Grand voya­geur

(MFB) Jacques Poulin, grand voya­geur, a fait beau­coup de che­min avec des vieux Volks­wa­gen. « À l’époque, ça ne s’ap­pe­lait pas des West­fa­lia, c’était des an­ti­qui­tés, presque des ruines am­bu­lantes. »

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

« Je suis al­lé jus­qu’à Van­cou­ver, j’ai fait le tour des États-unis. Plus tard, j’ai vé­cu en France une quin­zaine d’an­nées, j’en ai ache­té un aus­si et je me suis pro­me­né en France. J’ai fait une pe­tite tour­née en Eu­rope, jus­qu’à Prague, dans le temps où c’était der­rière le ri­deau de fer.

« Aux douanes, des gens avec des Ka­lach­ni­kov nous at­ten­daient. J’avais des livres dans mon Volks. Ils ne sa­vaient pas trop s’ils de­vaient nous lais­ser pas­ser, mais ils ont pris un de mes livres, où il était ques­tion des Nor­diques et de Pe­ter Stast­ny... Ils se sont mis à ri­go­ler et ont fi­ni par me lais­ser en­trer. »

Il a fait plu­sieurs fois l’ore­gon Trail (La piste de l’oré­gon) en pre­nant des notes et en écri­vant des pe­tits bouts de ro­man tous les jours. « C’est par­mi les plus beaux sou­ve­nirs de ma vie. » Ce tra­jet de 3200 ki­lo­mètres était em­prun­té au XIXE siècle par les pionniers qui par­taient du Mis­sou­ri jus­qu’en Ore­gon, aux États-unis. Mar­chant aux cô­tés de leurs cha­riots bâ­chés, ti­rés par des boeufs, ils met­taient plu­sieurs mois pour fran­chir les Ro­cheuses et s’éta­blir sur la côte Ouest.

Comme écri­vain, tous ces voyages lui four­nissent de la ma­tière pre­mière. « J’avais plein de notes pour écrire Volks­wa­gen Blues, qui était ins­pi­ré de ce voyage sur la piste de l’oré­gon. »

ÉCRIRE DE­BOUT

Au­jourd’hui, Jacques Poulin a mis de cô­té sa vie de no­made. « À cette époque, je n’avais pas mal au dos et je pou­vais faire de longs tra­jets. Main­te­nant, c’est un peu plus dif­fi­cile. Je suis plus sé­den­taire qu’au­tre­fois. » Jack, dans le ro­man, écrit de­bout, de­vant une planche à re­pas­ser... c’est exac­te­ment ce que fait Jacques Poulin. « C’est pas tout à fait de­bout… Der­rière moi, il y a une com­mode et, sur la com­mode, il y a quelque chose pour m’ap­puyer le dos. Donc, je suis moi­tié as­sis, moi­tié de­bout, et j’ai les pieds en dia­go­nale sous la planche à re­pas­ser. C’est l’ins­tal­la­tion que j’ai trou­vée pour pou­voir tra­vailler sans avoir de dou­leurs lom­baires. »

D’ha­bi­tude, Jacques Poulin écrit à la main. En ce mo­ment, il écrit à l’or­di­na­teur pour la pre­mière fois. « Je ne sais pas pour­quoi. Je ne vois pas de dif­fé­rence parce que j’écris très, très len­te­ment… La seule chose un peu spé­ciale, c’est que l’or­di­na­teur se tanne et se met en veilleuse parce qu’il a l’air de pen­ser qu’il n’y a plus per­sonne... Je ne se­rais pas éton­né de voir sur l’écran qu’il me pose une ques­tion: est-ce que vous êtes tou­jours là? »

Un autre ro­man est dé­jà en chan­tier. De quoi se­ra-t-il ques­tion? « He­ming­way dit que c’est pas chan­ceux de ré­pondre à une ques­tion comme ça, mais je peux vous le dire quand même: c’est sur le per­son­nage qui s’ap­pelle Li­moi­lou. J’es­saie de sa­voir pour­quoi cette ado­les­cente a ten­té de se sui­ci­der et j’es­saie de lui in­ven­ter un pas­sé. » √ Jacques Poulin, né en 1938 à Saint-gé­déon-deBeauce, a re­çu en 2008 le prix Gilles-cor­beil pour l’en­semble de son oeuvre, qui com­prend Volks­wa­gen Blues, Jim­my, Les grandes ma­rées, Le vieux cha­grin et L’an­glais n’est pas une langue ma­gique.

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