Lu­mière sur l’époque des Pa­triotes

Dans sa nou­velle sa­ga, Le pays in­sou­mis, la ro­man­cière qué­bé­coise Anne-ma­rie Si­cotte, au­teure de la po­pu­laire sé­rie Les ac­cou­cheuses, ex­plore de fond en comble la pé­riode des Pa­triotes, au dé­but des an­nées 1800, alors que la ré­sis­tance s’or­ga­nise au Bas-c

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - ANNE-MA­RIE SI­COTTE

La ques­tion des Pa­triotes l’in­té­resse et l’in­trigue de­puis long­temps. « Il y avait quelque chose qui ne me com­blait pas quand j’étu­diais cette pé­riode à l’école et à l’uni­ver­si­té. Je n’étais pas sa­tis­faite de ce qu’on me di­sait des Pa­triotes pour jus­ti­fier ce qui s’est pas­sé. J’avais gar­dé un in­té­rêt et quand j’étais en train de fi­nir Les ac­cou­cheuses, un nou­veau per­son­nage de femme a pris nais­sance en moi. Ça me ten­tait d’es­sayer de re­voir cette pé­riode et de faire vivre des gens de cette époque, de la ma­nière dont moi, je les res­sen­tais », ex­plique la ro­man­cière en en­tre­vue.

Pen­dant ces an­nées tour­men­tées, Vi­ta­line Du­de­voir et son frère Gil­bert gran­dissent aux abords de la ri­vière Cham­bly. Fille d’un maître-po­tier, Vi­ta­line se pas­sionne pour son art tan­dis que son frère entre à l’ins­ti­tut sul­pi­cien de Mon­tréal. Cha­cun à leur ma­nière, ils se ré­voltent contre l’in­jus­tice et les abus.

TROIS ANS DE RE­CHERCHE

Pour écrire le pre­mier tome de la nou­velle sé­rie, Les che­va­liers de la croix, l’écri­vaine a consa­cré trois an­nées à la re­cherche, la­quelle lui ser­vi­ra tout au long des quatre tomes pré­vus dans la sé­rie. « La réa­li­té est plus par­lante que ce que moi, je pour­rais in­ven­ter. C’était plus spec­ta­cu­laire, plus éton­nant, in­tri­gant que ce que mon ima­gi­na­tion pour­rait in­ven­ter. Ça me sert que de faire beau­coup de re­cherches, parce que je trouve toutes sortes de choses non seule­ment dans les évé­ne­ments, mais aus­si dans la ma­nière de pen­ser. Ça me per­met de don­ner à mes per­son­nages la per­son­na­li­té la plus vé­ri­dique, par rap­port aux moeurs, aux cou­tumes, à la culture am­biante. »

Dans le ro­man, le fond his­to­rique est réel et toute une ga­le­rie de per­son­nages gra­vitent au­tour de la fa­mille de Vi­ta­line et Gil­bert. Anne-ma­rie Si­cotte souhaitait an­crer ce ré­cit dans un mi­lieu d’ar­ti­sans. « Je ne vou­lais pas que ce soit des bour­geois ou des gens plus proches du pou­voir parce que je vou­lais com­prendre comment le peuple, en gé­né­ral, était in­sa­tis­fait de la si­tua­tion. »

Plu­sieurs faits ont fait sour­ciller la ro­man­cière, au fil de ses re­cherches. « J’ai re­gar­dé ce que les his­to­riens avaient fait mais j’ai dé­ci­dé as­sez ra­pi­de­ment d’al­ler voir ce que les Pa­triotes eux-mêmes avaient écrit. Ils ont lais­sé des di­zaines de mil­liers de pages de cor­res­pon­dance. Les jour­naux d’époque sont aus­si une mine d’or. J’ai été es­to­ma­quée par le por­trait de cette époque. C’était une en­tre­prise concer­tée de ra­bais­ser ce qu’on ap­pe­lait à l’époque les En­fants du sol — les Ca­na­diens de souche fran­çaise, et ceux qui par­ta­geaient les mêmes va­leurs et qui s’amal­ga­maient à cette na­tion de base. J’ai été sur­prise et cho­quée de voir le ra­cisme am­biant. »

GRA­TIEN GÉ­LI­NAS

Pe­tite-fille de l’homme de théâtre Gra­tien Gé­li­nas, Anne-ma­rie Si­cotte pense que son ima­gi­naire a dû l’ins­pi­rer. « J’ai tou­jours ai­mé les per­son­nages qu’il créait, qui n’étaient pas des bour­geois, mais des per­son­nages de la rue, des per­son­nages po­pu­laires, comme il avait connus dans sa jeu­nesse, lui qui avait vé­cu une vie de quar­tier as­sez pauvre de Mon­tréal. Son hu­mour m’a al­lu­mée beau­coup — pro­ba­ble­ment que j’en ai un peu dans ma ma­nière de créer. »

« Dès que son père rouvre l’ate­lier, Vi­ta­line se sent comme un pois­son en­fin li­bé­ré de sa pri­son de frette. Elle fré­tille de par­tout, elle a en­vie de sau­ter dans les bras de n’im­porte qui, de ga­lo­per aux alen­tours de la mai­son! C’en est qua­si­ment épeu­rant. La moindre ca­resse lui donne la chair de poule, et la moindre émo­tion me­nace de gon­fler au point de de­ve­nir in­con­trô­lable! Alors, elle plonge dans son mé­tier d’as­sis­tante-po­tière comme si son sa­lut s’y trou­vait. »

— Anne-ma­rie Si­cotte, Le pays in­sou­mis T. 1 Les che­va­liers de la croix

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