L’ÊTRE DER­RIÈRE LA­QUES­TION

Le Journal de Quebec - Weekend - - LES SCRIPTEURS DE QUESTIONS - Em­ma­nuelle Plante Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Nous sommes friands de quiz. Ils nous di­ver­tissent, nous cultivent et nous font sou­vent jouer nous-mêmes dans nos sa­lons, crier de­vant nos té­lé­vi­seurs. Mais un jeu-ques­tion­naire ne pour­rait at­teindre son pu­blic s’il n’avait pas de bonnes ques­tions, bien do­sées, bien scé­na­ri­sées. Bien­ve­nue dans l’uni­vers de ceux qui jouent avec notre cer­veau, nos neu­rones ou… nos nerfs!

Pour Da­niel Brouillette, grand joueur qui se cache der­rière les ques­tions de Duo et

Taxi payant no­tam­ment, trois cri­tères sont es­sen­tiels au suc­cès d’un quiz : « Quand tu peux jouer chez vous, ré­pondre aux ques­tions, les ve­dettes c’est tou­jours ga­gnant et des règles simples. Tu veux pas te cas­ser la tête. C’est pour ça que des show comme La Guerre des clans et Jeo­par­dy fonc­tionnent de­puis 400 ans ! » Même son de cloche pour Carl Du­buc, co-concep­teur, scripte-édi­teur et juge de Pri­vé de sens. « Il faut tou­jours trou­ver le bon ni­veau de dif­fi­cul­té. Une ques­tion trop dure, per­sonne ne joue, et on veut pas ça. Une ques­tion trop fa­cile, on n’at­tend pas la fin. » Et tous s’en­tendent qu’il est dif­fi­cile de ju­ger de la dif­fi­cul­té d’une ques­tion.

Le mot d’ordre : ri­gueur. On ne doit lais­ser place à au­cun doute chez le joueur. « Le temps d’un verbe peut tout faire bas­cu­ler. Il faut être pré­cis dans les termes, in­ver­ser la syn­taxe si la ques­tion semble trop fa­cile, ex­plique Jo­sée Chartrand, ré­dac­trice en chef de La Une qui tue, un quiz sur l’ac­tua­li­té de la se­maine. On ne vou­drait pas qu’il y ait deux ou trois ré­ponses pos­sibles et être obli­gé de les ac­cep­ter. On tra­vaille sur l’ac­tua­li­té de la se­maine alors je vé­ri­fie les ques­tions jus­qu’à la der­nière mi­nute au cas où un chan­ge­ment sur­vien­drait. » Même scé­na­rio pour Ka­rine Lachapelle, scripte-édi­trice du

Cercle. « Tout doit être bé­ton. Il ne fau­drait pas qu’un concur­rent puisse contes­ter la dé­ci­sion du juge. C’est pour ça que cer­taines ques­tions com­portent beau­coup de mots qui ont l’air in­utiles. Si je parle de Cé­line Dion, je vais écrire la chan­teuse Cé­line Dion… pour être cer­taine qu’on pense tous à la même per­sonne. On vé­ri­fie chaque in­for­ma­tion émise au­près de trois sources fiables. Je me rends compte que mes connais­sances ne servent pra­ti­que­ment à rien puisque tout est va­li­dé et re­va­li­dé. »

Pour Duo, la mé­thode de tra­vail de Da- niel Brouillette est dif­fé­rente. « Je re­çois un dos­sier de re­cherche d’une tren­taine de pages sur un ar­tiste et je conçois les ques­tions à par­tir de ça. Les gens aiment beau­coup voir des ar­tistes per­for­mer, faire autre chose. Quand j’étais jeune, j’ai été mar­qué par Guy A. Le­page qui a ga­gné à Que

le meilleur gagne. »

VIVRE QUIZ

Dans les bu­reaux de Ra­dio-ca­na­da, toute l’équipe, mul­ti­gé­né­ra­tion­nelle, de Pri­vé de

sens est mise à contri­bu­tion. Chaque jeu est tes­té quatre fois avant d’al­ler en ondes. « On a 40 jeux par se­maine, 6 à 10 ques­tions par jeu. C’est pas une science exacte, mais ça nous per­met d’avoir un bon do­sage par rap­port aux connais­sances de cha­cun », note Carl Du­buc. « De­puis que je tra­vaille sur La

Une qui tue, ra­conte Jo­sée Chartrand, je lis tout, j’en­re­gistre tous les bul­le­tins, au ga­rage, chez le den­tiste, je change sou­vent les postes de la té­lé pour écou­ter des nou­velles. » Chez lui, Da­niel Brouillette s’est équi­pé de nom­breux dic­tion­naires et ou­vrages de ré­fé­rence. « Mes forces sont le fran­çais et la culture gé­né­rale. Une bonne jour­née, je peux pondre jus­qu’à 100 ques­tions pour Taxi payant. Après faut que je fasse les vé­ri­fi­ca­tions. Une jour­née or­di­naire c’est au moins 40. Après, je les teste sur ma mère, une ma­niaque de jeux comme moi, ou sur ma blonde qui n’est pas du tout quiz et qui me trouve par­fois un peu fa­ti­guant. »

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