JEAN DU­JAR­DIN EN ROUTE LES OS­CARS VERS

TORONTO | De Brice de Nice aux deux OSS 117, Jean Du­jar­din s’est fait connaître en France avec des per­son­nages co­miques mar­quants à qui on doit plu­sieurs ré­pliques de­ve­nues cé­lèbres. Il est iro­nique de consta­ter au­jourd’hui que c’est un rôle muet qui pour

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers

Après avoir été ré­com­pen­sé du prix d’in­ter­pré­ta­tion à Cannes pour son rôle de star hol­ly­woo­dienne du ci­né­ma muet dans The Ar­tist (L’ar­tiste), l’ac­teur fran­çais est en ef­fet au­jourd’hui pres­sen­ti pour une no­mi­na­tion aux os­cars dans la ca­té­go­rie du meilleur ac­teur.

Aux États-unis (où The Ar­tist vient tout juste de prendre l’af­fiche), plu­sieurs jour­na­listes placent dé­jà Du­jar­din fa­vo­ri pour ce pres­ti­gieux prix, aux cô­tés de grosses poin­tures comme George Cloo­ney ( Les des­cen­dants), Leo­nar­do Di­ca­prio ( J. Ed­gar) et Brad Pitt ( Mo­ney­ball).

Abon­né aux os­cars, le puis­sant pro­duc­teur Har­vey Wein­stein a aus­si pris Du­jar­din et le film sous son aile dans le but de les ame­ner jus­qu’à la scène du Ko­dak Theatre.

Ren­con­tré au dé­but sep­tembre au Fes- ti­val de Toronto, Jean Du­jar­din com­men­çait à peine à dé­cou­vrir l’en­goue­ment des Amé­ri­cains pour cette oeuvre au­da­cieuse en noir et blanc dans la­quelle il campe de fa­çon brillante un ac­teur de films muets qui vit dif­fi­ci­le­ment l’ar­ri­vée du ci­né­ma par­lant. « Ce qui est as­sez amu­sant, c’est que les Amé­ri­cains dé­couvrent le film sans trop sa­voir à quoi s’at­tendre, ana­ly­sait alors l’ac­teur fran­çais. « Ils ne savent pas qui l’a réa­li­sé, qui joue de­dans, ils n’ont au­cune idée quel type de film ils ver­ront. Pour eux, on ar­rive donc de nulle part. »

PEU DE RE­PÈRES

Sor­ti en France le mois der­nier (où il cu­mule à ce jour plus de 1,5 mil­lion d’en­trées), L’ar­tiste marque la troi­sième col­la­bo­ra­tion entre Du­jar­din et le réa­li­sa­teur des co­mé­dies OSS 117, Mi­chel Ha­za­na­vi­cius. Ce der­nier ca­res­sait le pro­jet de faire un film muet de­puis plu­sieurs an­nées dé­jà.

« Mi­chel m’en avait par­lé dé­jà alors qu’on tra­vaillait sur le pre­mier OSS

117, ra­conte Du­jar­din. « Étant re­ve­nu à la charge quelques an­nées plus tard, je sa­vais que ce n’était pas de la frime, que c’est un vrai dé­sir de sa part. Je me dou­tais que ce se­rait com­pli­qué à concré­ti­ser. C’est quand même une idée folle, qui était dif­fi­cile à vi­sua­li­ser et à ima­gi­ner. Il l’a donc écrit et me l’a fait lire en me di­sant : ne te moque pas de moi, c’est un mé­lo, je ne sais pas si tu ai­me­rais. Mais j’ai ado­ré. »

Fic­tif, le per­son­nage du film, George Va­len­tin, est un amal­game de plu­sieurs stars hol­ly­woo­diennes du ci­né­ma muet.

« Il y a dans ce rôle des sou­rires à la Dou­glas Fair­banks et des ef­fets à la Gene Kel­ly. Mais il y a aus­si beau­coup de moi sur le mo­ment, ain­si que mes vrais tour­ments quand les choses com­mencent à al­ler mal, pré­cise Du­jar­din.

« J’ai abor­dé George Va­len­tin de fa­çon lé­gère et lu­dique. Il fal­lait d’abord que je trouve le moyen de m’amu­ser. Parce que ce qui était le plus dif­fi­cile, c’était de ne pas sa­voir comment se pré­pa­rer. Je n’avais pas de texte, pas de sup­port sur le­quel m’ap­puyer. Je suis donc al­lé voir des films muets, et le tra­vail de cer­tains ac­teurs m’a beau­coup ins­pi­ré.

« Puis, à par­tir du mo­ment où je me suis rou­lé la mous­tache et je me suis ima­gi­né en George Va­len­tin dans les an­nées 1920, l’ins­pi­ra­tion est ve­nue toute seule. »

CAR­RIÈRE IN­TER­NA­TIO­NALE

Même en tour­nant le film, Jean Du­jar­din n’avait au­cune idée à quoi res­sem­ble­rait le ré­sul­tat fi­nal. Par son concept par­ti­cu­lier, le tout est pen­dant long­temps de­meu­ré abs­trait dans sa tête.

« C’est à Cannes que j’ai dé­cou­vert le ré­sul­tat fi­nal et j’étais sur le cul, ad­met-il.

« Mi­chel a car­ré­ment ré­in­ven­té son film au mon­tage. Ce­la dit, ça ne m’a pas éton­né de sa part. Mi­chel a tou­jours

son mon­tage en tête. Je connais­sais dé­jà sa ri­gueur. Il n’est pas un gé­nie, mais il est un vrai bos­seur. Il est très exi­geant en­vers lui-même. »

L’ac­teur de 39 ans est conscient que ce rôle pour­rait lui ou­vrir les portes d’une car­rière in­ter­na­tio­nale. Il ne dit pas non, même s’il dit être com­blé par les rôles va­riés que lui offre le ci­né­ma fran­çais. Après des dé­buts sur­tout dans la co­mé­die, Du­jar­din s’est illus­tré ré­cem­ment dans des rôles plus dra­ma­tiques ( Contre-en­quête, Un bal­con sur la mer, Le bruit des gla­çons).

« Ça me fait plai­sir qu’on me fasse au­tant confiance dans le drame que dans la co­mé­die, dit-il. Et je suis content que le pu­blic ac­cepte aus­si de me suivre dans ces dif­fé­rents rôles. Ce­la prouve qu’un ac­teur ne de­vrait ja­mais être ca­té­go­ri­sé seule­ment dans un genre ou dans l’autre. »

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