CHAR­LIZE THE­RON n’a pas la langue dans sa poche

NEW YORK | La lé­gende ra­conte que Char­lize The­ron au­rait été re­pé­rée par un agent d’ar­tiste, dans la file d’at­tente d’une banque de Be­ver­ly Hills, alors qu’elle échan­geait des pro­pos mus­clés avec un em­ployé qui re­fu­sait d’en­cais­ser son chèque. Et en­core a

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

Char­lize The­ron n’a vrai­ment pas la langue dans sa poche, de même qu’elle fait preuve de beau­coup d’in­dul­gence visà-vis des per­son­nages qu’elle in­ter­prète. L’ac­trice croit en ef­fet que des in­di­vi­dus comme Aileen Wuor­nos – la tueuse en sé­rie qu’elle a dé­peinte dans Monstre, rôle grâce au­quel elle a rem­por­té un Os­car – ne sont, en somme, que des êtres in­com­pris. Idem pour Ma­vis Ga­ry, l’an­ti­hé­roïne de

Jeune adulte, une co­mé­die dra­ma­tique réa­li­sée par le Ca­na­dien Ja­son Reit­man. Le film re­late l’his­toire d’une ex-reine de bal de 37 ans, vi­vo­tant grâce aux ro­mans pour ado­les­cents qu’elle écrit, et qui craque au mo­ment où elle re­çoit un fai­re­part de nais­sance de son ex-co­pain du se­con­daire et de sa femme. Ma­vis Ga­ry se rend – pour des rai­sons obs­cures aux yeux de qui­conque ne dé­tient pas de di­plôme en psy­cho­lo­gie – di- rec­te­ment dans sa ville na­tale afin de sé­duire son ex-co­pain (Pa­trick Wil­son) et de le sous­traire à sa femme ain­si qu’à son nou­veau-né.

Le seul té­moin de cette ca­tas­trophe sen­ti­men­tale est Matt (Pat­ton Os­walt). An­cien ca­ma­rade de classe vic­time d’in­ti­mi­da­tion, il de­vient l’ami le plus proche de Ma­vis alors qu’elle re­vient dans une ville trou­blée par sa pré­sence.

AI­MER SES PER­SON­NAGES

C’est un tel scé­na­rio qui a conduit un jour­na­liste new-yor­kais à se mettre les pieds dans la bouche lors d’une confé­rence de presse or­ga­ni­sée pour la sor­tie du film. Dé­cri­vant le per­son­nage de The­ron dans le pré­am­bule de sa ques­tion, il a qua­li­fié Ma­vis Ga­ry de « per­dante, al­coo­lique et dés­illu­sion­née, souf­frant d’une ma­la­die men­tale ».

Vous pou­vez ima­gi­ner la suite… Os­walt mur­mure à l’oreille de The­ron : « laisse tom­ber ». Mais l’ac­trice a un tout autre plan. « Non, je vais le foutre en piè- ces », a-t-elle mur­mu­ré à son tour.

« Pre­miè­re­ment, con­tente de vous re­voir, a-t-elle d’abord lâ­ché dans le mi­cro­phone po­sé de­vant. Deuxiè­me­ment, mer­ci de m’in­sul­ter. Troi­siè­me­ment, je n’ai ja­mais été une adepte des éti­quettes. Je crois que c’est vrai­ment fa­cile de re­gar­der quel­qu’un et de ju­ger cette per­sonne en lui col­lant une éti­quette, comme celle de fou, par exemple. »

Ain­si, en tant qu’ac­trice, The­ron aime in­évi­ta­ble­ment ses per­son­nages, même les plus in­quié­tants d’entre eux. « Je crois que ce qu’elle a fait est vrai­ment dé­plo­rable ; mais ja­mais au point de me dé­goû­ter », a-t-elle pré­ci­sé au su­jet de Ma­vis Ga­ry.

« J’ado­re­rais al­ler boire une bière avec elle. Je ne la lais­se­rai ja­mais tour­ner au­tour de mon co­pain, par contre. Elle a cette ma­nière par­ti­cu­lière d’ac­ca­pa­rer toute l’at­ten­tion, ce qui la rend fas­ci­nante », a en­suite ajou­té l’ac­trice.

Char­lize The­ron est re­con­nue tant pour ses choix de rôles éclec­tiques que son aver­sion quant aux co­mé­dies ro­man­tiques clas­siques. Elle croit ain­si que la seule des­cente aux en­fers de Ma­vis est sus­cep­tible de tou­cher plus fa­ci­le­ment les femmes que cent per­son­nages de co­mé­dies ro­man­tiques réunis. « Ce que j’ai ai­mé du scé­na­rio de Dia­blo Co­dy, c’est l’idée d’une fille, d’une femme en fait, qui doit com­po­ser avec des pro­blé­ma­tiques com­munes aux femmes qui ar­rivent à la fin de la tren­taine », a-t-elle af­fir­mé.

« Ma­vis Ga­ry vit en es­sayant de ré­gler ses pro­blèmes comme une ga­mine de 16 ans le fe­rait. Quand elle dit des trucs comme “ne sais-tu pas que l’amour peut tout conqué­rir ?”, ça sonne comme une ré­plique ty­pique d’une ado­les­cente de 16 ans. Alors qu’elle en a 37 et qu’elle es­saye de re­mettre sa vie sur le droit che­min. Mais elle n’a pas les res­sources né­ces­saires. En même temps, peut-être que ce sont mes propres pro­blèmes que je dé­cris… Mais, je crois mal­gré tout que les gens ont sim­ple­ment be­soin d’un peu de com­pré­hen­sion. »

OB­SÉ­DÉE PAR UNE COM­PAGNE DE CLASSE

Même si elle offre un por­trait convain­cant de cette ex-reine de bal, Char­lize The­ron pré­cise tou­te­fois qu’aus­si loin qu’elle se sou­vienne, elle ne se trou­vait pas tout à fait par­mi les filles les plus po­pu­laires.

« J’étais anéan­tie à la fin de l’école pri­maire. De 7 à 12 ans, je suis pas­sée à tra­vers pas mal de trucs désa­gréables, a-t-elle évo­qué. Et il y avait cette fille vrai­ment très po­pu­laire… J’étais lit­té­ra­le­ment ob­sé­dée par elle. Ob­sé­dée au point où, au­jourd’hui, je me re­trou­ve­rais sû­re­ment en pri­son si j’agis­sais comme je l’ai fait à l’époque ».

« Une fois, j’ai même écla­té en san­glots seule­ment parce que je ne pou­vais pas être as­sise à cô­té d’elle. Et j’ai… En­fin, bref, s’est-elle in­ter­rom­pue en riant, j’ai mes propres pro­blèmes à ré­gler. »

« Il y a trois se­maines, alors que j’étais à Londres (lors du tour­nage de Snow White & The Hunts

man dans le­quel elle joue le rôle de Ra­ven­na, la vi­laine belle-mère) pour une séance d’es­sayage, une fille sor­tie de nulle part af­fir­mait qu’elle me connais­sait. C’était elle, cette fille qui m’avait ren­due folle à l’école pri­maire!», s’est ex­cla­mée l’ac­trice, avant d’ajou­ter que cette der­nière mène une vie un peu triste.

« Mais je me suis sor­ti tout ça de la tête au mo­ment de ren­trer à l’école se­con­daire, alors je suis im­mu­ni­sée à pro­pos de cette his­toire, a-t-elle pour­sui­vi. Je ne fai­sais alors pas par­tie des plus po­pu­laires. J’étu­diais les arts et j’étais ob­sé­dée par le bal­let. Je por­tais aus­si de vraies lu­nettes de “nerd”. Les garçons n’aiment pas beau­coup ce genre de grosses lu­nettes. »

Et au­jourd’hui, évi­dem­ment, les an­ciens ca­ma­rades de classe de Char­lize The­ron gardent un sou­ve­nir to­ta­le­ment dif­fé­rent d’elle. L’ac­trice avoue d’ailleurs avoir été étonnée ré­cem­ment après avoir fait une confi­dence à un jour­na­liste du ma­ga­zine Vogue.

« J’avais un énorme bé­guin pour un gar­çon du se­con­daire, un gars qui ne sa­vait même pas que j’exis­tais à l’époque, et le jour­na­liste a re­trou­vé ce gars qui lui a ré­pon­du quelque chose du genre “ouais, dis-lui que c’était ré­ci­proque”. »

« Je l’em­merde ! L’in­té­rêt était TEL­LE­MENT à sens unique », s’est alors em­pres­sée de com­men­ter The­ron.

Peu im­porte, les pre­mières ré­ac­tions à sa per­for­mance dans Jeune adulte l’ont sû­re­ment ai­dée à ou­blier ce pe­tit in­ci­dent. Ce qui nous conduit in­évi­ta­ble­ment à abor­der la ques­tion d’un Os­car po­ten­tiel. Mais The­ron qui s’est conten­té de ser­vir une ré­ponse clas­sique d’ac­trice : « je ne peux même pas m’ima­gi­ner ga­gner un Os­car en ce mo­ment. Ça fait trois ans que je ne me suis pas re­trou­vée de­vant une ca­mé­ra ».

En fait, elle a pas­sé un an à tra­vailler sur un film avec George Miller en Aus­tra­lie, pro­jet qui n’a mal­heu­reu­se­ment pas fonc­tion­né. Si­non, elle a pro­duit des émis­sions de té­lé et des films.

« Avoir la pos­si­bi­li­té de re­ve­nir en force avec un pro­jet comme ce­lui-ci, avec Dia­blo, Pat­ton et Ja­son, et consta­ter que les gens ont une ré­ac­tion po­si­tive, c’est dé­jà beau­coup. En plus, j’ai dé­jà un Os­car », a-t-elle lan­cé en riant avant d’ajou­ter, « je sais, c’était un truc vrai­ment con à ba­lan­cer… »

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