IN­TRIGUE AU TEMPS DU TSAR

L’avo­cat amé­ri­cain Steve Ber­ry, au­teur de nom­breux thril­lers his­to­riques à suc­cès, dé­laisse son hé­ros Cot­ton Ma­lone ( Le mu­sée per­du) pour plon­ger dans l’his­toire de la Grande Rus­sie et des tsars dans Le com­plot Ro­ma­nov, une in­trigue fas­ci­nante, au rythme

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES STEVE BERRY - Ma­rie-france Bor­nais Le Jour­nal de Qué­bec Les ro­mans de Steve Ber­ry ont été pu­bliés à plus de 12 mil­lions d’exem­plaires, traduits en 40 langues et ven­dus dans 51 pays.

Avec un for­mi­dable ta­lent de conteur, Steve Ber­ry re­cule l’hor­loge du temps jus­qu’en mars 1917, au mo­ment où le tsar Ni­co­las II cède de­vant la pres­sion ré­vo­lu­tion­naire avant d’être ar­rê­té par les bol­che­viques et fait pri­son­nier. Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, il est conduit avec sa fa­mille dans les caves de la villa Ipa­tiev, à Eka­te­rin­burg, dans l’ou­ral. Le pré­texte? Une pho­to de fa­mille. La réa­li­té : un pe­lo­ton d’exé­cu­tion.

À Mos­cou, de nos jours, l’avo­cat amé­ri­cain Miles Lord, spé­cia­liste de l’his­toire russe, met la main sur des do­cu­ments trou­blants : un texte ma­nus­crit at­tri­bué à Lé­nine, dans le­quel il se de­mande si tous les Ro­ma­nov sont bien morts à Eka­te­rin­burg, et une pro­phé­tie de Ras­pou­tine, proche de la tsa­rine Alexan­dra. Miles Lord de­vient la cible d’une chasse à l’homme et doit al­ler au bout de ses en­quêtes pour sau­ver sa peau.

QUA­TRIÈME ROME

Steve Ber­ry a eu le flash d’écrire Le

com­plot Ro­ma­nov lors­qu’il s’est ren­du en Rus­sie pour la pre­mière fois, en 1995, pour voir la fa­meuse Chambre d’ambre, ob­jet de son tout pre­mier ro­man, Le mu­sée per­du

(The Am­ber Room). Il a été par­ti­cu­liè­re­ment in­tri­gué par les pro­pos de la guide tou­ris­tique, qui évo­quait sou­vent la Qua­trième Rome. Il s’agit d’une pro­phé­tie pro­non­cée par le moine Phi­lo­thée de Ps­kov, au temps de Ba­sile III : « Deux Romes sont tom­bées, la troi­sième tient bon et il n’y au­ra pas de qua­trième », en ré­fé­rence à Rome, Cons­tan­ti­nople, puis la Rus­sie.

Il n’en fal­lait pas plus pour que Steve Ber­ry écrive le scé­na­rio du Com­plot Ro­ma­nov. « C’est le seul ro­man pour le­quel l’idée tout en­tière est née tout d’un bloc, d’un bout à l’autre. J’ai trou­vé un bout de pa­pier — une bro­chure ou une ser­viette de pa­pier, je ne me sou­viens plus — et j’ai com­men­cé à écrire des idées. J’ai tout de suite écrit l’in­trigue. Et tout ce que Miles Lord fait en Rus­sie, tous les en­droits qu’il vi­site, j’y suis al­lé pen­dant ce voyage. Le livre en­tier est né là-bas. Je suis ren­tré à la mai­son et je l’ai écrit très ra­pi­de­ment — en huit ou neuf mois — ce qui est très vite dans mon cas », ex­plique Steve Ber­ry, en en­tre­vue té­lé­pho­nique de sa ré­si­dence de St. Au­gus­tine, en Flo­ride.

RAS­POU­TINE

La pro­phé­tie du gué­ris­seur et mys­tique Ras­pou­tine a éga­le­ment fas­ci­né Steve Ber­ry. « C’était un pay­san de Si­bé­rie qui avait très peu d’édu­ca­tion, mais qui était un maître ma­ni­pu­la­teur. Il a réus­si à s’in­fil­trer jus­qu’au sein de la fa­mille im­pé­riale, parce qu’il ar­ri­vait à cal­mer les at­taques d’hémophilie du prince Alexis. La fa­mille royale est ve­nue à lui at­tri­buer des dons qui ont éven­tuel­le­ment contri­bué à sa chute. »

Il l’a re­pro­duite cor­rec­te­ment, ajou­tant sa touche per­son­nelle au su­jet de la ré­sur­rec­tion des Ro­ma­nov. « Elle ap­porte un peu de cha­leur dans l’hor­reur de ces des­ti­nées ex­cep­tion­nelles », écrit-il dans les notes, en fin du ro­man.

En 1991, des fouilles ont per­mis d’ex­hu­mer les restes de la fa­mille im­pé­riale russe, mais deux corps man­quaient : ceux du prince Alexis et ce­lui d’une de ses soeurs, soit Ma­ria ou Anas­ta­sia. Les ex­perts russes croyaient qu’il s’agis­sait de Ma­ria, tan­dis que les ex­perts amé­ri­cains sou­te­naient qu’il s’agis­sait d’anas­ta­sia. Des ana­lyses ul­té­rieures ont dé­ter­mi­né qu’il s’agis­sait des restes de Ma­ria Ro­ma­nov.

« Les fla­sh­backs dans le livre sont tous vé­ri­diques. J’ai dé­crit les évé­ne­ments tels qu’ils se sont pro­duits, mais j’ai ap­por­té ma touche per­son­nelle au su­jet de leur éva­sion. Je m’en suis te­nu aux té­moi­gnages dis­po­nibles, du mieux que j’ai pu. Il y a eu beau­coup de confu­sion au cours de cette fa­meuse nuit et per­sonne ne sau­ra ja­mais ce qui est vrai­ment ar­ri­vé aux deux corps pour qu’ils ne soient pas en­ter­rés au même en­droit. » Steve Ber­ry est par­ti­cu­liè­re­ment fier du

Com­plot Ro­ma­nov, qu’il consi­dère comme son ro­man pré­fé­ré, même s’il aime tous les autres. Iro­ni­que­ment, le ma­nus­crit a été re­je­té par 18 édi­teurs en 1996, avant d’être fi­na­le­ment ache­té en 2003. Quand le Code

Da Vin­ci a été pu­blié, les édi­teurs se sont in­té­res­sés à son genre, al­liant ac­tion, se­crets, com­plots et his­toire. Ils ont ache­té Le

mu­sée per­du puis Le com­plot Ro­ma­nov, qui a fi­na­le­ment été pu­blié huit ans après avoir été écrit. Le par­cours de ce mil­lion­naire de l’édi­tion est éton­nant puisque cinq de ses ma­nus­crits ont été re­je­tés, pour un to­tal de 85 fois, pen­dant 12 ans, avant qu’il ne connaisse un suc­cès in­ter­na­tio­nal.

Les re­cherches de Lord l’avaient ra­me­né au der­nier tsar ré­gnant, Ni­co­las II, et à la tra­gé­die du 16 juillet 1918, là-bas, en Si­bé­rie. Il avait étu­dié, pas­sé au peigne fin tous les textes dis­po­nibles, pu­bliés ou in­édits, tou­jours contra­dic­toires sur un ou plu­sieurs points de dé­tail. Jus­qu’à pou­voir en opé­rer une syn­thèse éla­guée des ano­ma­lies, des in­exac­ti­tudes les plus fla­grantes. Étayées, jour après jour, de ren­sei­gne­ments com­plé­men­taires, ses notes consti­tuaient une sorte de re­por­tage ter­ri­ble­ment convain­cant sur cette nuit fa­tale où l’his­toire de la Rus­sie s’était écrite, dans le sang et la vio­lence.

— Steve Ber­ry, Le com­plot Ro­ma­nov

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