SAN­GLANT ET IN­ÉGAL

Un film de Tar­sem Singh : met­tant en ve­dette Hen­ry Ca­vill, Mi­ckey Rourke et Frei­da Pin­to. À l’af­fiche.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Ke­vin William­son Agence QMI

Dans Les im­mor­tels, hu­mains et déi­tés se font dé­ca­pi­ter, évis­cé­rer, dis­sé­quer, ex­plo­ser, poi­gnar­der, em­pa­ler et, dans un cas pré­cis, cas­trer avec une masse géante. C’est suf­fi­sant pour s’en­nuyer du dou­ce­reux 300.

Pour­tant, mal­gré ces ex­cès de bru­ta­li­té ex­trême dans Les im­mor­tels, le choc le plus violent n’a pas eu lieu entre des dieux ve­nus d’ailleurs et leurs ado­ra­teurs hu­mains, mais plu­tôt entre l’art du réa­li­sa­teur doué Tar­sem Singh et les for­mules pré­con­çues d’un film d’ac­tion hol­ly­woo­dien à gros bud­get.

Le ré­sul­tat de cette équa­tion, ma­gni­fique d’iner­tie et aus­si sau­vage que pué­ril, n’ap­par­tient ni à l’un ni à l’au-tre de ces mondes. Les ci­né­philes qui adorent le tra­vail or­né et hy­per sty­li­sé de Singh − The Fall, La cel­lule et des vi­déo­clips pour des chan­sons comme Lo­sing my Re­li­gion, de REM − se­ront en­nuyés par un scé­na­rio pré­vi­sible et lourd comme le plomb. In­ver­se­ment, les ama­teurs de ci­né­ma d’ac­tion qui se sont rués sur 300 et Gla­dia­teur risquent d’être aga­cés par les ex­cen­tri­ci­tés vi­suelles de Singh.

DÉ­FENDRE L’HU­MA­NI­TÉ

Hen­ry Ca­vill, que l’on ver­ra sous peu en Su­per­man dans Man of Steel, mais que l’on connaît mieux pour son rôle dans la sé­rie Les Tu­dors, in­carne Thé­sée, un vaillant ma­çon, éle­vé par sa mère, et élu par Zeus (Luke Evans) pour me­ner l’hu­ma­ni­té contre les as­sauts d’hy­pe­rion (Mi­ckey Rourke), un roi mé­ga­lo­mane qui n’a qu’un des­sein, soit ce­lui de re­lâ­cher, sur Terre, les ti­tans de la my­tho­lo­gie : des hordes d’êtres cau­che­mar­desques em­pri­son­nés par les dieux, au terme d’une guerre cé­leste qui a eu lieu à l’aube des temps.

Pour ce faire, notre mé­chant de ser­vice doit mettre la main sur l’arc Epi­rus, la seule arme, long­temps dis­si­mu­lée, qui puisse li­bé­rer les vi­laines créa­tures.

Thé­sée s’ad­joint un groupe d’al­liés in­at­ten­dus, dont l’oracle vierge Phae­dra (Frei­da Pin­to) et un se­cond dé­pe­naillé du nom de Star­vros (Ste­phen Dorff), pour l’ai­der à pour­fendre les ar­mées d’hy­pe­rion.

En che­min, le scé­na­rio pro­pose des pour­suites, des ba­tailles à l’épée, des dis­cours ins­pi­rants, des sièges et une apo­théose fi­nale, sous forme d’af­fron­te­ment ul­time, avec le sort de l’hu­ma­ni­té en jeu. Sur pa­pier, c’est du connu, du fa­mi­lier, même.

TROP AXÉ SUR L’IMA­GE­RIE

Le grand dé­faut d’une pro­duc­tion où l’as­pect nar­ra­tif de l’his­toire est si axé sur l’ima­ge­rie, un angle de na­ture plus sta­tique, c’est qu’à l’oc­ca­sion, le film manque sin­gu­liè­re­ment d’es­pace. On se sent comme dans une réa­li­sa­tion à grand dé­ploie­ment, mais en­tiè­re­ment tour­née en stu­dio, de Ce­cil B. De­mille, dans les an­nées 1950.

Éga­le­ment, du cô­té des in­ter­pré­ta­tions, le ca­rac­tère in­égal des per­for­mances, al­lant de très bonne (Ca­vill), à sa­tis­fai­sante (Pin­to), à car­ré­ment dé­rou­tante (un Dorff drô­le­ment contem­po­rain), ne contri­bue pas au fac­teur im­mer­sif de l’his­toire.

Bref, Les im­mor­tels est un film trop étrange et im­pres­sion­nant pour re­je­ter du re­vers de la main, quoique trop pé­tri de fai­blesses pour faire l’ob­jet d’une re­com­man­da­tion. Comme on dit de tout beau bor­del, c’est ça, la li­ber­té d’ex­pres­sion.

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