HOR­RIBLE À SOU­HAIT

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

Si vous igno­riez le fait que Pe­dro Al­modò­var est res­pon­sable du fié­vreux, voire de l’hor­rible La peau que

j’ha­bite, on vous par­donne sur le champ d’avoir pu pen­ser que ce film était ba­sé sur un scé­na­rio éga­ré de Da­vid Cro­nen­berg.

Plus trans­gres­sif que tout ce que le fa­meux ci­néaste es­pa­gnol a pu faire jus­qu’à main­te­nant, La peau que j’ha

bite re­late l’his­toire tor­due d’un scien­ti­fique fou, de ma­nière tel­le­ment in­tel­li­gente et sin­gu­lière qu’il de­vrait être in­ter­dit d’en ré­vé­ler l’in­trigue.

Le long-mé­trage ex­plore les thèmes de la ven­geance, de la confu­sion des genres, de l’or­gueil scien­ti­fique et de la cap­ti­vi­té – as­pect ayant dé­jà été abor­dé par Al­modò­var dans At­tache

moi, mais ja­mais de ma­nière aus­si sombre. Il in­ter­prète en fait les « codes » propres aux films de science-fic­tion – ceux-là mêmes qui sont ar­ri­vés à faire som­brer nombre de films dans le gro­tesque – avec une fer­veur sé­rieuse qui dé­fie le ri­di­cule.

La peau que j’ha­bite marque éga­le­ment la réunion d’al­modò­var et de son ac­teur fé­tiche, An­to­nio Ban­de­ras, qui a ici l’oc­ca­sion de jouer avec une sub­ti­li­té si­nistre, chose qui lui a échap­pé tout au long de sa car­rière hol­ly­woo­dienne.

Ob­sé­dé par la mort tra­gique de sa femme dans un ac­ci­dent de voi­ture, le Dr Ro­bert Led­gard, chirurgien plas­tique et cher­cheur (spé­cia­li­sé dans la greffe de vi­sage), se dé­voue à la créa­tion d’une peau syn­thé­tique qua­si in­vul­né­rable aux bles­sures.

En guise de pre­mier contact avec le per­son­nage, le spec­ta­teur as­siste à une pré­sen­ta­tion, lors d’un congrès mé­di­cal, des idées ra­di­cales de ce der­nier, qui fi­nissent par scan­da­li­ser ses col­lègues. Leur in­di­gna­tion, liée aux greffes in­ter-es­pèces im­pli­quant des porcs, semble tou­te­fois un peu exa­gé­rée. Cette ob­jec­tion gé­né­rale, qui se tra­duit par une in­ter­dic­tion for­melle de pour­suivre ses re­cherches, tombe tou­te­fois dans l’oreille d’un sourd. Après tout, Ro­bert a dé­jà un su­jet hu­main sur qui ex­pé­ri­men­ter : une belle femme un peu em­brouillée du nom de Ve­ra (Ele­na Anaya).

La peau que j’ha­bite de­meure un film trou­blant qui vous hante long­temps après la fin du gé­né­rique – et non d’une ma­nière agréable, se­lon votre ni­veau de sen­si­bi­li­té.

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