ÉLOGE DE­LA LEN­TEUR

Le Journal de Quebec - Weekend - - BANDE LIVRES - Jean-do­mi­nic Le­duc Col­la­bo­ra­tion spé­ciale jean-do­mi­nic.le­duc@jour­nalmtl.com

L’illus­tra­teur qué­bé­cois Sté­phane Poulin, avec la col­la­bo­ra­tion de l’au­teur belge Carl No­rac, vient de pu­blier sa pre­mière bande des­si­née Au pays de la mé

moire blanche. Is­sus tous deux du mi­lieu du livre jeu­nesse, ils ont mis plus de cinq ans à créer ce ma­gni­fique ob­jet. « On a d’abord vou­lu se faire plai­sir. On souhaitait al­ler à la ren­contre de ce pu­blic adulte, qui a une réelle culture de l’image. Le mé­dium de la bande des­si­née, avec ses codes et ses nom­breuses pos­si­bi­li­tés nar­ra­tives, nous a per­mis de ra­con­ter l’his­toire que nous avions en tête. »

TRA­VAIL D’OR­FÈVRE

Sté­phane Poulin a mis plus de trois ans à réa­li­ser l’es­quisse com­plet de l’al­bum en noir et blanc, et ce, sans contrat d’édi­tion ni sa­laire. Il a d’abord en­voyé ses planches à l’au­teur, qui tra­vaillait les textes de son cô­té. Ils ont en­suite pro­po­sé le ma­nus­crit à l’édi­teur pa­ri­sien Sar­ba­cane, qui a im­mé­dia­te­ment em­bar­qué dans l’aven­ture.

L’al­bum fait d’ailleurs l’ob­jet d’un par­te­na­riat de vi­si­bi­li­té avec Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal. Le comble du bon­heur se­lon Sté­phane Poulin, qui par­tage les va­leurs pa­ci­fistes et hu­ma­nistes de ce mou­ve­ment au­quel il par­ti­cipe de­puis dix ans. L’illus­tra­teur a en­suite mis deux ans à réa­li­ser les illus­tra­tions en­tiè­re­ment peintent à l’huile, à rai­son de sept à dix jours de tra­vail par case. Se­lon lui, un livre mé­rite le temps de le faire.

LONGUE GES­TA­TION

Cet uni­vers, l’ar­tiste l’a long­temps por­té en lui. Le dé­but du pro­jet re­monte huit ans plus tôt, alors que les édi­tions 400 Coups avait pro- po­sé à Pierre Foglia de réa­li­ser un livre sur les chats. Bien que l’illus­tra­teur fut ap­pro­ché, le pro­jet tom­ba à l’eau. Il ré­cu­pé­ra l’idée du chat, mais ne trou­va pas le cou­rage de pro­po­ser le pro­jet au jour­na­liste. “Je suis par­ti de la phrase L’homme est na­tu­rel­le­ment bon, c’est la so­cié­té qui le cor­rompt. J’avais éga­le­ment en­vie de trai­ter de la perte de la mé­moire. Je trou­vais in­té­res­sante l’idée de plan­ter le dé­cors au beau mi­lieu d’une guerre ci­vile.”

POUR L’AMOUR DE L’ART

Cu­mu­lant les prix et men­tions d’hon­neur, l’illus­tra­teur de grand ta­lent vit por­tant mo­des­te­ment de son art. Il avoue can­di­de­ment être mu par le simple plai­sir de faire les choses. “Le mé­tier d’illus­tra­teur paye mal. Bien qu’on en vie dif­fi­ci­le­ment, on en meurt pas!” phi­lo­sophe t-il. “Je me sens maître de ma vie. Et ça, ça n’a pas de prix.”

AU PAYS DE LA MÉ­MOIRE BLANCHE Édi­tions Sar­ba­cane

www.edi­tions­sar­ba­cane.com

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.