Spiel­berg et Tin­tin : un ma­riage réus­si

Les aven­tures de Tin­tin : le se­cret de la Li­corne Un film de Ste­ven Spiel­berg. Avec Ja­mie Bell, An­dy Ser­kis, Da­niel Craig et Gad El­ma­leh.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers

MON­TRÉAL | Ste­ven Spiel­berg sem­blait de­puis long­temps être le can­di­dat idéal pour adap­ter au grand écran Les aven­tures de Tin­tin. Il lui au­ra fal­lu fi­na­le­ment près de 30 ans à concré­ti­ser le pro­jet, mais le ré­sul­tat est à la hau­teur des at­tentes. On peut donc par­ler de ma­riage réus­si entre les uni­vers de ces deux créa­teurs de gé­nie que sont Spiel­berg et Her­gé. Le film Les aven­tures de Tin­tin : le se­cret de la Li­corne porte ma­ni­fes­te­ment la griffe du réa­li­sa­teur de E.T. et des In­dia­na Jones tout en de­meu­rant col­lé au monde créé par Her­gé il y a plus de 80 ans. Évi­dem­ment, Spiel­berg s’est per­mis quelques li­ber­tés, sur le plan du scé­na­rio, no­tam­ment. Son film - scé­na­ri­sé avec, les Bri­tan­niques Ste­ven Mof­fat, Ed­gar Wright et Joe Cor­nish - tire son in­trigue de l’al­bum Le se­cret de la Li­corne, tout en pui­sant des élé­ments du Tré­sor de Rackham le Rouge et du Crabe aux pinces d’or.

On y suit donc le cé­lèbre re­por­ter belge à la houp­pette et son fi­dèle chien Mi­lou lan­cés à la re­cherche d’un tré­sor qui se­rait ca­ché à l’in­té­rieur de l’épave d’un na­vire. Sur leur che­min, Tin­tin et Mi­lou fe­ront la ren­contre du bour­ru ca­pi­taine Had­dock qui les ac­com­pa­gne­ra dans leurs aven­tures.

Dès la scène d’ou­ver­ture du film, cam­pée dans le mar­ché aux puces de Bruxelles, Spiel­berg an­nonce ses cou­leurs en ren­dant un bel hom­mage au créa­teur de Tin­tin, Her­gé. Le ci­néaste amé­ri­cain ba­laie du coup toutes les in­quié­tudes qu’on pou­vait avoir : ce Tin­tin-là, même si ses traits ont lé­gè­re­ment chan­gé, est bien ce­lui de Her­gé.

PER­SON­NAGES AU NA­TU­REL

Ain­si, ces per­son­nages qu’on connaît et qu’on aime tant n’ont pas été dé­na­tu­rés sous l’énorme poids de la ma­chine hol­ly­woo­dienne. Tin­tin est tou­jours le même jeune re­por­ter, in­tré­pide et pers­pi­cace. À ses cô­tés, le ca­pi­taine Had­dock n’a rien per­du de son amour pour le whis­ky et de sa ten- dance à s’em­por­ter en en­chaî­nant les ju­rons.

Tou­jours aus­si mal­adroits, les Du­pond et Du­pont offrent quelques bons mo­ments de ri­go­lade, mais au­raient quand même pu être mieux ex­ploi­tés. On s’en­nuie­ra évi­dem­ment de ce bon vieux pro­fes­seur Try­phon Tour­ne­sol, qui a été éva­cué de l’his­toire, mais à qui on ré­serve ap­pa­rem­ment une place de choix dans un éven­tuel pro­chain film.

RYTHME EF­FRÉ­NÉ

Cer­tains re­pro­che­ront au film son rythme ef­fré­né et sa sur­en­chère de scènes d’ac­tion qui dé­tonnent avec la re­la­tive len­teur des al­bums de Her­gé. Pour cap­ti­ver l’oeil et l’at­ten­tion du jeune pu­blic, Spiel­berg a en ef­fet ponc­tué son ré­cit de nom­breux re­bon­dis­se­ments et cas­cades, dont cer­taines sont spec­ta­cu­laires.

La fi­nale mus­clée, à sa­veur très hol­ly­woo­dienne, a éga­le­ment ir­ri­té plu­sieurs fans et tin­ti­no­logues.

Vi­suel­le­ment, le ré­sul­tat est su­perbe. Le mé­lange d’ani­ma­tion 3D et de prises de vue réelles (pour le jeu des ac­teurs) offre une cer­taine dis­tance avec les des­sins de Her­gé, tout en en gar­dant l’es­sence. Cer­tains pay- sages sont d’une beau­té à cou­per le souffle.

On re­con­naît clai­re­ment la touche de Spiel­berg dans cette ha­bi­li­té à mettre en scène un ré­cit d’aven­tures pour tous, en do­sant par­fai­te­ment ac­tion et hu­mour. Le ci­néaste signe du coup un di­ver­tis­se­ment fa­mi­lial haut de gamme, comme lui seul en a la re­cette. À cer­tains mo­ments du film, on ne peut s’em­pê­cher de pen­ser à In­dia­na Jones…

Le lé­gen­daire réa­li­sa­teur s’est d’ailleurs per­mis quelques clins d’oeil sa­vou­reux à cer­tains de ses propres clas­siques, dont Jaws. Le su­perbe gé­né­rique d’ou­ver­ture rap­pelle lé­gè­re­ment Catch Me If You Can.

On vous re­com­mande évi­dem­ment d’al­ler voir le film en ver­sion fran­çaise, pour pou­voir re­trou­ver la langue de Her­gé et son vo­ca­bu­laire par­ti­cu­lier. Car il n’y a rien de plus dé­rou­tant pour un lec­teur fran­co­phone de Her­gé que de voir Tin­tin par­ler en an­glais et ap­pe­ler son chien Snowy…

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