L’EN­FER DES DETTES

MON­TRÉAL | Alors que les in­di­gnés, de par­tout dans le monde, des­cendent dans la rue pour dé­non­cer les ex­cès du ca­pi­ta­lisme, le ci­néaste fran­çais, Cé­dric Kahn, dé­crit l’en­fer des dettes et la cruau­té de ce sys­tème dans son nou­veau film, Une vie meilleure.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers

Drame so­cial co­pro­duit par la com­pa­gnie mont­réa­laise Ci­né­ma­gi­naire et tour­né en par­tie à Mon­tréal, l’hi­ver pas­sé, Une vie meilleure ra­conte l’his­toire d’un jeune couple très amou­reux (Guillaume Ca­net et Leïla Bekhti), qui dé­cide de se lan­cer en af­faires en ou­vrant un res­tau­rant dans un dé­cor en­chan­teur, en ban­lieue de Pa­ris.

Lui est cui­si­nier au chô­mage, elle est jeune ser­veuse et mère mo­no­pa­ren­tale. Mal­gré des si­tua­tions fi­nan­cières pré­caires, ils par­viennent à mon­ter un plan d’af­faires réa­liste grâce à de gé­né­reux prêts ac­cor­dés par un ban­quier sym­pa­thique.

Mais le rêve tour­ne­ra vite au cau­che­mar. Des dé­fauts dans la cons­truc­tion du resto in­ci­te­ront su­bi­te­ment la banque à faire marche ar­rière, lais­sant le jeune couple aux prises avec de lourdes dettes.

Des his­toires d’hor­reur comme celle-là, il y en a des di­zaines en France chaque an­née, dé­plore Cé­dric Kahn

(Les re­grets, L’en­nui, L’avion), ren­con­tré la se­maine pas­sée dans un hô­tel de Mon­tréal.

« Cette his­toire est in­ven­tée, mais elle est ba­sée sur beau­coup de do­cu­men­ta­tion et d’ar­ticles sur des gens qui ont vé­cu ce genre de si­tua­tion, ex­plique le ci­néaste.

« À tra­vers la tra­gé­die de l’en­det­te­ment et du sur­en­det­te­ment que vivent les deux per­son­nages, je vou­lais mon­trer l’as­pect vi­cieux et bru­tal du sys­tème, qui fait qu’ils ne peuvent s’em­pê­cher de s’en­fon­cer, comme dans un sable mou­vant.

« Ils rêvent d’une vie meilleure, conforme à ce que leur vend le sys­tème, un idéal qui nous est in­cul­qué de­puis qu’on est en­fant. Mais le piège de la réa­li­té se re­ferme sur eux très vite. Et plus ils se dé­battent, plus ils s’en­foncent. »

PHÉ­NO­MÈNE MON­DIAL

Pour Kahn, cette his­toire n’est pas seule­ment propre à la si­tua­tion so­ciale en France ac­tuel­le­ment. Les nom­breux mou­ve­ments po­pu­laires an­ti­ca­pi­ta­listes, qui font rage par­tout au­tour de la pla­nète, en ce mo­ment sont là pour le prou­ver.

« Tout éclate pré­sen­te­ment en Oc­ci­dent, sou­ligne-t-il. J’ai com­men­cé à écrire cette his­toire, il y a deux ans, et à l’époque, elle n’était pas si connec­tée avec ce qui se passe au­jourd’hui dans le monde, comme en Grèce, no­tam­ment. Ça ne fait pas si long­temps que la si­tua­tion est aus­si ca­tas­tro­phique dans le monde. »

RÉA­LISME SO­CIAL

En sept longs mé­trages, Cé­dric Kahn a tou­ché à plu­sieurs genres, dont le th­riller ( Yeux rouges), le drame ( L’en­nui, Les re­grets) et le conte pour en­fants ( L’avion). Avec Une vie

meilleure, c’est la pre­mière fois qu’il s’aven­ture au­tant dans le réa­lisme so­cial.

« J’ai tou­jours eu en moi une pré­oc­cu­pa­tion so­ciale, in­dique-t-il. Elle était dé­jà, de fa­çon sou­ter­raine, dans mes scé­na­rios pré­cé­dents. C’était donc na­tu­rel pour moi d’ar­ri­ver à un ci­né­ma plus réa­liste et plus so­cial, voire plus po­li­tique. »

En­core in­édit en France (la sor­tie en salle est pré­vue pour jan­vier),

Une vie meilleure a été pro­je­té au Fes­ti­val Ci­né­ma­nia à Mon­tréal, la se­maine pas­sée, après avoir été pré­sen­té au Fes­ti­val de Toronto, en sep­tembre der­nier et au Fes­ti­val de Rome il y a deux se­maines - ou Guillaume Ca­net a été ré­com­pen­sé du prix d’in­ter­pré­ta­tion mas­cu­line.

D’ailleurs, Cé­dric Kahn ne ta­rit pas d’éloges en­vers l’ac­teur prin­ci­pal de son film. « Guillaume est l’in­car­na­tion de la réus­site de la nou­velle classe à la fran­çaise. Il est sou­vent as­so­cié à la fa­ci­li­té, à l’ar­gent, à la vie heu­reuse alors c’était le gros pa­ri du film de le pla­cer dans une si­tua­tion de ga­lère. Mais il a vrai­ment bien re­le­vé le dé­fi. Je l’ai pla­cé dans la rue, au mi­lieu des pas­sants et dans des squats, et il n’a ja­mais l’air d’un ac­teur au mi­lieu de toutes ces per­sonnes. Il a cette grande ca­pa­ci­té de se fondre dans le mi­lieu où il se trouve. »

√ Une vie meilleure prend l’af­fiche le ven­dre­di 18 no­vembre.

Les co­mé­diens Guillaume Ca­net et Leïla Bekhti jouent un jeune couple qui voit son rêve vo­ler en

éclat dans le drame so­cial

Une vie meilleure.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.