LA MA­GIE DES IMAGES

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

Il n’est pas éton­nant de consta­ter que lorsque Mar­tin Scor­sese a en­fin dé­ci­dé de faire un film pour en­fants, il l’a fait pour le seul en­fant qui l’in­té­resse vrai­ment : lui-même.

Hu­go cherche clai­re­ment à trans­mettre son propre émer­veille­ment d’en­fance, de­vant l’énorme puis­sance du film, en y al­lant de tout l’ar­se­nal mo­derne ci­né­ma­to­gra­phique, in­cluant la 3D. Qu’il soit pos­sible de trans­mettre, ain­si, cet émer­veille­ment à des jeunes qui jouent, au quo­ti­dien, à des jeux en ligne avec des gens à l’autre bout de la pla­nète, et qui consi­dèrent le cour­riel comme la ver­sion troi­sième âge de la mes­sa­ge­rie texte, voi­là une tout autre ques­tion.

Quoi qu'il en soit, si la dou­ceur du coeur et la beau­té vi­suelle ont tou­jours une va­leur mar­chande, il est cer­tain que le film Hu­go re­join­dra l’au­di­toire qu’il mé­rite.

Hu­go pré­sente son per­son­nage ti­tu­laire (le jeune Asa But­ter­field), avant qu’il ne de­vienne or­phe­lin, s’amu­sant avec des montres avec son com­plice de pa­pa (Jude Law), un homme qui s’est as­su­ré de lui pré­sen­ter la ma­gie scin­tillante des films. Son ul­time pré­sent : un au­to­mate (une sorte de ro­bot) qu’ils s’en­gagent à ré­pa­rer en­semble.

Plus tard, la réa­li­té quo­ti­dienne d’hu­go consiste à cou­vrir les ar­rières de son oncle ivre (Ray Wins­tone), en s’oc­cu­pant des hor­loges à la gare de Pa­ris. C’est là que vit Hu­go, vo­lant pour se nour­rir, tou­jours aux aguets pour ne pas être sur­pris par l’ins­pec­teur de la gare (Sa­sha Ba­ron Co­hen). L’homme porte une or­thèse à une jambe, et sa seule joie gri­sâtre est de cap­tu­rer des orphelins, pour les en­voyer dans des ins­ti­tu­tions.

C’est lors d’un de ses épi­sodes ty­piques d’une his­toire de Di­ckens qu’hu­go fait la ren­contre dé­plai­sante de Pa­pa Georges (Ben King­sley), et de sa filleule Isa­belle (Ch­loë Mo­retz), une jeune fille qui s’est fait in­ter­dire le vi­sion­ne­ment de films.

La vé­ri­té fi­nit par trans­pa­raître, avec l’aide de l’au­to­mate res­tau­ré, à sa­voir que Pa­pa Georges est en fait Mé­liès, un ma­gi­cien dont la pas­sion et le mé­tier l’ont me­né à réa­li­ser des cen­taines de mon­tages d’images oni­riques à l’écran, de la fin du 19e siècle jus­qu’à la Grande Guerre.

Se­lon les stan­dards contem­po­rains, Hu­go n’est pas un film d’en­fants rem­pli d’ac­tion (ou de fris­sons). Les quelques scènes de pour­suite sont plus drôles que me­na­çantes. Une col­li­sion de train pa­raît su­per­flue dans l’his­toire, outre que comme moyen pour mettre la 3D en évi­dence. Mal­gré ce­la, il faut dire que Mé­liès ap­prou­ve­rait de l’em­ploi de cette tech­no­lo­gie par Scor­sese. Il suf­fit de son­ger à l’ef­fet qu’il a créé avec ses hor­loges in­dus­trielles et en re­cons­ti­tuant l’en­vi­ron­ne­ment sombre et bru­meux d’une gare de train (la ma­jeure par­tie du film a été tour­née sur des pla­teaux in­croya­ble­ment dé­taillés, avec un mi­ni­mum d’ef­fets par or­di­na­teur).

Grâce à Har­ry Pot­ter, nous sa­vons main­te­nant que les en­fants ap­pré­cient la ma­gie, lorsque celle-ci pro­vient d’une ba­guette ma­gique. Hu­go de­mande, de fa­çon convain­cante, qu’ils la voient dans de simples images scin­tillantes.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.