Tant que le pu­blic me veut je se­rai sur scène

À 87 ans, un nou­veau livre, des spec­tacles et pro­jets

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - -Charles Az­na­vour

MON­TRÉAL | Charles Az­na­vour n’a pas fi­ni de nous éton­ner. À 87 ans, en pleine tour­née de spec­tacles qui le mène par­tout en France, il lance un nou­veau livre bio­gra­phique de pho­tos qui re­late sa car­rière im­mense et sa vie d’homme.

Avec ta­lent et sim­pli­ci­té, Charles Az­na­vour ra­conte dans ce livre, l’homme qu’il est dans la vie, il ex­plique l’idée qu’il se fait de son mé­tier et met tou­jours à l’hon­neur sa fa­mille et ses amis dans cette ma­gni­fique bio­gra­phie illus­trée, in­ti­tu­lée Az­na­vour en haut de l’af­fiche.

En en­tre­vue de Pa­ris, il nous ex­plique en toute fran­chise comment le pro­jet s’est concré­ti­sé.

« Je leur ai don­né une caisse de pho­to et je leur ai dit de se dé­brouiller seuls, dit-il. Moi, je fais les choses vite et du mieux pos­sible. Mais quand je ne sais pas faire quelque chose, je ne m’y at­telle pas. Je n’au­rais pas su choi­sir moi-même ces pho­tos. Alors j’ai lais­sé la tâche à d’autres. »

Au fil des pages, on dé­couvre Charles Az­na­vour au­près de ses proches, ses en­fants, les femmes qu’il a épou­sées. On le voit aus­si dans toutes les sphères de sa car­rière : sur scène, au ci­né­ma et même der­rière la ca­mé­ra, lui qui est aus­si pho­to­graphe.

« Je fais de la pho­to de­puis l’âge de 10 ou 11 ans, nous confie-t-il. J’ai fait des mil­liers de pho­tos qui n’ont pas été dé­ve­lop­pées. J’ai tou­jours un ap­pa­reil avec moi. Je pense que la pho­to est ce qu’il y a de plus proche de la chan­son, parce qu’elle sai­sit un mo­ment de vie – ce que je veux dire. J’ai l’im­pres­sion que c’est le même mé­tier en ap­puyant sur un bou­ton d’ap­pa­reil pho­to qu’en pre­nant ma plume pour écrire une chan­son. »

LES AMIS, LA FA­MILLE

Ce livre réunit plu­sieurs textes de l’au­teur­com­po­si­teur, mais sur­tout plus de 350 images, dont cer­taines sont in­édites – quel­que­sunes su­perbes, de fa­mille. On y voit aus­si les amis, des gens cé­lèbres tels Ja­ckie Ken­ne­dy, Frank Si­na­tra, Bill Clin­ton et aus­si quelques Qué­bé­cois, dont Ro­bert Charlebois et Lyn­da Lemay, à qui il a don­né un grand coup de main pour sa car­rière en France.

« Au cours de ma vie, j’ai eu le temps d’ai­mer beau­coup de gens, com­mente le chan­teur et j’ai fait de bien belles ren­contres, des ren­contres rares.

Ro­bert Charlebois, je le connais de­puis long­temps, et Lyn­da Lemay, j’ai été le pre­mier à voir son ta­lent avant qu’il ne de­vien- ne un suc­cès, alors que les gens du mé­tier, à l’in­verse, re­gardent le suc­cès avant le ta­lent. »

Ses pho­tos de fa­mille, dont cer­taines très vieilles, sont de loin les plus pré­cieuses. Charles Az­na­vour, qui vient d’une fa­mille de peu de gens, des Ar­mé­niens, un peuple vic­time d’un gé­no­cide, les garde sur son coeur.

« Nous n’étions que quatre, dans la fa­mille : mon père, ma mère, ma soeur et moi. On a don­né un grand coup de main pour agran­dir cette fa­mille, dé­clare-t-il, lui qui est grand-pa­pa « seule­ment » trois fois.

J’es­père qu’on se­ra en­core plus nom­breux bien­tôt. Avec ma pe­tite-fille qui se ma­rie au mois d’août, je se­rai le pre­mier ar­riè­re­grand-père de ce mé­tier en France.

Ils ont tous ar­rê­té avant. Moi j’ai l’im­pres­sion de conti­nuer. »

PLUS SAU­TER BIEN HAUT

L’im­pres­sion est jus­ti­fiée. Mon­sieur Az­na­vour ne lâche pas et monte sur scène soir après soir pour chan­ter. Par­fois, il le fait même à perte, dans des pe­tits théâtres, juste pour faire plai­sir.

Sur scène, Charles Az­na­vour mal­gré ses 87 ans est tou­jours in­tense et dy­na­mique. Il y va en­core de quelques pas de danse.

« Di­sons que je danse un peu moins, dit-il en riant. Je n’ai plus l’âge de sau­ter trop haut. Mais je m’aper­çois, au fil des jours, que je suis le plus vieux du mé­tier à l’heure ac­tuelle et en­core le plus agile. »

Cer­tains mé­dias ont dé­jà pré­ten­du que Charles Az­na­vour ces­se­rait de chan­ter dans un ave­nir rap­pro­ché. Il s’en dé­fend bien.

« Je n’ar­rête rien du tout, dit-il avec fer­me­té. C’est la presse qui ra­conte n’im­porte quoi. Moi, je n’ar­rête rien du tout, tant que le pu­blic me veut. Tant que je suis ca­pable, tant que la voix tient et que je pour­rai bien faire mon tra­vail, je se­rai sur scène. »

En re­vanche, je re­fuse tous les films qu’on m’ap­porte, pré­cise-t-il. Je ne veux pas faire un film pour faire un film. J’en ai fait plus de 70. Si on me pré­sen­tait quelque chose d’ex­tra­or­di­naire, je le fe­rais. Mais si c’est pour jouer un rôle de plus, pas la peine. Le ci­né­ma n’est pas tou­jours neuf. Alors que la chan­son, elle est tou­jours neuve. »

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