Sha­nia Twain fait la paix avec son pas­sé

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Cé­dric Bé­lan­ger CE­DRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

Il y avait l’image que nous ren­voyait la té­lé. Sha­nia Twain, la (très) belle chan­teuse coun­try is­sue d’une pe­tite ville du nord de l’on­ta­rio, qui en­file les suc­cès, em­pile les mil­lions de dol­lars et dont la vie semble te­nir du conte de fées. Mais il y avait aus­si ce que tous igno­rait : une en­fance sor­dide au sein d’une fa­mille dys­fonc­tion­nelle mar­quée par la pau­vre­té, la faim, la vio­lence et les abus sexuels.

Sans cen­sure, Eilleen Twain (son vé­ri­table nom) lève le voile sur cette jeu­nesse presque trop macabre pour être vraie dans son autobiographie D’hier à de­main (pa­rue en oc­tobre), ver­sion fran­çaise de From This

Mo­ment On. « Je n’ai pas été pri­vi­lé­giée dans ma jeu­nesse », a ré­su­mé Sha­nia Twain qui a ré­cem­ment fait un brin de cau­sette avec Le

Jour­nal de Qué­bec, en fran­çais s’il vous plaît, de­puis sa ré­si­dence aux Ba­ha­mas.

À lire sur les condi­tions de vie in­sa­lubres de la fa­mille Twain (ab­sences de chauf­fage et de nour­ri­ture chro­niques), les san­glantes ra­clées qu’in­fli­geait son père adop­tif à sa mère, les attouchements dont elle a été vic­time et du rôle de sou­tien de fa­mille dont elle a hé­ri­té à 22 ans après le dé­cès tra­gique de ses pa­rents, on se dit que sa car­rière in­ter­na­tio­nale tient du mi­racle. Une opi­nion que par­tage Sha­nia Twain, qui en est ar­ri­vée au même constat en ré­di­geant son livre.

« C’est en­core plus cho­quant quand on voit comment j’ai com­men­cé ma vie et qu’on com­pare avec où je suis main­te­nant. Pour moi, ce fut la même ex­pé­rience quand j’ai écrit mon his­toire. J’ai re­vi­si­té ma vie constam­ment pen­dant un an et c’est pen­dant cette pé­riode que j’ai réa­li­sé les ex­trêmes entre les dé­buts et main­te­nant. »

LE PAR­DON

Ce qui étonne à la lec­ture de son bou­quin, c’est à quel point Sha­nia Twain a fait la paix avec son pas­sé. Sa plume éva­cue la ran­coeur au pro­fit du par­don et de la com­pré­hen­sion en­vers ses pa­rents.

« Je pense que tout ar­rive pour une rai­son. Je l’ac­cepte. Même pen­dant ma jeu­nesse, j’ai com­pris que ce n’était pas leur faute. Je n’ai­mais pas ce que je vi­vais mais je n’étais fâ­chée contre eux. Je crois que j’avais la ma­tu­ri­té pour ça. Je suis re­con­nais­sante de ne pas avoir à por­ter cette co­lère toute ma vie. Je pense en­core à mes pa­rents tous les jours. Ils me manquent », dit Twain, qui a choi­si de tout ré­vé­ler d’abord et avant tout pour le bé­né­fice de son fils Eja, dix ans.

« C’était dif­fi­cile, mais c’est une bonne édu­ca­tion pour lui. Même si on a des mo­ments dif­fi­ciles ou tristes, on peut réus­sir sa vie. »

LA TRA­HI­SON

Sauf que le suc­cès ob­te­nu dans sa car­rière mu­si­cale n’al­lait pas im­mu­ni­ser Sha­nia Twain contre les coups durs. Les larmes ont jailli de nou­veau, il y a trois ans, quand son ma­ri l’a quit­tée pour les bras de sa meilleure amie en Suisse, Ma­rie-anne. Dé­vas­tée par ce qu’elle qua­li­fie de tra­hi­son, Sha­nia Twain a mis des mois à s’en re­mettre. Douce iro­nie, c’est dans les bras de Fred, l’ex de Ma­rie-anne, qu’elle a re­trou­vé l’amour.

Ce dou­lou­reux épi­sode est re­la­té de fa­çon dé­taillée dans l’ou­vrage. Au point où Sha­nia Twain a même re­pro­duit des cour­riels échan­gés entre les pro­ta­go­nistes. Mal­gré tout, son ex-ma­ri ne lui a pas te­nu ri­gueur d’avoir tout dé­bal­lé en pu­blic, af­firme-t-elle.

« C’était clair pour lui que je ne le fai­sais pas par sen­sa­tion­na­lisme. Pour moi, le but était de dé­crire ce qui était ar­ri­vé le plus cor­rec­te­ment et com­plè­te­ment pos­sible. Mais j’ai fait at­ten­tion aux émo­tions des autres. Pour y ar­ri­ver, je m’en suis te­nue aux faits. Il n’a rien dit. Il a res­pec­té ce que je vou­lais faire. »

CAP SUR LAS VE­GAS

Main­te­nant que tout ceci est der­rière elle, Sha­nia Twain re­lance sa car­rière, qu’elle avait mise en veilleuse de­puis la fin de la tour­née

Up, au mi­lieu des an­nées 2000. Après avoir lan­cé la pièce To­day is Your Day, l’été der­nier, elle a com­men­cé à écrire des chan­sons pour un nou­vel al­bum, qu’elle ne sait pas en­core quand elle en­re­gis­tre­ra, et planche sur le spec­tacle qu’elle pré­sen­te­ra pen­dant deux ans, au Cea­sar’s Pa­lace de Las Ve­gas, à comp­ter de dé­cembre 2012.

Avec la pré­sence de Cé­line Dion au Co­los­seum, c’est donc dire que deux des spec­tacles ma­jeurs dans la ca­pi­tale du jeu met­tront en ve­dette des Ca­na­diennes.

« Ce sont les Ca­na­diens qui do­minent Ve­gas, s’es­claffe Twain. Le Cirque du So­leil y fait aus­si beau­coup de choses. Je suis vrai­ment fière de ça. J’ai aus­si fait une chan­son avec Mi­chael Bu­blé pour son al­bum de Noël. Da­vid Fos­ter a fait To­day is Your Day. C’est sym­pa et c’est ex­tra­or­di­naire pour la po­pu­la­tion du Ca­na­da. Ce sont des suc­cès énormes. »

Si elle re­monte sur scène, c’est d’abord pour ses fans qu’elle le fait mais aus­si pour que son fils la voie chan­ter. « Il m’a vue mais il était trop jeune. Il a dix ans main­te­nant et c’est donc par­fait. C’est une par­tie de notre vie qu’il n’a pas connue. »

« Je n’ai pas été pri­vi­lé­giée dans ma jeu­nesse »

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