en­core pra­ti­qué.

C’est ef­fec­ti­ve­ment un ri­tuel an­cien. Mais il est tou­jours aus­si vi­vant. C’est comme la co­mé­die en di­rect. C’est une tout autre paire de manches.

Vous dites, de votre per­son­nage de Ra­mon, dans Les pe­tits pieds du bon­heur 2, qu’il est un ro­man­tique in­vé­té­ré. Vous re­ve­nez de votre troi­sième lune de miel. Ce­la doit donc vous dé­crire, éga­le­ment.

Bob­cat Gold­th­wait en avait une bonne à ce su­jet. Il di­sait qu’un troi­sième ma­riage, c’était comme un grand brû­lé à un spec­tacle py­ro­tech­nique. On se dit, « Mais, qu’est-ce que je fais ? » Puis on pense, « Hé ! Ça vaut la peine ; je suis par­tant parce que c’est une femme mer­veilleuse. » Je suis dans une nou­velle phase de ma vie, plus pré­sent. Suis-je Lar­ry King ? Non. Je veux que cette fois soit la bonne. Il de­vrait y avoir une règle des trois prises. Si vous vou­lez re­tour­ner en­core une fois sur l’au­tel, il faut sa­cri­fier une par­tie de votre corps.

Quelques an­nées ont pas­sé de­puis votre opé­ra­tion. Quelle en est votre pers­pec­tive ?

Ça vous fait ap­pré­cier plus pro­fon­dé­ment chaque chose. Plus en­core pour les hommes, je crois. Ils dé­foncent, lit­té­ra­le­ment, la boîte aux émo­tions, pour s’y rendre. Ça vous ouvre, sur ce plan. Vous êtes vul­né­rable, phy­si­que­ment, mais les émo­tions sont très pré­sentes. Au­jourd’hui, c’est la ver­sion 2.0 de moi. On se dit, « Tu as ta deuxième chance, que vas-tu en faire ? » Ces évé­ne­ments vous in­citent à l’hu­mi­li­té. Et ce que j’en re­tire, c’est l’en­vie de faire des choses in­té­res­santes, avec des per­sonnes in­té­res­santes.

Parce qu’au point où vous en êtes, vous n’avez plus rien à prou­ver.

Seule­ment à soi-même. Vous êtes, ha­bi­tuel­le­ment, votre cri­tique le plus im­pla­cable. Il y a tou­jours cette voix qui ré­sonne, in­las­sa­ble­ment, « Mais que fais-tu donc ? » Alors, il faut se dé­pas­ser. La plu­part des ar­tistes en­tendent deux voix in­té­rieures. Une qui leur dit qu’ils sont un ca­deau de Dieu et l’autre, qui dé­plore leur manque to­tal de ta­lent. Je n’en­tends pas de voix qui me dit que je suis un ca­deau di­vin, mais une voix qui me dit « Tu es bien. » J’ai aus­si une voix qui me ré­pète que je suis mi­nable. Et une voix hon­nête qui me dit, « C’était bien, mais tu peux faire mieux. »

Vous avez tout un pas­sé, en ani­ma­tion. Dix-huit an­nées ont pas­sé de­puis que vous avez tour­né Alad­din, une par­ti­ci­pa­tion mar­quante, à l’époque. Au­pa­ra­vant, les ac­teurs cé­lèbres ne prê­taient ja­mais leur voix à des films d’ani­ma­tion. Au­jourd’hui, tout le monde le fait.

Le pre­mier jour (sur Alad­din), je leur ai de­man­dé si je pou­vais es­sayer des choses. Et 20 heures plus tard, ils avaient 40 per­son­nages dif­fé­rents. J'ai trou­vé ça gé­nial de les voir s’ins­pi­rer de mes voix. Ils ont, ain­si, dé­pas­sé le cadre de la mé­thode tra­di­tion­nelle. Per­son­nel­le­ment, j’ai re­gar­dé Les pe

tits pieds du bon­heur 2 en 3D et je me suis sen­ti comme un en­fant. Dans le cas d’alad­din, je me suis glis­sé dans une salle de ci­né­ma et j’ai juste écou­té tous ces gens rire, en­fants comme adultes, ré­pon­dant par­fois à des ré­fé­rences par­ti­cu­lières à leur groupe d’âge res­pec­tif et d’autres fois, riant de concert. Je me suis dit, « Ça, c’est ce qu’il y a de mieux. C’est un don. Si tu as réus­si ça, la jour­née a été bonne. »

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