WEE­KEND TOUT SUR LE SE­CRET DE LA LI­CORNE

Le Tin­tin de Spiel­berg

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Maxime De­mers

PA­RIS | Quelques mois avant sa mort, le créa­teur de Tin­tin, Her­gé, avait ma­ni­fes­té le sou­hait de voir le ci­néaste amé­ri­cain Ste­ven Spiel­berg adap­ter son oeuvre au grand écran. Trente ans plus tard, ce rêve est fi­na­le­ment réa­li­sé.

Créé en 1929 sous le crayon de Her­gé, le cé­lèbre re­por­ter belge à la houp­pette renaît donc au grand écran (et en 3D), sous la ca­mé­ra du ré­pu­té réa­li­sa­teur de E.T. et In­dia­na Jones. Film évé­ne­ment at­ten­du de­puis des an­nées, Les aven­tures de

Tin­tin : le se­cret de la Li­corne ar­rive en­fin sur nos écrans ven­dre­di, après avoir fait un ta­bac sur les écrans eu­ro­péens (plus de 200 mil­lions de dol­lars de re­cettes à ce jour).

Il faut re­mon­ter à une tren­taine d’an­nées pour com­prendre la genèse de ce film qui a né­ces­si­té près de quatre ans de tra­vail. En 1982, Spiel­berg ve­nait de sor­tir Les

aven­tu­riers de l’arche per­due, le pre­mier vo­let des aven­tures de son hé­ros ar­chéo­logue In­dia­na Jones. Dans les cri­tiques du film pa­rues en France, plu­sieurs jour­na­listes avaient éta­bli des com­pa­rai­sons avec le cé­lèbre per­son­nage de Her­gé

In­tri­gué, le ci­néaste amé­ri­cain met la main quelques mois plus tard sur un al­bum de Tin­tin. Il est im­mé­dia­te­ment sé­duit.

« Tin­tin fait par­tie de ma vie de­puis que je l’ai dé­cou­vert pour la pre­mière fois il y 28 ans, ra­con­tait Spiel­berg en oc­tobre der­nier lors d’une ren­contre de presse à Pa­ris.

« J’ai tout de suite ado­ré ses aven­tures, l’uni­vers et les des­sins de Her­gé, ce mé­lange de co­mé­die et d’ac­tion. Lire Tin­tin, c’est comme re­gar­der un film. Her­gé était comme un ci­néaste. Ses livres sont comme des sto­ry-boards. »

LA REN­CONTRE

À la même pé­riode ou Spiel­berg dé­cou­vrait Tin­tin, le créa­teur du per­son­nage, Her­gé, tom­bait sous le charme d’in­dia­na

Jones. Lors d’une dis­cus­sion au té­lé­phone, le bé­déiste belge au­rait même dit à Spiel­berg qu’il était la seule per­sonne ca­pable d’adap­ter Tin­tin au grand écran. Les deux ar­tistes avaient aus­si pré­vu de se ren­con­trer mais Her­gé est fi­na­le­ment dé­cé­dé quelques se­maines plus tard, en mars 1983.

Spiel­berg avait en­tre­temps dé­jà ac­quis les droits d’adap­ta­tion de Tin­tin et com­men­cé à tra­vailler sur un scé­na­rio. Pour le gui­der, la femme de Her­gé l’avait même in­vi­té à vi­si­ter l’ate­lier de tra­vail de son dé­funt ma­ri.

Mais après quelques ébauches de scé­na­rios qui ne l’ont pas convain­cu, le ci­néaste amé­ri­cain a fi­na­le­ment mis le pro­jet de cô­té pour se concen­trer sur d’autres films.

Au cours des deux dé­cen­nies qui ont sui­vi, d’autres réa­li­sa­teurs ré­pu­tés, comme Jean-pierre Jeu­net et Ja­co Van Dor­mael, ont ten­té à leur tour d’adap­ter l’oeuvre de Her­gé au ci­né­ma mais au­cun de ces pro­jets n’a vu le jour.

RES­PECT

Puis, Spiel­berg est re­ve­nu à la charge il y a quelques an­nées, convain­cu que les avan­ce­ments de la tech­no­lo­gie nu­mé­rique lui per­met­traient de réa­li­ser un film qui res­pec­te­rait l’oeuvre de Her­gé.

« C’était un sou­ci constant tout au long du pro­ces­sus de créa­tion du film de res­ter le plus fi­dèle pos­sible aux per­son­na- ges et à l’uni­vers de Her­gé, in­siste Spiel­berg. « Vous ne pou­vez pas sa­voir à quel point le nom « Her­gé » a été men­tion­né sou­vent pen­dant qu’on tra­vaillait sur le film. On se de­man­dait tou­jours si Her­gé au­rait ai­mé ceci ou ce­la. Si ce n’était pas dans les al­bums de Tin­tin, on ne le met­tait pas dans le film » Même s’il est im­mé­dia­te­ment tom­bé en amour avec le per­son­nage de Tin­tin, Ste­ven Spiel­berg n’a ja­mais rê­vé de de­ve­nir un jour­na­liste comme lui. Le seul lien qu’il dit en­tre­te­nir avec le hé­ros de Her­gé, c’est que, comme lui, il est « tou­jours à la re­cherche de bonnes his­toires à ra­con­ter ». Il ad­met tou­te­fois avoir beau­coup d’ad­mi­ra­tion pour le mé­tier de re­por­ter. « Le monde a be­soin de jour­na­listes, lance Spiel­berg sans hé­si­ter. Les jour­na­listes ont d’ailleurs fait un tra­vail in­croyable cette an­née. Ils ont ris­qué leur vie en al­lant cou­vrir le prin­temps arabe, dans des condi­tions sou­vent très dan­ge­reuses. Grâce à eux, on a pu suivre tout ce qui s’est pas­sé cette an­née en Égypte, au Yé­men, en Sy­rie, en Li­bye. Ç’a été, se­lon moi, une an­née ex­tra­or­di­naire pour les jour­na­listes. » √ Les aven­tures de Tin­tin : le se­cret de la Li­corne sort en salles au Qué­bec ven­dre­di.

Ste­ven Spiel­berg

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