Ex­plo­ra­tion éro­tique

MON­TRÉAL | Slee­ping Beau­ty, pre­mier long mé­trage de la ro­man­cière aus­tra­lienne Ju­lia Leigh, n’est pas un conte de fées, mais une plon­gée dans la sexua­li­té trouble de mes­sieurs d’âge mûr et d’une jeune femme.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

Pré­sen­té à Cannes en mai der­nier,

Slee­ping Beau­ty avait fait du bruit sur la Croi­sette. Car ce long mé­trage — dont on pour­rait tra­duire le titre par La belle

au bois dor­mant en fran­çais — est loin de l’his­toire de Charles Perrault qui sert à en­dor­mir les en­fants.

On y suit Lu­cy (Emily Brow­ning à la pres­ta­tion re­mar­quée dans Su­cker

Punch plus tôt cette an­née), jeune étu­diante qui paye ses cours en ef­fec­tuant divers pe­tits tra­vaux. Jus­qu’au jour où elle tombe sur une an­nonce. Mais il ne s’agit pas du tout de pa­ra­der de la lin­ge­rie, mais plu­tôt de jouer les en­dor­mies. Comme le lui ex­plique Cla­ra (Ra­chael Blake), Lu­cy se­ra dro­guée, puis li­vrée à la convoi­tise des clients. La seule règle : pas de pé­né­tra­tion. Or, un jour, la jeune fille veut sa­voir ce qui se passe quand elle dort.

PER­TUR­BER LES CONVEN­TIONS

Emily Brow­ning n’a pas hé­si­té une se­conde à ac­cep­ter le rôle. « Le scé­na­rio m’a fas­ci­née, même s’il m’a mise mal à l’aise », a-t-elle lors de la confé­rence de presse de pré­sen­ta­tion du film à Cannes. « Je suis quel­qu’un de plu­tôt ti­mide et an­xieuse dans la vie, et je me suis dit qu’il fal­lait que je prenne des risques dans mon mé­tier. Et comme je n’ai au­cun pro­blème avec la nudité... »

Ju­lia Leigh a pré­ci­sé, pour elle, « Lu­cy est une sou­mise ra­di­cale. Elle per­turbe tout sim­ple­ment les conven­tions nor­males, ha­bi­tuelles. » Et Emily Brow­ning a ajou­té : « il y a une sorte de per­ver­sion dans son aban­don aux gens qui la contrôlent... Mais je ne la vois pas du

tout comme une vic­time. » Mal­gré le su­jet de Slee­ping

Beau­ty, Ju­lia Leigh se dé­fend de mettre le pu­blic dans un rôle de voyeur. « Je vois plu­tôt le spec­ta­teur comme un tendre té­moin. Oui, j’ai vou­lu sur­prendre et je vou­drais aus­si que le pu­blic res­sente une es­pèce d’émer­veille­ment en se de­man­dant ce qui va se pas­ser. »

GAINS­BOURG COMME MO­DÈLE

Im­pos­sible pour Ju­lia Leigh de mettre le doigt sur sa source d’ins­pi­ra­tion prin­ci­pale. « Nous avons le conte de fées, bien sûr. Puis les pra­tiques an­ciennes d’hommes âgés al­lant cher­cher le confort d’une jeune femme, ce qu’on trouve même dans la Bible. Je me suis éga­le­ment fait dire que Gand­hi tes­tait son voeu de chas­te­té en dor­mant près d’une jeune vierge. Il y a aus­si tout cet uni­vers trouble dans In­ter­net. Et en­fin, deux nou­velles qui pré­sentent le point de vue d’hommes âgés qui paient pour pas­ser une nuit avec des jeunes femmes et qui ra­content leur his­toire. Ce sont au­tant d’élé­ments qui sont là, dans l’air. »

« Puis, j’ai fait le cau­che­mar qu’on me fil­mait pen­dant mon som­meil. La per­sonne rêve alors qu’elle dort dans son propre lit, ce qui brouille la fron­tière entre les réa­li­tés. Il se passe ain­si des choses dans notre som­meil dont on ne sait pas exac­te­ment de quoi il s’agit. »

Pour se pré­pa­rer à ce rôle in­ha­bi­tuel, Emily Brow­ning a dis­po­sé « d’une se­maine et de­mie à deux se­maines. » Comme elle l’a dit : « j’ai re­gar­dé la pres­ta­tion de Char­lotte Gains­bourg dans

An­té­christ et je me suis dit que j’ai­me­rais ar­ri­ver à ce ni­veau de bra­voure. Je me suis de­man­dé comment une ac­trice pou­vait être aus­si ou­verte et aus­si cou­ra- geuse. Ce­la m’a pré­pa­rée pour ce rôle. Nous avons éga­le­ment beau­coup tra­vaillé mon phy­sique et mes gestes. J’ai ten­dance à me re­plier sur moi-même et à ges­ti­cu­ler quand je parle. J’ai éga­le­ment ap­pris à mé­di­ter pen­dant les scènes où je dors pour ne pas être pré­sente dans ces mo­ments-là. »

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