Lais­ser une part à la lu­mière

(MFB) Del­phine de Vi­gan vou­lait que Rien ne s’op­pose à la nuit soit un livre d’apai­se­ment et qu’il laisse une part à la lu­mière. Elle sait qu’il est im­por­tant que le livre existe, mais, en même temps, est am­bi­va­lente à sa­voir si le pro­ces­sus lui a fait du

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

L’écri­vaine ne croit pas qu’ex­po­ser tout ce­la lui ait fait du bien. « C’est com­pli­qué de ré­pondre à cette ques­tion. Si on rai­sonne en termes de thé­ra­pie ou de tra­vail psy­cha­na­ly­tique, pour moi, le tra­vail a été fait avant parce que je n’au­rais pas pu écrire ce livre, en tous cas pas sous cette forme-là, si l’es­sen­tiel du tra­vail n’avait pas été fait. Je ne vou­lais pas que ce soit un livre de dé­bal­lage ni un livre de rè­gle­ment de comptes ni un livre de co­lère. Je vou­lais, au contraire, que ce soit un livre d’apai­se­ment qui laisse une part à la lu­mière, qui ne soit pas seule­ment dans l’obs­cu­ri­té. Je pense que ça a été pos­sible parce que, moi-même, je m’étais dé­jà ré­con­ci­liée avec ma propre his­toire et avec la re­la­tion que j’ai eue avec ma mère. En même temps, j’avoue que je suis très heu­reuse que ce livre existe, que cette trace existe. C’est im­por­tant pour moi, c’est im­por­tant pour mes en­fants et ça m’ap­porte quelque chose. »

« En même temps, ce qu’on dit à un psy­cha­na­lyste ou à un psychothérapeute dans son bu­reau n’a rien à voir avec ce qu’on écrit. Il y a des tas de choses que je n’ai pas écrites. Il y a un tra­vail qui est fait sur la langue, qui fi­na­le­ment im­porte presque plus que la ma­tière elle-même, ce qui n’est pas le cas dans un tra­vail thé­ra­peu­tique. »

PLACE À LA RÉA­LI­TÉ

Rien ne s’op­pose à la nuit pré­sente la réa­li­té sous une forme très so­phis­ti­quée. « Non seule­ment la pré­oc­cu­pa­tion es­thé­tique est im­por­tante, mais il y a un mo­ment où elle l’em­porte sur le reste. Même si ce ma­té­riau est très brû­lant émo­tion­nel­le­ment, c’est contre ça aus­si qu’il faut al­ler. Dans cette écri­ture, il m’est ar­ri­vé à plu­sieurs re­prises de faire le tour du pâ­té de mai­sons pour ne pas me lais­ser sub­mer­ger par l’émo­tion et pour re­trou­ver la pré­oc­cu­pa­tion es­thé­tique, alors que, quand vous êtes dans un tra­vail thé­ra­peu­tique, vous lais­sez au contraire sor­tir tout. Vous êtes au plus près de la vé­ri­té. »

PER­SON­NAGE RO­MA­NESQUE

Rien ne s’op­pose à la nuit met un peu de baume sur l’hor­reur. « Tout d’un coup, cette his­toire ne nous ap­par­tient plus. C’est ça qui est presque ma­gique aus­si: ma mère est de­ve­nue un per­son­nage ro­ma­nesque, et toute sa fa­mille aus­si. Fi­na­le­ment, ce n’est presque plus de nous dont il s’agit. Les gens pro­jettent leur propre his­toire sur tout ce­la. Le pou­voir de la lec­ture, c’est fi­na­le­ment de créer de l’iden­ti­fi­ca­tion, de l’évo­ca­tion, des images. »

En ce mo­ment, Del­phine de Vi­gan planche sur un im­por­tant pro­jet de... co­mé­die. Chan­ge­ment de re­gistre. « L’idée de pas­ser com­plè­te­ment à autre chose me plaît pas mal. C’est un scé­na­rio de co­mé­die sur le­quel je tra­vaille de­puis quelque temps et qu’il faut que je ter­mine. J’ai d’autres sol­li­ci­ta­tions pour des écri­tures ci­né­ma­to­gra­phiques, de la part de gens qui sou­hai­te­raient que je tra­vaille avec eux. Donc, je vais avoir une pe­tite an­née au moins consa­crée au ci­né­ma avant de me re­mettre à écrire un pro­chain ro­man. »

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