Le sens de la pro­vo­ca­tion

MON­TRÉAL | Fils du ré­pu­té Cos­taGa­vras, le ci­néaste fran­çais Ro­main Ga­vras tient de son père son sens de la con­tro­verse et de la pro­vo­ca­tion. Après avoir si­gné quelques vi­déo­clips-chocs qui ont mis le feu aux poudres sur In­ter­net, le jeune réa­li­sa­teur en r

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers AGENCE QMI

Avant même de lan­cer ce pre­mier long mé­trage, Ga­vras s’était fait un nom (ou plu­tôt, un pré­nom) en réa­li­sant les contro­ver­sés vi­déo­clips des chan­sons

Born Free de M.I.A. et Stress du groupe Jus­tice. Très vio­lents, sou­vent même dé­ran­geants, les deux brû­lots avaient sou­le­vé un tol­lé. Born Free avait même été cen­su­ré sur le site Youtube.

Per­sonne ne se­ra sur­pris d’ap­prendre que Notre jour vien­dra n’est pas conseillé aux âmes sen­sibles. Ro­main Ga­vras y re­prend la base de l’idée à l’ori­gine du clip Born Free qui dé­cri­vait l’ar­res­ta­tion et l’exé­cu­tion de jeunes roux.

« En fait, le clip a été tour­né après le film, pré­cise le ci­néaste ren­con­tré le mois der­nier à Mon­tréal alors qu’il était de pas­sage pour pré­sen­ter Notre jour

vien­dra au Fes­ti­val du nou­veau ci­né­ma.

« C’est vrai que l’idée de dé­part est sem­blable, mais le ré­sul­tat est très dif­fé­rent. Le film est beau­coup plus ri­go­lo. Dans un clip, en sept mi­nutes, il faut ac­cro­cher le spec­ta­teur. C’est de la té­lé­vi­sion sen­sa­tion­na­liste.

« Ce qui est cho­quant ou pro­vo­ca­teur dans un clip ne le se­ra pas for­cé­ment pour moi. La no­tion de choc ou de pro­vo­ca­tion est très sub­jec­tive. Il y a, dans la vie, beau­coup de choses qui ne choquent pas les gens en gé­né­ral, mais qui me choquent moi. »

« TERRE PRO­MISE »

Le film met donc en scène deux roux (joués par Vincent Cas­sel et Oli­vier Bar­the­le­my) qui dé­cident de se ré­vol­ter contre la so­cié­té qui, croient-ils, les re­jette, et de par­tir à la re­cherche de leur « terre pro­mise », l’ir­lande.

« Ce n’est pas un film de genre comme le th­riller par exemple, ob­serve Ga­vras. Mais je re­prends un peu la struc­ture d’un genre de film ou de ro­man qui ra­conte l’his­toire de gens qui lâchent tout (leur bou­lot, leur fa­mille, leur vie) pour pour­suivre une quête. Ces deux per­son­nages sont nés de là. Le film ra­conte une quête im­pos­sible qui ne va nulle part.

« Quand on écri­vait le film, les deux per­son­nages n’étaient pas roux, ajou­tet-il. On a vou­lu les rendre plus ico­niques. On a pen­sé aux roux, parce que c’est une com­mu­nau­té qui n’existe pas. Comme le film a un ton de co­mé­die noire, ce­la nous of­frait la pos­si­bi­li­té de se per­mettre pas mal de choses sur un cô­té com­mu­nau­taire qui n’existe pas. Ça les rend plus tou­chant de se dire qu’ils croient ap­par­te­nir à une com­mu­nau­té qui n’existe pas vrai­ment. Et ça ajou­tait une touche d’ab­sur­di­té au film. Leurs ac­tions sont mo­ti­vées par un mé­lange de pa­ra­noïa et de mal de vivre. »

AC­CUEIL MI­TI­GÉ EN FRANCE

Notre jour vien­dra a plu­tôt bien été re­çu sur la scène in­ter­na­tio­nale, mais un peu moins bien en France.

« Je crois que le film a été ac­cueilli avec plus de sé­vé­ri­té en France parce qu’il y était at­ten­du à cause de la vi­si­bi­li­té mé­dia­tique que m’avaient pro­cu­rée mes clips, ex­plique le ci­néaste de 30 ans.

« Mais je suis en­traî­né, avec les clips que j’ai faits, à m’at­tendre à ce type de ré­ac­tion, sur­tout en France. Il y a quand mê- me eu des pe­tites sur­prises. Li­bé­ra­tion, par exemple, qui avait dé­truit mes clips en me trai­tant de fa­cho a fait un su­per bel ar­ticle sur le film. Même chose avec Té­lé­ra

ma, qui dé­fend gé­né­ra­le­ment que des films d’au­teurs s’adres­sant à une clien­tèle plus âgée. La sur­prise est ve­nue de cet ac­cueil po­si­tif de la part de cer­tains mé­dias au­quel je ne m’at­ten­dais pas du tout. »

√ Notre jour vien­dra prend l’af­fiche ven­dre­di (le 25 no­vembre).

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