Ro­man­tique apo­ca­lypse

Lars von Trier n'a pas le don de la di­plo­ma­tie. Mais pour réa­li­ser un film, le Da­nois est dans une classe à part, comme il en fait de nou­veau la preuve avec Melancholia.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger Le Jour­nal de Qué­bec

Un film de Lars von Trier:

met­tant en ve­dette Kirs­ten Dunst, Char­lotte Gains­bourg, Kie­fer Su­ther­land et Alexan­der Skars­gard. À l'af­fiche.

Vi­ré du der­nier Fes­ti­val de Cannes pour cause de pro­pos sym­pa­thiques à Hit­ler, von Trier au­ra tout de même lais­sé der­rière lui une oeuvre forte, ap­puyée par une photographie fa­bu­leuse et qui a va­lu à Kirs­ten Dunst un prix d’in­ter­pré­ta­tion sur­prise, mais mé­ri­té.

Après L’an­té­christ, le ci­néaste offre ici sa vi­sion, ro­man­tique à sou­hait, de l’apo­ca­lypse. Melancholia étant le nom d’une pla­nète qui va per­cu­ter la Terre et mettre fin à toute vie.

Mais avant la col­li­sion fa­ti­dique, on se re­trouve dans un ma­jes­tueux ma­noir où se tient la ré­cep­tion du ma­riage de Jus­tine (Dunst) et Mi­chael (Alexan­der Skars­gard). Le couple se pointe avec deux bonnes heures de re­tard, ce qui exas­père les in­vi­tés et sur­tout la soeur de Jus­tine, Claire (Char­lotte Gains­bourg), et son riche ma­ri (Kie­fer Su­ther­land), qui a tout or­ga­ni­sé.

Ce qui de­vrait être le plus beau jour de la vie de Jus­tine n’en a que les ap­pa­rences. Bis­bille entre les membres de sa fa­mille, entre Jus­tine et son pa­tron : la soi­rée dé­rape. Dé­pres­sive, Jus­tine se ré­fu­gie sans cesse dans sa chambre et va même s’en­voyer en l’air avec un in­vi­té dans la na­ture. Son ma­ri, dé­cou­ra­gé, fi­nit par dé­guer­pir.

Pen­dant ce temps, la me­nace de Melancholia se concré­tise. Et alors que Claire s’af­fole à l’idée de mou­rir, Jus­tine semble plus ra­dieuse que ja­mais, comme si la fi­na­li­té ve­nait à bout de la dé­pres­sion. Ou lui don­nait rai­son d’avoir vu la vie en noir.

Melancholia est d’abord un fes­tin d’images raf­fi­nées. Le film s’ouvre sur une sé­rie de por­traits fan­tas­tiques dans les­quels les per­son­nages prin­ci­paux évo­luent au ra­len­ti dans une am­biance de fin du monde. Vi­suel­le­ment à cou­per le souffle et une en­trée en ma­tière si ef­fi­cace qu’elle se veut presque le fait saillant du film.

Pes­si­miste, le scé­na­rio est pour sa part l’écho des propres an­goisses de Lars von Trier, qui a dé­jà lui-même souf­fert de dé­pres­sion. Le ré­cit au­rait pu dé­ri­ver dans le gro­tesque. Heu­reu­se­ment, la mise en scène de von Trier, sen­sible et poé­tique, lui épargne cet écueil.

Il faut aus­si sou­li­gner l’ap­port d’une dis­tri­bu­tion hors pair, me­née par une Kirs­ten Dunst aus­si mys­té­rieuse que gra­cieuse et la ta­len­tueuse Char­lotte Gains­bourg. Char­lotte Ram­pling et John Hurt, dans la peau des pa­rents de Jus­tine et Claire qui ne peuvent se blai­rer, sont sa­vou­reux. Et s’il est par­fois dif­fi­cile d’ou­blier Jack Bauer en le voyant, force est d’ad­mettre que Kie­fer Su­ther­land sait en­core ti­rer son épingle du jeu au ci­né­ma. √ Melancholia est pré­sen­te­ment à l’af­fiche à Mon­tréal et se­ra pré­sen­té à Qué­bec à comp­ter du 25 no­vembre.

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