Je­sui­sun ci­néaste com­meu­nautre

— Ste­ven Spiel­berg

Le Journal de Quebec - Weekend - - NEWS - Maxime De­mers

TIN­TIN AUX ÉTATS-UNITS

Dé­jà très cé­lèbre en Eu­rope et dans l’en­semble de la fran­co­pho­nie, Tin­tin est en­core très peu connu aux États-unis et au Ca­na­da an­glais. Le film de Spiel­berg lui ou­vri­ra-t-il la porte du mar­ché nor­da­mé­ri­cain ? Le ci­néaste l’es­père.

« Je ne crois pas qu’il faille avoir 200 mil­lions de livres ven­dus pour qu’un film ait une rai­son d’exis­ter aux États-unis, ana­lyse-t-il. Le pu­blic amé­ri­cain ver­ra Tin­tin comme un nou­veau film d’ani­ma­tion, comme il a dé­cou­vert il y a quelques an­nées Toy

Sto­ry ou Up. Ils pour­ront le voir comme un nou­veau film fa­mi­lial.

« D’ailleurs, un de mes grands sou­haits avec ce film est que les gens qui ne connaissent pas Tin­tin aient en­vie d’en sa­voir plus sur lui et de l’in­té­grer à leur vie. Je sou­haite aus­si que ceux qui le connaissent dé­jà re­trouvent le Tin­tin qu’ils aiment dans le film et qu’ils trou­ve­ront fi­dèle au per­son­nage créé par le grand Her­gé. »

TIN­TIN ET LE QUÉ­BEC

L’his­toire d’amour entre Tin­tin et le Qué­bec dure de­puis long­temps. Lors de sa pre­mière vi­site au Qué­bec, en 1965, Her­gé avait même été éton­né d’être ac­cueilli par des mil­liers d’ad­mi­ra­teurs. Un livre écrit par le bé­déiste Tris­tan De­mers, Tin­tin et le Qué­bec : Her­gé et son oeuvre au coeur de la Ré­vo­lu

tion tran­quille, évoque d’ailleurs ce pre­mier pé­riple qué­bé­cois du créa­teur de Tin­tin.

C’est aus­si parce que le jeune re­por­ter à la houp­pette est dé­jà très po­pu­laire dans la Belle Pro­vince que Ste­ven Spiel­berg et sa pro­duc­trice Kathleen Ken­ne­dy ont vou­lu l’of­frir aux Qué­bé­cois avant le reste de l’amé­rique du Nord. Les aven­tures de Tin

tin : le se­cret de la Li­corne prend donc l’af­fiche sur nos écrans une di­zaine de jours avant la sor­tie aux États-unis et dans le reste du Ca­na­da.

LA TECH­NO­LO­GIE AU SER­VICE DE L'HIS­TOIRE

Les aven­tures de Tin­tin : le Se­cret de la Li­corne a été en­tiè­re­ment tour­né en « per­for­mance cap­ture », cette tech­nique qui consiste à fil­mer de vraies per­for­mances d’ac­teurs pour en­suite tout re­des­si­ner les per­son­nages et le film en images de syn­thèses

et ani­ma­tion 3D. Des films comme Avatar et La

mon­tée de la pla­nète des singes ont éga­le­ment été conçus de cette ma­nière.

« Tout a été créé de fa­çon di­gi­tale, ex­pli­quait le concep­teur des ef­fets vi­suels, Joe Let­te­ri (qui avait fait le même bou­lot pour Avatar). Nous avons dé­ci­dé de tra­vailler ain­si pour res­ter le plus fi­dèles pos­sible aux des­sins d’her­gé. »

« C’était la seule fa­çon d’adap­ter Tin­tin en res­pec­tant to­ta­le­ment les per­son­nages et l’uni­vers gra­phique d’her­gé, ajoute Spiel­berg. Les per­son­nages d’her­gé n’ont pas l’air de vrais hu­mains. Leurs traits sont gros­sis, ca­ri­ca­tu­rés. Il au­rait été étrange de les re­pré­sen­ter à l’écran avec de vrais vi­sages d’ac­teurs. »

L'UTI­LI­SA­TION DU 3D

Avec Tin­tin, Spiel­berg ex­plore pour la pre­mière fois la tech­no­lo­gie du 3D. Épau­lé par Pe­ter Jack­son et le concep­teur d’ef­fets vi­suels Joe Let­te­ri, le cé­lèbre ci­néaste a pré­fé­ré ne pas abu­ser de la tech­nique.

« Le vrai chal­lenge du film n’était pas le 3D, sou­ligne le réa­li­sa­teur qui avoue ne même pas en­core être équi­pé d’une té­lé­vi­sion 3D.

« Le chal­lenge était de tra­vailler avec Joe sur la « per­for­mance cap­ture » en es­sayant d’ob­te­nir des ex­pres­sions hu­maines au­then­tiques peut-être pour la pre­mière fois avec ce mé­dia. Le 3D était plu­tôt simple. Nous ne vou­lions pas du 3D avec des ob­jets qui ar­rivent au vi­sage du spec­ta­teur. Nous vou­lions du 3D qui s’in­tègre à l’his­toire sans être la ve­dette du film. »

L'AP­PORT DE PE­TER JACK­SON

Outre Spiel­berg, un autre ci­néaste de re­nom se cache der­rière le film Les aven­tures de Tin­tin : le se­cret de la Li­corne : Pe­ter Jack­son. Le réa­li­sa­teur de la tri­lo­gie du Sei­gneur des An­neaux et du ré­cent re­make de King Kong a tra­vaillé sur le film à titre de pro­duc­teur. Mais dans les faits, Jack­son, lui aus­si un grand fan de Tin­tin, a été le com­plice ar­tis­tique de Spiel­berg. C’est par le biais de la com­pa­gnie d’ef­fets vi­suels de Jack­son, ba­sée en Nou­vel­leZé­lande, We­ta, que l’uni­vers et les per­son­nages du film ont été conçus par or­di­na­teur. We­ta avait éga­le­ment dé­jà col­la­bo­ré avec James Ca­me­ron pour la créa­tion d’avatar.

DE VRAIS AC­TEURS

L’uni­vers gra­phique du film a beau avoir été en­tiè­re­ment créé par or­di­na­teur, ce sont de vrais ac­teurs qui se cachent der­rière les per­son­nages qui évo­luent à l’écran. Le jeune ac­teur bri­tan­nique, Ja­mie Bell, a donc eu la mis­sion de don­ner vie au cé­lèbre re­por­ter belge tan­dis que An­dy Ser­kis s’est glis­sé dans la peau du ca­pi

taine Had­dock. Le reste de la dis­tri­bu­tion est com­plé­té par Da­niel Craig ( Sa­kha­rine), Gad El­ma­leh ( Omar Ben Sa­laad), Si­mon Pegg et Nick Frost ( Du­pond et Du­pont).

Et le pro­fes­seur Tour­ne­sol ? Il est absent de ce pre­mier film parce que Spiel­berg n’a pas réus­si à lui trou­ver un rôle à sa me­sure. Mais le ci­néaste a

te­nu à ras­su­rer les lec­teurs : Tour­ne­sol se­ra du prochain film (s’il y en a un).

ET LA SUITE?

Les suc­cès phé­no­mé­naux du pre­mier film Tin­tin au box-of­fice eu­ro­péen laissent pré­sa­ger qu’il y au­ra bien un se­cond vo­let à ce pro­jet an­non­cé dès le dé­part comme une pos­sible tri­lo­gie. Pe­ter Jack­son a dé­jà confir­mé qu’il se­rait aux com­mandes du se­cond long mé­trage, qui de­vrait être adap­té des al

bums Les Sept boules de Cris­tal et du Temple du So­leil.

Le pre­mier film a été réa­li­sé sur une pé­riode de trois ans et de­mi. Fau­drait-il at­tendre aus­si long­temps avant d’en voir un se­cond ar­ri­ver sur nos écrans ?

« Le prochain, s’il y en a un, ne se­ra pas aus­si long à réa­li­ser, car les per­son­nages sont dé­jà créés, ex­plique Spiel­berg. Il nous a fal­lu un an pour créer par or­di­na­teur les per­son­nages de Tin­tin et du ca

pi­taine Had­dock. Même chose pour Milou, Du­pont et Du­pond. Comme le scé­na­rio est dé­jà écrit, le film de­vrait nous prendre deux ans à réa­li­ser. »

√ Les aven­tures de Tin­tin : le se­cret de la Li­corne

prend l’af­fiche ven­dre­di.

PA­RIS | Son in­sé­pa­rable cas­quette vis­sée sur la tête, Ste­ven Spiel­berg entre dans la salle en ser­rant la main des huit jour­na­listes qui l’at­ten­daient et en s’in­for­mant de la pro­ve­nance de cha­cun d’eux. En en­ten­dant le mot « Mont­réal », son vi­sage s’illu­mine d’un large sou­rire…

« Ah, Mont­réal… J’adore Mont­réal ! Vous sa­vez que j’y ai man­gé un des meilleurs dé­jeu­ners de ma vie !, lance le cé­lèbre réa­li­sa­teur, sans tou­te­fois réus­sir à se sou­ve­nir du nom du res­tau­rant en ques­tion.

« J’ai eu beau­coup de plai­sir à tour­ner au Qué­bec il y a quelques an­nées (en 2002 pour Catch Me If You Can et en 2003 pour The Ter­mi­nal) et j’ai­me­rais bien re­tour­ner y tra­vailler à nou­veau un jour. » Comme par ha­sard, on ap­pren­dra, deux se­maines plus tard, que le réa­li­sa­teur des In­dia­na Jones et de E.T. re­vien­dra tour­ner son prochain film de science-fic­tion, Ro­bo­po­ca­lypse, dans la mé­tro­pole qué­bé­coise à l’été 2012…

Après avoir ou­vert cette courte pa­ren­thèse sur Mont­réal, le lé­gen­daire ci­néaste s’est en­tre­te­nu avec nous sur son adap­ta­tion de Tin­tin au cinéma, mais aus­si sur sa car­rière et sa vie en gé­né­ral. En voi­ci quelques ex­traits :

SUR L’EU­ROPE OÙ IL A TOUR­NÉ CER­TAINS DE SES RÉ­CENTS FILMS ( WAR

HORSE, MU­NICH…) SUR L’IM­POR­TANCE DE LA MU­SIQUE DANS SES FILMS

« J’adore l’eu­rope ! J’aime le fait qu’on puisse chan­ger de pays, de culture et de langue, en par­cou­rant seule­ment quelques ki­lo­mètres. Tout est tel­le­ment plus éclec­tique ici. J’aime aus­si le fait qu’il y a plus de pos­si­bi­li­tés de trou­ver des his­toires en Eu­rope. L’his­toire de l’eu­rope est tel­le­ment riche. »

« Mon rêve, à part d’être ci­néaste, a tou­jours été de de­ve­nir un com­po­si­teur de films. Comme vous le sa­vez, j’aime énor­mé­ment John Williams et la mu­sique qu’il écrit pour le cinéma. Avant même de de­ve­nir réa­li­sa­teur, j’avais une énorme col­lec­tion de mu­sique de film. Ma mère est pia­niste, donc il y a tou­jours eu beau­coup de mu­sique dans ma fa­mille. « Heu­reu­se­ment, je suis de­ve­nu ci­néaste et j’ai eu la chance de tra­vailler avec John Williams de­puis mes dé­buts. Ce­la fe­ra 40 ans, l’an prochain, qu’on tra­vaille en­semble, John et moi. »

SUR SES EN­FANTS

« J’ai sept en­fants et sur le lot, il y en a une seule qui veut de­ve­nir ci­néaste, soit Sa­sha, qui étu­die ac­tuel­le­ment à l’uni­ver­si­té. Mais la plu­part d’entre eux as­pirent à des car­rières ar­tis­tiques. J’ai un fils qui conçoit des jeux vi­déos, un autre qui étu­die pour de­ve­nir ac­teur et j’ai aus­si une belle fille (Jes­si­ca Cap­shaw) qui est ac­trice et qui joue dans la sé­rie

Grey’s Ana­to­my. »

À PRO­POS DU PLA­TEAU DE TOUR­NAGE DE TIN­TIN

« J’ai ou­vert le pla­teau de tour­nage de Tin­tin à mes amis ci­néastes in­té­res­sés de voir comment fonc­tionne cette tech­nique (de la per­for­mance cap­ture). Plu­sieurs sont ve­nus voir, dont Clint (East­wood). Clint est cer­tai­ne­ment ce­lui qui est res­té le moins long­temps. Il est par­ti, après une quin­zaine de mi­nutes, en me di­sant que ce n’était pas pour lui… « Se­lon moi, la per­for­mance cap­ture (qui consiste à fil­mer de vraies per­for­mances d’ac­teurs et de les re­tra­vailler en­suite en images de syn­thèses) est un ou­til très in­té­res­sant, mais qui doit être ré­ser­vé à des films qui s’y prêtent bien. Je ne vou­drais pas voir par exemple Spi­der Man ou In­dia­na Jones en per­for­mance cap­ture. Il faut que ça reste des prises de vue réelles.

« Mais dans le cas de Tin­tin, je consi­dère qu’her­gé nous a don­né la meilleure rai­son d’uti­li­ser cette tech­nique. Dans les des­sins d’her­gé, les per­son­nages ne sont pas to­ta­le­ment hu­mains. Her­gé a fait ex­près de les ca­ri­ca­tu­rer en leur don­nant des traits exa­gé­rés. La per­for­mance cap­ture nous per­met­tait de res­ter fi­dèles à ce­la. »

SUR SON STA­TUT D’ICÔNE DU CINÉMA

« Je ne me vois pas ain­si. Je suis un ci­néaste comme un autre. J’aime ce que je fais. J’aime le cinéma, j’aime les films. Je vis une vie nor­male. Quand je vais au res­tau­rant, j’at­tends en ligne comme tout le monde parce que je ne veux pas avoir de trai­te­ment spé­cial. La seule dif­fé­rence, c’est que quand j’at­tends en ligne, je signe des au­to­graphes en même temps… »

CE QU’IL N’AIME PAS DANS SON MÉ­TIER

« Je dé­teste les réunions de pro­duc­tion ! Il n’y a rien de plus pé­nible pour moi que de m’as­seoir pour pas­ser à tra­vers chaque page du scé­na­rio, qui en compte sou­vent plus de 150. C’est un pro­ces­sus in­ter­mi­nable. »

LE FILM QU’IL N’A PAS EN­CORE RÉA­LI­SÉ

« J’ai tou­jours vou­lu réa­li­ser un film d’amour et je n’ai ja­mais réus­si à le faire parce que les bonnes his­toires d’amour sont très rares. Ce­la fait d’ailleurs très long­temps, se­lon moi, que l’on n’a pas vu une belle his­toire au cinéma. J’ai­me­rais aus­si éven­tuel­le­ment faire une co­mé­die mu­si­cale. Ce sont les deux genres aux­quels je n’ai ja­mais tou­ché et que j’ai­me­rais ex­plo­rer un jour. » √ Les aven­tures de Tin­tin : le se­cret de la Li­corne prend l’af­fiche ven­dre­di.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.