FO­LIE CONTA­GIEUSE

MON­TRÉAL | À tra­vers les nom­breux humoristes qué­bé­cois, An­dré Sau­vé a ra­pi­de­ment ti­ré son épingle du jeu, par son hu­mour ab­surde où il abor­dait la fo­lie sous toutes ses cou­tures. Le Jour­nal s’est en­tre­te­nu avec le co­mique fri­sé.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LE QUÉBEC N’A JAMAIS AUTANT RI - Ra­phaël Gen­dron-mar­tin

Bi­bitte unique dans le pay­sage de l’hu­mour qué­bé­cois, An­dré Sau­vé est ar­ri­vé dans le mi­lieu avec son pre­mier one-man show, en 2008. Fort de ses ap­pa­ri­tions au Fes­ti­val Juste pour rire (il a d’ailleurs rem­por­té le titre de « Ré­vé­la­tion de l’an­née », en 2006), l’hu­mo­riste n’a pas per­du de temps à al­ler cher­cher un pu­blic ré­cep­tif.

« En ren­con­trant les gens après les spec­tacles, il y en a beau­coup qui ve­naient me dire qu’ils pen­saient la même chose que moi. J’abor­dais des zones de fo­lie, je sor­tais de la norme, et ça lan­çait aux gens le mes­sage qu’on a la per­mis­sion d’être ce que l’on est. Dans les images trop po­lies, j’étouffe là-de­dans. J’aime mieux al­ler dans des zones de per­mis­si­vi­té, dans ce qu’on est et qui est par­fois tout croche. Et ç’a l’air que ce­la a re­joint beau­coup les gens. »

Cet été, An­dré Sau­vé a conclu sa tour­née qu’il a pro­me­née par­tout au Qué­bec du­rant trois ans. « J’ai fait presque 400 shows. J’en garde un su­per bon bi­lan po­si­tif. Ç’a été au-de­là de mes es­pé­rances. Je n’avais pas cru que le spec­tacle au­rait pu avoir cet im­pact-là. J’en suis fort content. Et au­jourd’hui, je me re­trouve im­mor­ta­li­sé en vi­déo. C’est un beau sou­ve­nir de cette belle aven­ture. Je suis prêt à re­com­men­cer. Mais avec un temps d’arrêt ! »

Ces pro­chains mois, il plan­che­ra sur l’écri­ture de son pro­chain spec­tacle, qu’il pré­voit dans la même li­gnée que le pre­mier. « Je pense que le cer­veau hu­main et la fo­lie ont plein de re­coins à ex­plo­rer. C’est in­épui­sable. Je veux al­ler ailleurs, ex­plo­rer d’autres ter­rains, m’éton­ner moi-même. »

En écri­ture, il tra­vaille par­ti­cu­liè­re­ment seul. « Je re­tombe dans le tra- vail de l’ombre chez moi, dans le si­lence. Je suis un peu en so­li­taire. Je montre par­fois des trucs à mon met­teur en scène, Pierre Ber­nard, mais il n’agit pas comme script-édi­teur. »

PAR­COURS ATY­PIQUE

Avant de faire car­rière en hu­mour, An­dré Sau­vé a connu un par­cours très par­ti­cu­lier. Pen­dant 10 ans, il a pra­ti­qué et en­sei­gné le Bha­ra­ta Na­tyam, la danse clas­sique de l’inde. Il a fait du mime à Pa­ris et a tra­vaillé à la ra­dio. C’est en 2004, lors du fes­ti­val d’hu­mour de Dé­ge­lis, qu’il a été re­mar­qué par Yvon Des­champs.

Sept ans plus tard, avec le re­cul, l’hu­mo­riste ne re­grette au­cu­ne­ment sa nou­velle car­rière. « Ab­so­lu­ment pas. Et le fait de par­ler de cette fo­lie­là à chaque soir m’a fait sen­tir plus al­lé­gé. Soir après soir, je la criais sur scène. Je me suis exor­ci­sé moi­même ! J’en suis sor­ti plus lé­ger, plus sain. Je ne re­grette ab­so­lu­ment rien de ça. C’est une su­per belle aven­ture qui est mise sur mon che­min. »

BIEN­TÔT AU CI­NÉ­MA ?

En plus d’écrire son pro­chain spec­tacle, An­dré Sau­vé va pour­suivre le tra­vail sur le scé­na­rio d’un long mé­trage qu’il a conçu du­rant sa tour­née. « On va pos­si­ble­ment dé­po­ser en jan­vier. C’est un rêve que de le tour­ner et ex­plo­rer le monde du ci­né­ma. »

Tel qu’an­non­cé en ex­clu­si­vi­té dans Le Jour­nal de Mon­tréal, en juillet der­nier, le film s’ap­pel­le­ra L’épi­ce­rie, et se­ra ins­pi­ré du nu­mé­ro que l’hu­mo­riste fait dans son spec­tacle. Dans ce nu­mé­ro, le per­son­nage se met à pa­ni­quer, en pleine épi­ce­rie, de­vant tout ce qui s’offre à lui. Il en fe­ra une crise exis­ten­tielle.

« On va plus loin que le nu­mé­ro et on ex­plore les thèmes abor­dés de fa­çon dif­fé­rente, en uti­li­sant toutes les pos­si­bi­li­tés du lan­gage ci­né­ma­to­gra- phique. C’est une toute nou­velle ex­pé­rience pour moi », avait dit l’hu­mo­riste au Jour­nal, l’été der­nier. An­dré Sau­vé cam­pe­ra le rôle prin­ci­pal dans le film. Pour le scé­na­rio, il a tra­vaillé avec Claude La­londe ( Les 3 P’tits co­chons, Fi­lière 13, 10 1/2).

LA FRANCE AT­TEN­DRA

Alors que plu­sieurs humoristes qué­bé­cois tentent pré­sen­te­ment leur chance du cô­té de la France, An­dré Sau­vé in­dique ne pas être pres­sé de ce cô­té, même s’il a dé­jà re­çu des offres en ce sens.

« Il y a des Fran­çais qui m’ont ap­pro­ché sé­rieu­se­ment, alors que je ve­nais tout juste de com­men­cer ma tour­née. À ce mo­ment-là, j’avais l’im­pres­sion d’al­ler en France pen­dant que mon gâ­teau était en­core dans le four au Qué­bec. Il n’était même pas en­core cuit ici ! »

« Je ne sais pas quoi pen­ser de tout ça. J’ai de la mi­sère à avoir l’am­bi­tion de la gran­deur. Si je peux al­ler en France et y ex­plo­rer d’autres zones, je le fe­rai. La porte n’est ja­mais fer­mée à ça. Mais ça ne m’in­té­resse pas d’al­ler là-bas pour re­faire le même show. C’est une dé­ci­sion qui ne se prend pas à moi­tié. Je veux dire oui pour les bonnes rai­sons. »

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