La ma­gie des images de Scor­sese

NEW YORK | Pour pa­ra­phra­ser une vieille ex­pres­sion : lorsque vous avez vu un film de Mar­tin Scor­sese, vous les avez tous vus, et pas seule­ment ses films, mais tous les films, point à la ligne. C’est l’im­pres­sion que donnent, en en­tre­vue, les membres de l

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Jim Slo­tek Agence QMI

Hu­go, dont l’ac­tion se dé­roule à Pa­ris, en 1931 (l’his­toire est ins­pi­rée du best-sel­ler de la lit­té­ra­ture pour en­fants, Hu­go

Ca­bret), ra­conte les aven­tures d’un or­phe­lin (Asa But­ter­field), qui vit ca­ché dans une gare. Il fait la ren­contre d’une or­phe­line (Ch­loë Mo­retz), qui lui pré­sente son pro­tec­teur, Pa­pa George (Ben King­sley), le pro­prié­taire d’un ma­ga­sin de jouets. Ce­lui-ci s’avère être Georges Mé­liès, an­cien­ne­ment pion­nier du ci­né­ma et ma­gi­cien, au tour­nant du siècle. Le vieil homme vit une re­traite so­li­taire.

Le jeune Hu­go fuit les at­ten­tions d’un ins­pec­teur de la sta­tion (Sa­sha Ba­ron Co­hen) qui cap­ture les orphelins pour les ins­ti­tu­tion­na­li­ser, mais qui a le coeur néan­moins re­mué par une ven­deuse de fleurs nom­mée Li­sette (Emily Mor­ti­mer).

HIS­TOIRE DU CI­NÉ­MA

Mor­ti­mer, que l’on a éga­le­ment vue, en com­pa­gnie de King­sley, dans le film

Shut­ter Is­land, de Scor­sese, dit avoir re­çu de lui un exem­plaire du film Sous les

toits de Pa­ris, de Re­né Clair. « Mar­ty ne vous dit pas quoi faire. Il se con­tente de vous as­si­gner le vi­sion­ne­ment des films per­ti­nents d’autres réa­li­sa­teurs. Il a fait de même pour Shut­ter Is

land, a dit Mor­ti­mer, lors d’une confé­rence de presse où, jus­te­ment, le réa­li­sa­teur brillait par son ab­sence.

« Il cherche en quelque sorte à vous fai- re com­prendre l’uni­vers de son film en vous mon­trant ce­lui des autres. Et le film de Clair était d’une telle beau­té. On y dé­crit la classe ou­vrière de Pa­ris, dans les an­nées 1930. Il émane une beau­té, un mys­tère, une ma­gie, de ce film. » Cette ob­ses­sion pour l’his­toire du ci­né­ma s’étend, d’ailleurs, au moindre dé­tail sur les pla­teaux. À l’en­trée de la mai­son de Mé­liès se trouve un es­ca­lier que Scor­sese a re­pro­duit fi­dè­le­ment du film Les 400

coups, de Fran­çois Truf­faut.

Si tout ce­la semble un peu éso­té­rique pour un film avec des en­fants, par­lez-en à l’au­teur Brian Selz­nick (un parent éloi­gné du pro­duc­teur d’au­tant en em­porte le vent, Da­vid O. Selz­nick). « J’ai tra­vaillé pen­dant deux ans et de­mi sur ce livre, en me ré­pé­tant que per­sonne ne li­rait un bou­quin sur des films muets pour en­fants. Ce n’était pas un best­sel­ler ga­ran­ti. En ré­tros­pec­tive, c’est comme si j’avais fait tout ce­la pour Mar­ty. »

Et d’ajou­ter King­sley : « j’avais un cof­fret de films de Mé­liès à re­gar­der, ce qui m’était très utile, pas seule­ment pour com­prendre son lan­gage du ci­né­ma, mais aus­si pour ap­pré­cier ses ca­pa­ci­tés ex­tra­or­di­naires d’ar­tiste mul­ti­dis­ci­pli­naire. En li­sant les notes, on dé­couvre que l’homme cho­ré­gra­phiait, mon­tait, met­tait en scène et fa­bri­quait les dé­cors de ses films, dans les­quels il était la ve­dette ou la co­ve­dette. Il ne de­vait pas dor­mir beau­coup, parce qu’après avoir tra­vaillé toute la jour­née dans son stu­dio, il se ren­dait en­suite dans un ca­ba­ret de Pa­ris, pour y scier des gens en deux. Mar­tin nous a donc sa­tu­rés de ma­té­riel for­mi­dable à re­gar­der. »

Hu­go est éga­le­ment le pre­mier film en 3D de Scor­sese, un hom­mage au pen­chant de Mé­liès pour toute in­no­va­tion que pou­vait lui of­frir une science du ci­né­ma en­core à ses bal­bu­tie­ments, à l’époque.

« Il est in­té­res­sant de voir Scor­sese se ser­vir de la toute der­nière tech­no­lo­gie 3D pour ra­con­ter une his­toire sur les pre­miers films, qui pro­je­taient ma­gi­que­ment des images à l’écran, grâce à de in­ven­tions, il y a plus d’un siècle de ce­la », dit Mor­ti­mer. « C’est d’une telle per­ti­nence. »

OU­VER­TURE AUX IDÉES

À tra­vers l’uti­li­sa­tion de tout ce coû­teux équi­pe­ment, un as­pect de l’ap­proche de Scor­sese est de­meu­ré in­tact. « Le cô­té qui fas­cine chez Mar­ty, c’est son ou­ver­ture aux idées des autres », dit Co­hen, se­lon qui sa ro­mance avec Mor­ti­mer a été sa « pre­mière his­toire d’amour au ci­né­ma n’im­pli­quant ni une pros­ti­tuée noire, ni un homme. »

« Il s’est mon­tré at­ten­tif à toutes mes idées, ce que j’ai trou­vé sur­pre­nant, étant don­né leur ca­rac­tère par­fois ab­surde, comme celle de prendre mon bain avec mon chien. » Ce qui n’est pas res­té au mon­tage, c’est la contri­bu­tion de l’ac­teur au ca­rac­tère 3D de l’ex­pé­rience. Bles­sé lors de la Pre­mière Guerre mon­diale, son per­son­nage porte une or­thèse à une jambe. « Au dé­part, c’était une fausse jambe, dont les spec­ta­teurs n’au­raient pas réa­li­sé l’exis­tence avant la pre­mière pour­suite. Je de­vais tour­ner un coin ra­pi­de­ment et la jambe de­vait al­ler s’écra­ser contre la ca­mé­ra, ce qui au­rait consti­tué le pre­mier mo­ment 3D du film. »

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