BRILLANTE ÉPO­PÉE EN NOU­VELLE-FRANCE

Lau­réat de la ca­té­go­rie Lit­té­ra­ture jeu­nesse – Texte pour son pre­mier ro­man, Les aven­tures de Ra­dis­son t. 1. L’en­fer ne brûle pas, l’his­to­rien Mar­tin Four­nier fait connaître un des plus cé­lèbres cou­reurs des bois de toute l’his­toire du Ca­na­da grâce à sa p

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ma­rie-france Bor­nais Le Jour­nal de Qué­bec

« — JE N’AI VÉ­CU QU’UN AN EN NOU­VELLE-FRANCE, RÉ­POND RA­DIS­SON. JE SUIS NÉ EN FRANCE, PRÈS DE PA­RIS. MON NOM FRAN­ÇAIS EST RA­DIS­SON, PIERREESPRIT RA­DIS­SON, COMME MON PÈRE, QUI ÉTAIT MAR­CHAND. MAIS IL A DIS­PA­RU ET J’AI RE­JOINT MES SOEURS EN NOU­VELLE-FRANCE. MON NOM IRO­QUOIS EST ORINHA. TOUT LE MONDE DIT QUE JE SUIS DIGNE DE POR­TER CE NOM, QUI ÉTAIT CE­LUI DU FILS AέNÉ DE MON PÈRE GARAGONKÉ ET DE MA MÈRE KA­TA­RI. IL EST MORT AU COM­BAT ET JE LE REM­PLACE. »

Pre­mier tome d’une sé­rie qui en comp­te­ra au moins cinq, L’en­fer ne brûle pas ra­conte le par­cours in­usi­té du jeune Fran­çais qui, à peine ar­ri­vé à Trois-ri­vières, est cap­tu­ré puis adop­té par les Iro­quois.

Mu par une vo­lon­té de vivre à toute épreuve, il ap­prend sans tar­der leur langue, leurs us et cou­tumes, puis chasse et voyage avec eux sur de très grandes dis­tances, ex­plo­rant un vaste ter­ri­toire et ra­me­nant un ba­gage de connais­sances ex­cep­tion­nel.

Mar­tin Four­nier, spé­cia­liste ca­na­dien − et mon­dial − de Pierre-es­prit Ra­dis­son, qu’il a étu­dié sous toutes ses cou­tures pour son mé­moire de maî­trise et sa thèse de doc­to­rat, souhaitait cette fois mettre de cô­té les li­mites et les contraintes de son tra­vail d’his­to­rien pour faire connaître Ra­dis­son avec une plume plus libre, où la ri­gueur al­lait en­fin cô­toyer l’émo­tion. La forme ro­ma­nesque, qu’il a ex­plo­rée en quatre ans de tra­vail, s’avé­rait tout in­di­quée, et le prix lit­té­raire du Gou­ver­neur gé­né­ral qui lui a été at­tri­bué mar­di vient clore « un long cycle de peur et de doute » pour cet au­teur qui est éga­le­ment le co­or­don­na­teur de l’en­cy­clo­pé­die du pa­tri­moine cul­tu­rel de l’amé­rique fran­çaise, dif­fu­sée sur In­ter­net.

« Il n’y a que des choses vraies, ou presque, dans le ro­man, mais ce n’est pas du tout le même tra­vail. J’avais dé­ve­lop­pé une re­la­tion as­sez in­time avec Ra­dis­son, que j’ai fré­quen­té pen­dant cinq ans. Il y a beau­coup de choses dont j’étais convain­cu per­son­nel­le­ment que je ne pou­vais pas dire dans un cadre scien­ti­fique. J’avais beau­coup d’in­ter­dits et je n’avais pas l’im­pres­sion d’être al­lé au bout du per­son­nage. Tout ce qui est émo­tion, sen­sa­tion n’était pas bien per­çu et il fal­lait « cas­trer » nos per­son­nages, en his­toire, et les ra­me­ner à des di­men­sions plus ob­jec­tives, alors que, dans le ro­man, c’est le contraire qu’il faut faire : il faut al­ler au fond des sen­sa­tions, des émo­tions et du vé­cu. »

FORCE ET IN­TEL­LI­GENCE

Cer­tains traits de ca­rac­tère de Ra­dis­son ap­pa­rais­saient clairs aux yeux de l’his­to­rien, comme la pru­dence et une cer­taine bra­voure tein­tée de réa­lisme. « Ce n’est pas un in­tré­pide. Il fait des choses dan­ge­reuses, mais est ex­trê­me­ment pru­dent. Il est d’ailleurs mort de vieillesse. »

Mar­tin Four­nier n’avait pas en­vie de créer un hé­ros, mais plu­tôt de faire le por­trait d’un être hu­main, avec des forces et des fai­blesses, qui paie pour ses er­reurs. « Ra­dis­son avait une force de ca­rac­tère et beau­coup d’éner­gie. C’était un homme très in­tel­ligent qui avait une très grande fa­cul­té d’adap­ta­tion, ca­pable d’être at­ten­tif et d’ac­cep­ter les autres. » Ra­dis­son avait d’ailleurs une fa­ci­li­té dans l’ap­pren­tis­sage des langues et par­lait plu­sieurs langues au­toch­tones, comme l’iro­quois, le cri et le hu­ron.

Ra­dis­son est al­lé jus­qu’à la pointe ouest du lac Su­pé­rieur, au sud du lac Érié et jusque dans la baie d’hud­son, la baie James et la ri­vière Nel­son. Ces ex­pé­di­tions in­tenses pre­naient de 60 à 70 jours en ca­not. « Pour l’ex­pé­di­tion de guerre qui est dans le pre­mier tome, c’est une tren­taine de jours de dé­pla­ce­ment », ex­plique le spé­cia­liste de la Nou­velle-france, qui a aus­si exa­mi­né les voyages du père Mar­quette, de Louis Jol­liet, de La Salle et com­pa­gnie.

Ra­dis­son, au fil du temps, a été quelque peu os­tra­ci­sé. « Beau­coup de gens di­saient que c’était un no­bo­dy et un traître qu’on n’avait pas in­té­rêt à sor­tir des boules à mites. Mais c’était le contraire: il était un as du mul­ti­cul­tu­ra­lisme qui voya­geait beau­coup. C’est très per­ti­nent de le re­dé­cou­vrir. On lais­sait ce genre de mar­gi­nal un peu de cô­té dans l’his­toire de la Nou­velle-france, mais de plus en plus de gens s’aper­çoivent main­te­nant qu’étu­dier ce qui ne fai­sait pas par­tie de l’élite nous en ap­prend au­tant, si­non plus, qu’étu­dier seule­ment les membres de l’élite. » √ Mar­tin Four­nier ren­con­tre­ra les vi­si­teurs du Sa­lon du livre de Mon­tréal au­jourd’hui, de 14 h à 15 h et de 18 h à 19 h, au stand des édi­tions du Sep­ten­trion.

PHO­TO COURTOISIE

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.