UN PA­RI FOU ET AU­DA­CIEUX

TORONTO | Réa­li­ser un film muet en noir et blanc à une époque où une grande par­tie de l’in­dus­trie du ci­né­ma ne jure que par la 3D, voi­là le pa­ri un peu fou que s’était fixé le réa­li­sa­teur fran­çais Mi­chel Ha­za­na­vi­cius avec L’ar­tiste.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers Agence QMI

On de­vine que Ha­za­na­vi­cius a eu tout le mal du monde à convaincre les in­ves­tis­seurs de pla­cer leurs sous dans ce pro­jet pour le moins par­ti­cu­lier. « L’idée re­monte à une di­zaine d’an­nées et, à l’époque, c’est vrai que per­sonne ne pre­nait ce­la très au sé­rieux, dit le ci­néaste, ren­con­tré en sep­tembre au Fes­ti­val de

Toronto où L’ar­tiste était pré­sen­té.

Sauf qu’entre-temps, Mi­chel Ha­za­na­vi­cius a réa­li­sé les deux co

mé­dies OSS 117 qui ont fait un ta­bac sur les écrans fran­çais. Des pro­duc­teurs ont alors mon­tré de l’in­té­rêt pour ses pro­jets fu­turs. Par­mi eux, l’in­fluent Tho­mas

Lang­mann ( As­té­rix aux Jeux

olym­piques). Ha­za­na­vi­cius lui a par­lé de cette idée de film muet en noir et blanc, que Lang­mann a tout de suite ado­rée. « Tho­mas Lang­mann a ren­du le film pos­sible, in­siste le réa­li­sa­teur. Il m’a tou­jours sou­te­nu, même si le film était cher à pro­duire. C’est aus­si grâce à lui si on a pu tour­ner à Hol­ly­wood. »

Avec le re­cul, Mi­chel Ha­za­na­vi­cius juge d’ailleurs que ce tour­nage à Hol­ly­wood a beau­coup nour­ri le film.

« Ce­la pro­cure une cré­di­bi­li­té au film, ob­serve-t-il. Cette cré­di­bi­li­té passe par les ac­teurs connus qui y jouent des rôles (John Good­man, Mal­colm Mc­do­well, James Crom­well), mais aus­si par les fi­gu­rants. Mes plans pré­fé­rés du film sont ceux où l’on voit des spec­ta­teurs dans les salles de ci­né­ma.

« Chaque fois que je les vois, je suis sur­pris de consta­ter à quel point les fi­gu­rants ont l’air de pro­ve­nir de ces vieux films d’époque hol­ly­woo­diens. On n’au­rait pas pu al­ler cher­cher ce­la en France. Ces fi­gu­rants ont en eux quelque chose d’au­then­ti­que­ment amé­ri­cain. »

DUO D’AC­TEURS

Mi­chel Ha­za­na­vi­cius a écrit le scé­na­rio de son film en ayant en tête les deux ac­teurs du pre­mier

OSS 117, Jean Du­jar­din et Bé­ré­nice Bé­jo, pour les deux rôles prin­ci­paux.

« Ils ont cha­cun ins­pi­ré leurs per­son­nages, sou­ligne-t-il. Bé­ré­nice (qui est aus­si sa conjointe) a en elle une lu­mière qui anime aus­si le per­son­nage qu’elle joue dans le film. Même chose avec Jean. Oui, George Va­len­tin est un mé­lange d’ac­teurs cé­lèbres des an­nées 1920. Mais c’est aus­si Jean.

« À par­tir d’un cer­tain mo­ment, j’ai es­sayé de me dé­ta­cher des vieux films de cette époque et de leurs stars pour écrire une his­toire à part en­tière. »

L’ar­tiste est bien en­ten­du un hom­mage aux films muets amé­ri­cains du dé­but du siècle der­nier, mais aus­si au ci­né­ma en gé­né­ral. Tout au long de son film, Ha­za­na­vi­cius s’est amu­sé à glis­ser des clins d’oeil à quelques clas­siques du noir et blanc.

« Les films muets étaient très créa­tifs, ana­lyse-t-il. Les ci­néastes de l’époque fai­saient des plans in­ven­tifs et ori­gi­naux. Moi, j’ai plu­tôt es­sayé de faire un film as­sez simple, tout en me per­met­tant quelques ré­fé­rences au ci­né­ma amé­ri­cain pour lui don­ner un as­pect de vieux film hol

ly­woo­dien. »

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