Hymne au hockey… en fran­çais

Sa­vant do­sage d’hu­mour, d’éner­gie et de sa­gesse, L’homme de la Sas­kat­che­wan est à l’image de Jacques Poulin, écri­vain phare de la lit­té­ra­ture qué­bé­coise. Son der­nier ro­man pro­pose une suite, 25 ans plus tard, à son livre culte, Volks­wa­gen Blues.

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Toute une vie d’écri­ture trans­pa­raît dans chaque phrase, chaque pa­ra­graphe de ce ro­man où les lec­teurs de Jacques Poulin re­trou­ve­ront avec bon­heur Jack Wa­ter­man et la Grande Sau­te­relle, cette Mon­ta­gnaise aux longues jambes qui l’ac­com­pa­gnait dans Volks­wa­gen Blues.

Dans cette nou­velle aven­ture, Jack a ac­cep­té d’écrire en nègre l’autobiographie d’un jeune gar­dien de but, Isi­dore Du­mont, né à Ba­toche, dont les an­ciens ont été li­qui­dés par l’ar­mée an­glaise à l’époque de Louis Riel. Jack dé­cide de confier le tra­vail à Fran­cis, son pe­tit frère, le lec­teur pu­blic de La tra­duc­tion est une his­toire d’amour. Sau­ra-t-il me­ner à bien sa tâche? Et qui char­me­ra la Grande Sau­te­relle?

Jacques Poulin a mis quatre ans à écrire et peau­fi­ner ce nou­vel opus qui tra­duit sa pas­sion pour le Qué­bec, la langue fran­çaise et… pour le hockey. Il cher­chait un su­jet proche de l’écri­ture, comme dans ses ro­mans pré­cé­dents, et a pen­sé cette fois au nègre en lit­té­ra­ture, ce­lui qui écrit pour un autre. Lui-même se re­trouve à la fois dans le per­son­nage de Jack, l’écri­vain, mais aus­si de Fran­cis.

« Jack, c’est un per­son­nage de mon âge, donc je suis plus près de lui. C’est aus­si un écri­vain. Nor­ma­le­ment, je se­rais plus près de Jack, mais il y a une par­tie de moi qui est res­tée très jeune, qui doit avoir l’âge de Fran­cis. Donc, je suis un peu des deux. »

QUÉ­BEC, SOURCE D’INS­PI­RA­TION

La ville de Qué­bec, dé­peinte par pe­tites touches, est une grande source d’ins­pi­ra­tion pour Jacques Poulin. « J’ap­plique un des prin­cipes d’he­ming­way, qui est d’écrire sur ce qu’on connaît le mieux, et ce qu’on connaît le mieux, c’est ce qu’il y a au­tour de soi, le plus près, les choses qu’on voit tous les jours, les rues qu’on connaît le mieux, les en­droits qu’on fré­quente. Le quar­tier que je dé­cris, c’est Saint-jean-bap­tiste à

« Très haut dans le ciel, il y avait ce qu’on ap­pelle des nuages de cha­leur. Le vieux Chop Suey, qui dor­mait comme tou­jours dans la boîte à gants, ou­vrit les yeux et sau­ta sur mes ge­noux. Il se haus­sa sur ses pattes ar­rière et re­gar­da un mo­ment dé­fi­ler le pay­sage, puis re­tour­na se cou­cher. Dans les rayons obliques du so­leil, les jambes nues de la Grande Sau­te­relle je­taient par in­ter­mit­tence des éclats de lu­mière. J’étais ébloui et, con­trai­re­ment à mon ha­bi­tude, je ne me pri­vais pas de re­gar­der; c’était plus fort que moi de toute fa­çon. Dans ma poi­trine, et un peu plus bas, je sen­tais comme une boule de cha­leur. »

— Jacques Poulin, L’homme de la Sas­kat­che­wan

Qué­bec, un en­droit que je connais, où j’ai vé­cu jus­qu’à tout der­niè­re­ment, pen­dant plu­sieurs an­nées. Je le connais as­sez pour en par­ler sans faire d’er­reur. Je me suis pro­me­né beau­coup dans les rues, je connais l’at­mo­sphère de chaque pe­tit coin où on se trouve quand on fait des pro­me­nades. »

Son écri­ture, fluide, lim­pide, chan­tante, charme à coup sûr. « Je se­rais in­ca­pable de qua­li­fier mon écri­ture, mais je peux dire que j’es­saie seule­ment d’at­teindre une so­brié­té, d’en­le­ver tout ce qui est su­per­flu, inutile, de gar­der juste l’es­sen­tiel. De ne pas lais­ser des choses qui pour­raient en­nuyer les lec­teurs. Je vou­drais que les gens aient en­vie de tour­ner les pages et de connaître la suite. »

FAN DE HOCKEY

Jacques Poulin est un fan fi­ni de hockey. Un in­con­di­tion­nel de la Sainte-fla­nelle de­puis son tout jeune âge. Pas éton­nant qu’un gar­dien de but se re­trouve dans son ro­man. « Je me sou­viens d’avoir écou­té les par­ties à la ra­dio. À cette heure-là, j’étais cou­ché, mais mon père écou­tait les matches à la ra­dio et, quand le Ca­na­dien comp­tait un but, je pou­vais me le­ver et al­ler voir ce qui se pas­sait. Je pense que le des­crip­teur des par­ties juste après la guerre s’ap­pe­lait Mi­chel Normandin. »

Le fait fran­çais dans l’ouest et toute la ques­tion des Mé­tis fas­cine l’écri­vain. « J’ai ren­con­tré M. Vau­geois à Qué­bec et je l’ai plu­sieurs fois en­ten­du dire qu’on était tous, les Qué­bé­cois en gé­né­ral, plus ou moins des mé­tis. Qu’on avait du sang in­dien, et que ça avait une im­por­tance beau­coup plus grande que ce qu’on croit d’ha­bi­tude. Cette idée a fait son che­min dans ma tête et la ques­tion de Ga­briel Du­mont et des Mé­tis au­tour de la ré­bel­lion de Louis Riel, c’est quelque chose qui m’a tou­ché quand je suis tom­bé sur un cer­tain nombre de livres, dont je parle dans L’homme de la Sas­kat

che­wan. » Jacques Poulin cher­chait une fa­çon d’in­té­grer ces in­for­ma­tions à son his­toire. C’est fi­na­le­ment par le biais du hockey qu’il a réus­si à par­ler de Ga­briel Du­mont. « Cu­rieu­se­ment, au mo­ment où je com­men­çais à par­ler de Ga­briel Du­mont, le Ca­na­dien de Mon­tréal a re­cru­té un joueur de hockey ju­nior qui s’ap­pelle Ga­briel Du­mont. C’est un drôle de ha­sard. J’ai pris ça comme un signe du ciel, comme si quel­qu’un me don­nait une tape dans le dos en me di­sant : OK, t’es sur la bonne voie, conti­nue! »

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