Je suis «tan­né» de rire à moi­tié

Le Journal de Quebec - Weekend - - LATÉLÉ DANSLAMIRE TÉLÉVISION -

Avant même d’amor­cer ce pa­pier, je sa­vais que des di­zaines de lec­teurs al­laient se dire : « en­core un has-been qui car­bure à la nos­tal­gie ! » Je vous pose tout de même la ques­tion: quand avez-vous ri de bon coeur la der­nière fois, à la té­lé tout par­ti­cu­liè­re­ment ?

Je me sou­viens pour­tant que la té­lé m’a fait beau­coup rire. Dif­fi­cile de res­ter de glace en re­gar­dant les pi­tre­ries et en écou­tant les fa­cé­ties d’oli­vier Gui­mond et de De­nis Drouin dans Cré Ba­sile. En­core plus dif­fi­cile de gar­der son sé­rieux de­vant les mésa­ven­tures conti­nuelles de De­nise et Do­do dans Moi et l’autre. Pen­dant plu­sieurs an­nées, les Bye Bye me fai­saient rire à gorge dé­ployée, tout comme les nu­mé­ros des Cy­niques, les mo­no­logues d’yvon Des­champs ou les élu­cu­bra­tions pro­vo­cantes de Rock et Belles Oreilles.

SUR LES DOIGTS D’UNE SEULE MAIN…

Je ne ra­tais ja­mais une émis­sion de All in the Fa­mi­ly, du Ma­ry Ty­ler Moore Show, de Mash ou de I Love Lu­cy. Les pre­mières an­nées de Sa­tur­day Night Live, j’étais plié en deux, comme lorsque je re­gar­dais Ro­wan et Mar­tin dans Laugh In ou Dean Mar­tin lors­qu’il pré­si­dait, sou­vent entre deux vins, ses fa­meux ce­le­bri­ty roasts.

Au­jourd’hui, sur une seule main, j’ai as­sez de doigts pour vous ré­vé­ler ce qui me fait vrai­ment rire : les cap­sules sans pa­roles de Juste pour rire, Drôles de vi­déos à l’oc­ca­sion, et j’ajoute quelques spec­tacles de nos meilleurs humoristes, no­tam­ment ceux de Sté­phane Rous­seau et Flo­rence Foresti. J’ai sou­ri plu­sieurs fois en re­gar­dant Les Bou­gon ou Un gars, une fille et, je le ré­pète, il m’ar­rive de pouf­fer de rire aux in­sa­ni­tés de Jean-fran­çois Mer­cier ou aux blagues de Phi­lippe La­guë et de ses col­la­bo­ra­teurs. Mais ça, c’est de la ra­dio !

Quant au reste, la plu­part du temps, c’est à peine si on me fait sou­rire. Même les der­niers Bye Bye n’ont pas réus­si à me dégeler.

ITHQ ET ÉCOLE DE L’HU­MOUR

Du­rant les trois pre­mières dé­cen­nies de la té­lé­vi­sion, la co­mé­die n’était pas sou­mise aux règles strictes aux­quelles on l’as­treint main­te­nant. Les co­miques y al­laient d’ins­tinct et à tâ­tons. Ni Steve Ka­plan ni Mel­vin He­lit­zer n’avaient en­core dé­cré­té les com­man­de­ments de la co­mé­die et notre École na­tio­nale de l’hu­mour n’était pas en­core née. Je com­pare sou­vent cette école à l’ins­ti­tut de tourisme et d’hô­tel­le­rie du Qué­bec : elle a fait faire à la cui­sine qué­bé­coise des pas de géant, mais elle l’a aus­si stan­dar­di­sée et ren­due très ap­prê­tée.

ON CHERCHE LE PUNCH

De la même fa­çon, l’école na­tio­nale de l’hu­mour a mul­ti­plié les humoristes, ce qui n’est pas un tort, mais elle les a aus­si stan­dar­di­sés. Ils obéissent à des règles pré­cises et la plu­part du temps, au lieu de dé­ve­lop­per des si­tua­tions, ils cherchent le « punch » comme si c’était l’unique res­sort de la co­mé­die. Dans cette course aux gags fa­ciles, ré­pé­ti­tifs et tou­jours ame­nés de la même fa­çon, les par­ties gé­ni­tales ne sont ja­mais loin et les gros mots non plus.

Il y avait beau­coup de plai­sir, ja­dis, à voir se dé­ve­lop­per gra­duel­le­ment une si­tua­tion ou à en­tendre les humoristes tour­ner au­tour du pot parce qu’il y avait toute une sé­rie de mots que la dé­cence et la pu­deur in­ter­di­saient de pro­non­cer. Mal­gré eux, au­teurs co­miques et humoristes d’alors étaient condam­nés à la sub­ti­li­té !

Au­jourd’hui, Gra­tien Gé­li­nas, Mar­cel Ga­mache ou Gilles Richer n’au­raient pas à se cas­ser la tête : tout ce qu’ils s’in­ter­di­saient est per­mis… mais on ne rit plus qu’à moi­tié !

avec Do­mi­nique Mi­chel et De­nise Fi­lia­trault

Moi et l'autre

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