LES FÉES EXISTENT!

Ben­ja­min La­combe et Sé­bas­tien Perez ont uni ta­lent et ima­gi­na­tion dé­bor­dante pour créer L’her­bier des fées, un ex­tra­or­di­naire car­net in­time d’un bo­ta­niste russe en quête d’un élixir d’im­mor­ta­li­té, où mer­veilles bo­ta­niques et uni­vers fée­rique s’épa­nouis­sen

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES BENJAMIN LACOMBE - Ma­rie-france BOR­NAIS Le Jour­nal de Qué­bec

En­voyé spé­cial du ca­bi­net des sciences oc­cultes de Ras­pou­tine, le cher­cheur russe Alek­san­dr Bog­da­no­vich se rend dans la mys­té­rieuse fo­rêt de Bro­cé­liande pour y trou­ver un si­rop de longue vie. Il s’ins­talle à Paim­pont, dans l’au­berge de Mme Le­po­ten­nec, et ren­contre Léo­pol­dine, une gué­ris­seuse qui l’ini­tie à la flore et aux lé­gendes lo­cales.

Au fil de ses re­cherches, Alek­san­dr dé­couvre que la Grande gen­tiane, l’hel­le­bo­ria et l’oeillet de poète et la Re­nouée abritent un pe­tit monde mer­veilleux, peu­plé de créa­tures fée­riques. Ses dé­cou­vertes le bou­le­versent à ja­mais et il en­voie paître Ras­pou­tine et l’em­pire pour mieux se perdre dans son nou­veau monde.

L’au­teur, illus­tra­teur et peintre pa­ri­sien Ben­ja­min La­combe, cé­lèbre pour son adap­ta­tion des Contes ma­cabres d’ed­gar Al­len Poe, pour Les amants pa­pillons et La mé­lo­die des tuyaux, a eu un plai­sir fou à illus­trer ce re­cueil unique, pro­duit à la fois en ver­sion pa­pier et en ver­sion nu­mé­rique (en co­pro­duc­tion avec Pri­ma Li­nea).

Dans L’her­bier des fées, il a créé un uni­vers ex­cep­tion­nel, à par­tir de pein­tures à l’huile, de des­sins à la plume et au crayon, d’aqua­relles et d’éton­nants jeux de calques et de dé­coupes.

Étran­ge­ment, Ben­ja­min La­combe n’était au dé­part pas trop sen­sible à l’uni­vers fée­rique qui pas­sionne Sé­bas­tien Perez.

« Je n’étais pas un fan d’he­roic fan­ta­sy, ni de fée­rie. J’avais lu Le sei­gneur des an­neaux et j’avais trou­vé ça un peu long... Mais j’avais en­vie de faire ce pro­jet et j’y ai plon­gé pour faire le livre de fée­rie que j’au­rais ai­mé. J’ai ra­jou­té tout ce que j’aime : la Rus­sie, le cô­té re­cherches scien­ti­fiques de l’époque. J’adore les Ca­bi­nets de cu­rio­si­tés, comme ce­lui d’al­ber­tus Seba, où on des­sine de ma­nière très scien­ti­fique des choses qui ne sont pas vraies du tout. »

ÊTRES FÉE­RIQUES

Ain­si a-t-il créé des êtres fée­riques, comme la Pi­lu­la­ria ani­mans, l’erio­pho­ria ani­mans et l’arum ani­mans, hôtes étranges de la pi­lu­laire, de la li­nai­grette et de l’arum ta­che­té. Il les a des­si­nés, exa­mi­nés, dis­sé­qués même, avec une in­fi­nie ten­dresse et force dé­tails, à la ma­nière d’un cher­cheur de l’époque.

De­puis, Ben­ja­min La­combe ne re­garde plus la flore de la même fa­çon. « J’ai tou­jours ado­ré les plantes, mais je n’ai ja­mais eu la main verte. C’est une ca­tas­trophe! Mais en re­vanche, en les des­si­nant de près, c’est hal­lu­ci­nant ce qu’on dé­couvre au ni­veau gra­phique quand on change d’échelle », ex­plique-t-il.

« J’ai pris des pho­tos de très près de Ros­so­lis et du coup, on di­rait un truc mar­tien, un truc de science-fic­tion, comme une ville avec des buil­dings, des formes bi­zarres et des cou­leurs hal­lu­ci­nantes. Quand on ob­serve les plantes de très près, c’est in­croyable l’in­fi­ni­té de choses qu’on peut y trou­ver. »

Pour L’her­bier des fées, il a dû étu­dier des planches bo­ta­niques et des des­sins an­ciens du dé­but du XXE siècle, ap­prendre une nou­velle fa­çon de des­si­ner et chan­ger sa pa­lette. « Je ne pou­vais pas m’en em­pê­cher... Quand on est face aux plantes et à la na­ture, il y a des cou­leurs qui nous sautent aux yeux. Il faut vrai­ment se mettre à tra­vailler de­dans pour se rendre compte à quel point c’est riche. C’est un nou­vel uni­vers et c’est tout bête, il est juste sous nos pieds! »

AT­TA­CHE­MENT AUX PER­SON­NAGES

Au fil des sept mois consa­crés à ce pro­jet, Ben­ja­min La­combe s’est at­ta­ché à ses per­son­nages, éla­bo­rés à par­tir des plantes étu­diées par son émi­nent cher­cheur. « Les pre­mières fées sont très étranges, très scien­ti­fiques et res­semblent un peu à des in­sectes. À la fin, elles res­semblent plus aux fées comme on les ima­gine, à part le Ros­so­lis qui est un peu la fée Ca­ra­bosse de L’her­bier. »

Sa pré­fé­rée? L’oeille­treine, qu’il a d’ailleurs mis en cou­ver­ture, et qui re­pré­sente un peu la pe­tite Ni­na, la fille du bo­ta­niste russe. Et l’erio­pho­ria ani­mans, hôte de la li­nai­grette, une fée dont l’ex­tré­mi­té co­ton­neuse a des ver­tus ci­ca­tri­santes. « La cri­nière de l’erio­pho­ria ani­mans en ap­pli­ca­tion di­recte sur des plaies, même pro­fondes, per­met leur ci­ca­tri­sa­tion to­tale en quelques heures. » À es­sayer, à con­di­tion de la trou­ver... √ L’her­bier des fées a re­çu une men­tion spé­ciale du ju­ry au der­nier Sa­lon du livre et de la presse jeu­nesse de Montreuil. Le livre est as­sor­ti de plu­sieurs pro­duits (pa­pe­te­rie, agenda, ca­len­drier).

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