RE­TOUR VERS LE FU­TUR

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger CE­DRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

Après une pause de quatre ans, Louise at­taque est de re­tour pour nous of­frir une pre­mière com­pi­la­tion as­sor­tie de deux

titres in­édits, dont une nou­velle com­po­si­tion, Du monde tout au­tour. C’est aus­si le titre de cet al­bum, qui pour­rait être le pré­lude à un vé­ri­table re­tour en stu­dio pour le groupe rock fran­çais le plus cé­lé­bré des an­nées 1990 et 2000.

Tu dis rien, J’t’em­mène au vent, Léa, Si l’on

mar­chait jus­qu’à de­main : au to­tal, dix-sept chan­sons de Louise at­taque, celles que la plu­part d’entre nous au­rions choi­sies si le choix des titres nous avait été confié, com­posent cette com­pi­la­tion, en vente à comp­ter du 6 dé­cembre.

Ac­tifs cha­cun de leur cô­té du­rant cette pause « mu­tuel­le­ment choi­sie et ré­ci­pro­que­ment as­su­mée », Gaë­tan Rous­sel, Ar­naud Sa­muel, Ro­bin Feix et Alexandre Mar­graff font donc de nou­veau front com­mun. C’est d’ailleurs tous en­semble, de­puis Pa­ris, qu’ils se sont ré­cem­ment en­tre­te­nus avec Le

Jour­nal pour dis­cu­ter du pas­sé, du pré­sent et de l’ave­nir du groupe.

Pour­quoi avez-vous ac­cep­té de sor­tir cette com­pi­la­tion?

ALEXANDRE MAR­GRAFF

« À la fin de l’an­née der­nière, notre mai­son de disque nous a de­man­dé où nous en étions puisque nous avons cha­cun des pro­jets divers et va­riés. On nous a pro­po­sé de sor­tir une com­pi­la­tion à la fin de l’an­née der­nière et on s’est dit que ça pour­rait être une bonne idée, sur­tout si on pou­vait es­sayer de faire un nou­veau titre. Nous nous sommes dit que ce se­rait une belle fa­çon de faire un trait d’union avec un fu­tur pos­sible et éven­tuel. »

GAË­TAN ROUS­SEL

« Le choix des chan­sons a été as­sez simple, as­sez in­tui­tif. On a choi­si ra­pi­de­ment. C’est for­cé­ment nos pré­fé­rées. Après, il s’avère que nos pré­fé­rées res­semblent à celles qui sont très connues.»

Comment était l’am­biance entre vous lorsque vous vous êtes re­trou­vés en­semble en stu­dio pour en­re­gis­trer Du monde tout au­tour?

AR­NAUD SA­MUEL

« On s’est re­trou­vés en stu­dio de ré­pé­ti­tion. Mais même si Louise at­taque est en pause, qu’on ne joue plus en­semble et qu’on se voit beau­coup moins, cha­cun s’in­té­resse aux pro­jets des trois autres. Donc, la re­la­tion existe. Après, c’étaient des re­trou­vailles ar­tis­tiques. Il y avait long­temps qu’on n’avait pas joué. Ce qui est in­té­res­sant aus­si, c’est de se po­ser des ques­tions. On n’in­tel­lec­tua­lise pas les choses. On es­saie d’être au maxi­mum spon­ta­nés, mais échan­ger et en par­ler était im­por­tant et on l’avait fait avant, donc il y avait une cer­taine flui­di­té. »

Qu’en est-il de Snark, cette vieille chan­son que vous met­tez pour la pre­mière fois sur un al­bum?

GR « C’est une des pre­mières chan­sons qu’on a en­re­gis­trées et qui n’avait pas trou­vé sa place sur le pre­mier al­bum. Elle l’a trou­vée là au­tre­ment. » Existe-t-il d’autres chan­sons in­édites que nous n’avons ja­mais en­ten­dues?

GR « Oui, il doit y en avoir. Il y a des choses que le troi­sième al­bum avait fait naître et qui ne sont pas ar­ri­vées ni sur un sup­port nu­mé­rique ni sur un sup­port phy­sique. Il y a tou­jours des trucs à droite et à gauche plus ou moins abou­tis. » Ça vous a man­qué de par­tir en­semble en tour­née?

GR « Oui, car ce qu’on fait in­di­vi­duel­le­ment, c’est très dif­fé­rent. Ce qu’on ap­prend avec le temps, c’est à vivre ces dif­fé­rentes choses qu’on porte en fait. Il y a les pro­jets per­son­nels et notre groupe. Tout ça est com­plé­men­taire. On es­saie de faire en sorte que ça le de­vienne de plus en plus quelque part. »

Est-ce qu’un nou­vel al­bum et une tour­née sont dans l’air?

AM « Pour la tour­née, ce se­ra quand on au­ra fait un al­bum. La rai­son pour la­quelle on ne tourne pas main­te­nant, c’est qu’on ne vou­lait pas le faire qu’avec des mor­ceaux du pas­sé, à l’ex­cep­tion de

Du monde tout au­tour. Une tour­née pas­se­rait par un al­bum. » Qu’est-ce qui va vous dé­ci­der à en­re­gis­trer un nou­vel al­bum alors?

AS « La même chose que là, soit l’en­vie de se re­trou­ver, de construire quelque chose d’ar­tis­ti­que­ment dif­fé­rent. Quand? On ne sait pas. Mais c’est une idée qui nous in­té­resse. » Re­tour­nons un peu dans le pas­sé. Votre pre­mier al­bum, lan­cé en 1997, avait éta­bli des re­cords de vente en France pour un groupe de rock. À quoi at­tri­buez-vous ce suc­cès?

AM « Jus­qu’à pré­sent, on n’a pas vrai­ment ré­pon­du à cette ques­tion puisque ce n’est pas à nous de le faire. D’un point de vue gé­né­ral, il y a eu des gens qui se sont ex­pri­més là-des­sus, qui peuvent ana­ly­ser et avoir des théo­ries. Mais on pense que quelque part, c’était un coup de chance de pou­voir ren­con­trer un pu­blic aus­si large. On l’a bien vé­cu parce que les scènes gran­dis­saient et que ça nous plai­sait de par­ta­ger notre mu­sique avec le pu­blic. Mais la rai­son de fond, on ne la connaît pas vrai­ment. C’est bien comme ça. » Votre réa­li­sa­teur était Gor­don Ga­no (Violent Femmes). Comment aviez-vous réus­si à le convaincre de tra­vailler avec vous?

AS « On a fait très simple. On lui a en­voyé une cas­sette de dé­mos avec une lettre si­gnée Louise at­taque. Très vite, il nous a ré­pon­du qu’il était in­té­res­sé et in­tri­gué. On a su as­sez vite que lui­même, en écou­tant et en ap­pré­ciant la forme par la­quelle on avait trans­mis nos dé­mos, était aus­si friand de tra­vailler avec nous. » Il faut dire que vous êtes des fans de Violent Femmes.

GR « Nous étions de grands fans en ef­fet. C’était même le point de dé­part du nom du groupe, de notre vo­lon­té de jouer acous­tique. On vou­lait faire du Violent Femmes à la fran­çaise. »

Con­si­dé­rez-vous que l’ob­jec­tif a été at­teint?

GR « Violent Femmes, c’était d’où on part. Où on est ar­ri­vés, on ne sait pas. Nous ne sommes pas ar­ri­vés à la ré­fé­rence. On a tou­jours be­soin de grands frères ou de choses sur les­quelles on peut s’ap­puyer. Donc, on l’a « va­li­dé » avec le fait que Gor­don a pro­duit les al­bums. Il nous a don­né son aval. Ce qu’on res­sent, c’est d’avoir réus­si à ex­pri­mer des choses et d’avoir ren­con­tré une des per­sonnes qui nous a ins­pi­rés à faire de la mu­sique. » Être po­pu­laire en fai­sant du rock en fran­çais, en France, en 2011, c’est tou­jours pos­sible à votre avis? On a l’im­pres­sion que beau­coup d’ar­tistes fran­çais optent main­te­nant pour l’an­glais.

AM « Il y a plein de choses en France qui marchent et sont en fran­çais. Je crois qu’il y a de tout. »

AS « En France, il y a beau­coup de chan­son fran­çaise. Mais des groupes de rock qui chantent en fran­çais, peut-être qu’il y en a moins qu’avant. C’est pos­sible, c’est peut-être lié à la mode ac­tuelle. C’est une ten­dance qui a plu­tôt dé­com­plexé les Fran­çais par rap­port à l’an­glais, ce qui est plu­tôt une bonne chose. »

GR « En fait, je crois qu’en tant que Fran­çais, nous n’avons pas le même point de vue que vous sur cette his­toire parce que pour nous, l’an­glais ap­pa­raît plu­tôt comme une li­ber­té de chan­ter dans n’im­porte quelle langue. L’idée n’est pas que le fran­çais est at­ta­qué par l’an­glais parce que, en fait, il y a aus­si pas mal de très jeunes groupes fran­çais qui chantent en fran­çais en fai­sant de la pop ou du rock. Il y en a même plus qu’avant, je pense. Par contre, je com­prends bien qu’au Ca­na­da, c’est peut-être pris dif­fé­rem­ment. C’est in­té­res­sant. » Quel re­gard po­sez-vous sur l’in­dus­trie mu­si­cale en 2011?

AS « La mu­sique s’est dé­mo­cra­ti­sée et, pour ça, c’est for­cé­ment po­si­tif. Après, il y a pas mal de pro­blème pour ceux qui font de l’au­to­pro­duc­tion ou pour trou­ver des spon­sors. Il y a des pro­blèmes sup­plé­men­taires mais en gros, c’est plu­tôt po­si­tif. »

Vous ver­ra-t-on bien­tôt au Qué­bec?

GR « Pas tout de suite parce qu’il n’y a pas de tour­née de pré­vue. Mais si un jour on part, le Qué­bec fait tou­jours par­tie des en­droits où on vient avec grand plai­sir. »

PHO­TO COURTOISIE

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