Un Tro­glo­dyte fa­mi­lier trouve un lo­gis qué­bé­cois insolite

Le Journal de Quebec - Weekend - - TOURISME - Jean Lé­veillé Col­la­bo­ra­tion spé­ciale jle­veille@jour­nalmtl.com

À l’ex­tré­mi­té d’un lo­pin de terre dans un rang re­cu­lé de la cam­pagne qué­bé­coise, une clô­ture de cèdre en­va­hie de­puis des an­nées par des mousses ac­com­pagne une char­rette dé­fraî­chie. Se­lon les sai­sons, le si­lence s’in­ter­rompt du chant des grillons, des sau­te­relles, des gre­nouilles d’un étang voi­sin ou des sif­fle­ments du vent.

Puis, un ma­tin de prin­temps, une voix char­mante, puis­sante, a en­tre­pris de ré­pé­ter quelques vo­ca­lises nou­velles. L’au­teur, res­sem­blant à un moi­neau, bien qu’un peu plus tra­pu, avait un long bec re­cour­bé et il re­dres­sait fré­quem­ment sa queue. Ses par­ties su­pé­rieures brunes tran­chaient avec les plus in­fé­rieures blan­châtres.

UN TER­RI­TOIRE FA­ROU­CHE­MENT DÉ­FEN­DU

Dès les pre­mières notes, on pou­vait re­con­naître un tro­glo­dyte fa­mi­lier mâle. Cet oi­seau fa­rou­che­ment ter­ri­to­rial adop­tait, à l’ap­proche du moindre in­trus, une po­si­tion in­ti­mi­dante. Il s’ac­crou­pis­sait en lais­sant ba­lan­cer les ailes, il hé­ris­sait les plumes du dos et il ra­bais­sait sa queue pour l’éta­ler en forme d’éven­tail. Si l’ef­fron­té in­sis­tait, il le pour­chas­sait jus­qu’à ce qu’il quitte dé­fi­ni­ti­ve­ment son do­maine.

Et il sem­blait ap­pré­cier cet en­droit en rai­son d’une vieille char­rette dont le man­chon cor­res­pon­dait aux ca­vi­tés ha­bi­tuel­le­ment re­cher­chées par l’es­pèce. Après s’être as­su­ré de la sé­cu­ri­té de l’en­droit, il s’est pré­sen­té au-des­sus de l’em­bra­sure pour épier tout mou­ve­ment ou bruit sus­pect. La voie étant libre, il s’y est en­gouf­fré pour en res­sor­tir ra­pi­de­ment et pro­cla­mer sa joie d’avoir dé­cou­vert un re­fuge aus­si ori­gi­nal. Se­lon les ha­bi­tudes des tro­glo­dytes, pour mieux dé­jouer les chats ru­sés, les écu­reuils fu­tés ou pour pré­ve­nir tout re­jet des lieux par sa fu­ture com­pagne, il s’est em­pres­sé d’ac­cu­mu­ler toutes sortes d’ob­jets hé­té­ro­clites.

Bien­tôt le long man­chon de la char­rette s’est en­com­bré d’une foule de ma­té­riaux pro­tec­teurs que seules sa taille fine et celle de cha­cun des six à huit re­je­tons de cha­cune de ses deux cou­vées de la sai­son pou­vaient fran­chir sans dif­fi­cul­té.

SA VE­NUE N’EST PAS TOU­JOURS AP­PRÉ­CIÉE

À l’ar­ri­vée des fe­melles, il a mul­ti­plié les stra­ta­gèmes pour faire vi­si­ter son pa­lace à celle qu’il pré­fé­rait. Bien­tôt, le mâle et la fe­melle se sont re­layés pour nour­rir les oi­sillons de pe­tits in­sectes. De l’aube au cré­pus­cule re­ten­tis­saient les jo­lies cas­cades de leur chant as­sez so­nore pour de si pe­tits oi­seaux.

Mais ces vi­si­teurs ne sont pas tou­jours ap­pré­ciés en rai­son de leur fâ­cheuse ha­bi­tude d’oc­cu­per les nids des voi­sins, y com­pris ceux de leur propre es­pèce, ou pour ra­va­ger leurs construc­tions et même tuer leurs oc­cu­pants. Ils sont par­ti­cu­liè­re­ment re­dou­tés du fra­gile et me­na­cé merle bleu de l’est.

Mais l’été s’est bien dé­rou­lé dans cette par­celle de terre ou­bliée. Là, une char­rette d’une autre époque en­va­hie par la rouille et me­na­cée par des an­nées d’ou­bli a sou­dai­ne­ment re­trou­vé une vie et en­chan­té quelques heu­reux ob­ser­va­teurs…

www.jean­le­veille.com

La vieille char­rette. PHO­TO COL­LA­BO­RA­TION SPÉ­CIALE | JEAN LÉ­VEILLÉ

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.