Un baume dans un bain de sang

LOS AN­GELES | Au dé­part, Frei­da Pin­to n’était pas chaude à l’idée de jouer l’oracle vierge Phae­dra, dans Les im­mor­tels. Mais l’ac­trice a ac­cep­té en se rai­son­nant : de toute fa­çon, n’est-ce pas de cette fa­çon que se com­portent ha­bi­tuel­le­ment les oracles,

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Ke­vin William­son Agence QMI

« Je ne crois pas qu’il faille s’ar­rê­ter à ces dé­tails, lorsque vous faites votre en­trée dans la gi­gan­tesque in­dus­trie du di­ver­tis­se­ment pour tous », a dit Frei­da Pin­to aux jour­na­listes, lors d’un évé­ne­ment pro­mo­tion­nel pour Les im­mor­tels, en salle de­puis le 11 no­vembre.

« Quand on pense à 300 ou à Gla­dia­teur, par exemple, il y a, dans ces films, une foule de per­son­nages in­té­res­sants à in­ter­pré­ter. Mais ce qu’on vous pré­sente, par contre, n’est au­cu­ne­ment lié à vos dé­si­rs. À moins de faire le film soi-même et de s’in­clure, où bon nous semble, dans la dis­tri­bu­tion. Lorsque j’ai ren­con­tré le réa­li­sa­teur, Tar­sem Singh, je n’avais pas la moindre idée de ce que nous al­lions faire en­semble. »

« Je n’avais lu qu’une es­quisse du scé­na­rio, tou­jours en dé­ve­lop­pe­ment. J’ai de­man­dé, “Comment est-ce que je vais m’y prendre pour rou­ler les yeux der­rière leurs or­bites ? Ça me pa­raît étrange.” Il m’a ré­pon­du, “Nous lais­se­rons le dé­par­te­ment des ef­fets vi­suels s’oc­cu­per de cet as­pect du scé­na­rio.” Donc, même si j’in­carne un oracle vierge, ce n’est pas comme dans 300 : un court pas­sage oni­rique et dan­sant, puis elle meurt. C’est réel­le­ment dif­fé­rent. Plus hu­main, en quelque sorte. »

LA FILLE IN­DIENNE

Au dé­part, cette ren­contre a failli ne pas avoir lieu. Lorsque son agent l’a in­vi­tée à se pro­po­ser pour le rôle de Phae­dra, Pin­to a d’abord trou­vé que le per­son­nage ne va­lait pas l’ef­fort. Elle s’est ra­vi­sée et a ren­con­tré Singh, qui lui a ex­pli­qué ce qu’il vou­lait dans son film. « Ça m’a mise en confiance et m’a in­ci­tée à me joindre à la dis­tri­bu­tion. »

De même, comme l’a ré­vé­lé Pin­to, au cou­rant de l’été, Singh avait, lui-même, ses propres doutes à l’en­droit de l’ac­trice. « Il ne vou­lait pas me ren­con­trer. Il ne vou­lait pas ren­con­trer une fille in­dienne. »

Et qu’est-ce qui lui a fait chan­ger d’idée? « La fille in­dienne », dit en riant l’ac­trice de 27 ans, consa­crée ve­dette par son rôle dans Slum­dog mil­lion­naire.

Pour ce qui est du dé­fi de na­vi­guer sur les eaux no­toi­re­ment dan­ge­reuses de Hol­ly­wood : « hon­nê­te­ment, ça ne m’a pas pa­ru dif­fi­cile. Soit que le script est ex­cellent ou que le réa­li­sa­teur est une per­sonne avec qui j’ai en­vie de tra­vailler. Ou la dis­tri­bu­tion com­prend des ac­teurs gé­niaux ou en­core, l’his­toire vé­hi­cule des croyances que je par­tage. »

AL­TER­NANCE

Quelques exemples, pour illus­trer cette saine phi­lo­so­phie pro­fes­sion­nelle : au cours des ré­centes an­nées, elle a fait des films avec Woo­dy Al­len ( Vous al­lez ren­con­trer un bel et sombre in­con­nu) et Ju­lian Sch­na­bel ( Mi­ral), agi à titre de porte-pa­role pour la firme de cos­mé­tiques L’oréal, et fi­gu­ré sur la liste des gens les plus beaux du ma­ga­zine People.

Au cours de l’été, on l’a vue en com­pa­gnie de James Fran­co et d’an­dy Ser­kis, dans le film à suc­cès La mon­tée de la pla

nète des singes, qui a gé­né­ré des re­cettes mon­diales de 450 mil­lions $.

« Je veux aus­si faire ma part de films in­dé­pen­dants. Je m’ef­force d’al­ter­ner. J’ai ter­mi­né La mon­tée de la pla­nète des singes, puis j’ai tour­né un film in­ti­tu­lé Black

Gold, puis un autre avec Mi­chael Win­ter­bot­tom ( Tri­sh­na). C’est une ques­tion d’équi­libre. »

Le seul fait qu’elle évite, en ma­jeure par­tie, l’ac­tion san­glante om­ni­pré­sente dans

Les im­mor­tels, croit Hen­ry Ca­vill, qui y in­carne, lui-même, l’hé­roïque Thé­sée, rend Pin­to en­core plus in­dis­pen­sable au film.

« C’est un film ex­trê­me­ment violent. Tout est ques­tion d’épées, de pieux et de pro­ta­go­nistes per­cés et tran­chés… Il y a tout ce sang. Frei­da est une per­sonne d’une grande gen­tillesse, qui ajoute une mer­veilleuse dou­ceur, une mu­sique, au film ; elle s’offre tel un baume à toute la cruau­té sau­vage de l’his­toire. »

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