LES MA­RION­NETTES MAR­QUANTES DE NOTRE TÉ­LÉ

Alors qu’aux États-unis les Muppets car­tonnent au grand écran après un seul wee­kend, l’oc­ca­sion est belle de se ques­tion­ner sur la place qu’oc­cupent les ma­rion­nettes dans notre pe­tit écran.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LES MARIONNETTES À LA TÉLÉVISION TÉLÉVISION - Em­ma­nuelle Plante Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Dé­pen­dam­ment de l’âge que vous avez, vous avez sans doute eu un pre­mier contact té­lé­vi­suel avec la ma­rion­nette grâce à Gui­gnol, à

Pé­pi­not et Ca­pu­cine, à Bo­bi­nette, Nic et Pic,

Co­okie mons­ter, Can­nelle et Pru­neau ou Bi­bi. Long­temps elle vous a di­ver­ti et sub­ti­le­ment elle vous a édu­qué. Parce que la ma­rion­nette, qu’elle s’adresse à l’en­fant ou à l’adulte, ouvre la porte à toutes les li­ber­tés. « La ma­rion­nette per­met plus de fo­lie, as­sure Mi­chel Cailloux, créa­teur no­tam­ment de Bo­bi­nette et som­mi­té en la ma­tière. Il n’y a pas de li­mites. Elle peut in­ven­ter des choses gran­dioses, co­miques, vraies parce que ça vient d’elle. »

« Les en­fants ac­ceptent leurs conven­tions, ex­plique Mi­chel Le­doux, ma­rion­net­tiste qui donne vie à Théo. Ils com­prennent qu’un per­son­nage peut vo­ler, s’en­le­ver un oeil et se le re­mettre dans le front, tom­ber d’un arbre sans se faire mal, al­ler dans la fan­tai­sie. » Une no­tion aus­si vraie pour l’adulte. « Tu peux faire dire beau­coup de choses à une ma­rion­nette parce qu’elle n’existe pas, ra­conte Serge Cha­pleau. Gé­rard (D. La­flaque) peut dire des choses parce qu’il est un gros épais et la per­sonne der­rière peut conti­nuer à vivre ! »

UN COM­PLICE DE TAILLE

Bo­bi­nette, Vir­gi­nie la gre­nouille, Ci­bou­lette,

Bi­bi, Théo et bien d’autres sont de­ve­nus des com­plices de taille op­po­sés à un pauvre ac­teur vic­time de leurs mau­vais coups. « Il fal­lait deux per­son­nages qui se parlent, note Mi­chel Cailloux. Je m’étais op­po­sé à une co­mé­dienne parce qu’elle pren­drait de l’âge. Je vou­lais quel­qu’un qui dure. La ma­rion­nette s’est im­po­sée. C’était amu­sant de voir une fille me­ner le bal et un gar­çon se faire rou­ler. » Pour Car­men Bou­ras­sa, pro­duc­trice et concep­trice de nom­breuses émis­sions im­pli­quant des ma­rion­nettes,

dont Passe-par­tout, À plein temps et 1, 2, 3...Géant (où l’on re­trouve les amu­sants Sous­sis), la ma­rion­nette re­pré­sente les pul­sions de l’en­fant : « c’est mi­nia­ture, c’est sé­dui­sant pour l’en­fant. Elle laisse place pour l’iden­ti­fi­ca­tion et pour l’amu­se­ment, mais on peut aus­si prendre nos dis­tances. Elle évoque une per­mis­sion. » Idem du cô­té adulte. « Je dis tou­jours qu’avec Gé­rard on peut al­ler plus loin au bord du pré­ci­pice, avoue Serge Cha­pleau. Mais un pas de plus, il tombe. »

UN OU­TIL DE TRANS­MIS­SION

Cer­tains ont re­pro­ché le cô­té trop pé­da­go­gique des émis­sions de ma­rion­nettes, une vague qui s’est es­tom­pée. « À l’époque de

Passe-par­tout, se rap­pelle Car­men Bou­ras­sa, il n’y avait pas de pré-ma­ter­nelle de 4 ans et la ma­ter­nelle de 5 ans n’était que de deux heures par jour (pour les en­fants). On de­vait les pré­pa­rer à l’école. On a donc créé un pe­tit té­lé­ro­man pour en­fants avec une fa­mille qui vit des pro­blé­ma­tiques réelles, un père au chô­mage, une fillette qui fait pi­pi au lit, une voi­sine qui n’a pas tou­jours de gar­dienne. » Avec Théo ou les Sous­sis de 1, 2,

3...Géant, les ap­pren­tis­sages sont des no­tions de vie. « C’est une sé­rie di­ver­tis­sante avec un en­jeu édu­ca­tif, ex­plique Car­men Bou­ras­sa. On aborde des règles de vie qui sont fort utiles dans les fa­milles d’au­jourd’hui. Les en­fants ont be­soin d’ap­prendre d’une autre fa­çon. Avec des émis­sions comme celle-là, les pa­rents peuvent faire du pouce sur des thèmes qui sont dé­clen­chés. Ça de­vient im­por­tant pour le dé­ve­lop­pe­ment de l’en­fant. » Pour Mi­chel Le­doux, la ma­rion­nette per­met d’al­ler vers la fo­lie en abor­dant des thèmes que vont re­con­naître les en­fants comme le par­tage, la mau­vaise hu­meur, la per­sé­vé­rance. « L’en­fant se re­con­nait, écoute les pro­pos du per­son­nage et se dit, in­cons­ciem­ment je l’au­rais dit, comme ça, je pense comme ça, par­tage les mêmes sen­ti­ments, les mêmes va­leurs. »

Dans À plein temps, une émis­sion fa­mi­liale qui abor­dait les re­la­tions pa­rents-en­fants dans un mi­lieu défavorisé, les ma­rion­nettes en­fants étaient utiles pour abor­der des su­jets dé­li­cats, comme le divorce ou la vio­lence, qui au­raient été dif­fi­ciles à trans­mettre avec un en­fant-ac­teur. « C’était com­plè­te­ment dé­jan­té, se sou­vient Car­men Bou­ras­sa, mais cu­rieu­se­ment, ça a très bien fonc­tion­né et en­core au­jourd’hui, plu­sieurs CLSC (centres lo­caux de ser­vices com­mu­nau­taires) uti­lisent cer­tains épi­sodes comme dé­clen­cheurs de pa­role lors d’in­ter­ven­tions fa­mi­liales. »

UNE CULTURE À B­TIR

Après avoir vé­cu de belles an­nées, la ma­rion­nette a connu un pas­sage à vide au pe­tit écran dans les an­nées 1990. Trop coû­teux se­lon cer­tains, pro­jet mal gé­ré pour d’autres, les émis­sions met­tant en ve­dette ses per­son­nages à gaines ou en la­tex ont été ta­blet­tées. Ques­tion de culture aus­si, con­trai­re­ment à l’eu­rope où l’on dif­fuse quo­ti­dien­ne­ment des bul­le­tins sa­ti­riques pour adultes ani­més par des ma­rion­nettes, ici seul Gé­rard D. La

flaque a réus­si à se dis­tin­guer. Mais de­puis quelques an­nées, elle re­prend place. « À l’époque, on était un peu plus libre, se rap­pelle Serge Cha­pleau. On n’avait pas 45 avo­cats pour sur­veiller si on uti­lise une chan­son ou si on parle d’un pro­duit. Mais sur le fond, on dit au­tant de choses qu’avant. Et ça marche fort. »

Du cô­té de la jeu­nesse, Mi­chel Le­doux a des pro­jets en dé­ve­lop­pe­ment et on sent de l’ou­ver­ture mal­gré la mo­der­ni­sa­tion des tech­no­lo­gies. « Quand je ren­contre des en­fants comme lors du dé­fi­lé du père Noël, ex­prime Mi­chel Le­doux, ils prennent Théo dans leur bras, se l’ap­pro­prient, lui parlent, le touchent. Cette ma­gie est im­por­tante à gar­der. »

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